{"id":9606,"date":"2010-09-03T07:50:07","date_gmt":"2010-09-03T06:50:07","guid":{"rendered":"http:\/\/carfree.fr\/?p=9606"},"modified":"2016-05-30T13:21:53","modified_gmt":"2016-05-30T12:21:53","slug":"bogota-un-modele-de-revolution-urbaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carfree.fr\/index.php\/2010\/09\/03\/bogota-un-modele-de-revolution-urbaine\/","title":{"rendered":"Bogota : un mod\u00e8le de r\u00e9volution urbaine"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" title=\"bogota\" src=\"http:\/\/carfree.fr\/images\/bogota.jpg\" alt=\"\" width=\"420\" height=\"200\" \/><\/p>\n<p>Colombie. Durant son mandat de maire, Enrique Penalosa a transform\u00e9 Bogota en donnant la priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humain et \u00e0 la convivialit\u00e9. Cette capitale est maintenant prise en exemple un peu partout. <!--more--><\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es 1990, Bogota \u00e9tait un <em>infierno<\/em>, un enfer. En 1995, 3363 personnes y sont mortes assassin\u00e9es et pr\u00e8s de 1400 dans des accidents de la circulation. La ville souffrait alors des cons\u00e9quences cumul\u00e9es de dizaines d&rsquo;ann\u00e9es\u00a0 de guerre civile, de l&rsquo;explosion d\u00e9mographique et de l&rsquo;absence de r\u00e9flexion urbanistique. Dans les quartiers riches, les habitants cl\u00f4turaient les parcs publics. Les voitures se garaient sur les trottoirs. C\u00f4t\u00e9 pollution atmosph\u00e9rique, Bogota faisait concurrence \u00e0 Mexico. Les travailleurs habitant dans les bidonvilles du sud de la ville effectuaient 4 heures de trajet par jour pour se rendre dans les quartiers ais\u00e9s du nord et en revenir. En 1997, l&rsquo;Agence japonaise de coop\u00e9ration internationale avait pr\u00e9conis\u00e9 un vaste r\u00e9seau de voies rapides sur\u00e9lev\u00e9es pour soulager le trafic. Comme de nombreuses m\u00e9tropoles du tiers-monde, Bogota consid\u00e9rait alors les banlieues nord-am\u00e9ricaines comme un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Le vent tourne avec l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Enrique Penalosa, en 1998.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Une ville peut \u00eatre faite pour les gens ou pour les voitures mais pas les deux \u00e0 la fois, c&rsquo;est impossible\u00a0\u00bb<\/em>, annonce alors le maire. <strong>Il enterre les projets d&rsquo;autoroutes urbaines et injecte les milliards \u00e9conomis\u00e9s dans la construction d&rsquo;\u00e9coles et de biblioth\u00e8ques,<\/strong> ainsi que dans l&rsquo;am\u00e9nagement de parcs, de pistes cyclables et de l&rsquo;avenue pi\u00e9tonne la plus longue du monde.<\/p>\n<p>Il augmente les taxes sur l&rsquo;essence et <strong>interdit aux automobilistes de se servir de leur voiture plus de 3 fois par semaine pendant les heures de pointe<\/strong>. Enfin, sur les principales art\u00e8res de la ville, il accorde la priorit\u00e9 au Transmilenio, un syst\u00e8me de bus propre inspir\u00e9 de celui de Curitiba, au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Ses administr\u00e9s sont \u00e0 deux doigts de le destituer ; les commer\u00e7ants sont fous de rage. Pourtant, au terme de ses trois ann\u00e9es de mandat, M. Penalosa est extraordinairement populaire et le succ\u00e8s de ses r\u00e9formes est salu\u00e9 par tous : il a fait de Bogota une ville beaucoup plus \u00e9quitable, plus vivable et plus efficace. Un visage d&rsquo;autant plus radical que M. Penalosa n&rsquo;est pas un adepte du socialisme populiste qui gagne une grande partie de l&rsquo;Am\u00e9rique latine. Fils d&rsquo;un politique et homme d&rsquo;affaires colombien, il a fait des \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Duke, aux Etats-Unis. Il a intitul\u00e9 son premier livre : <em>Capitalismo : la mejor opcion<\/em> [le capitalisme : la meilleure solution].<\/p>\n<p>Pourtant, alors qu&rsquo;il est consultant en management, puis, plus tard, conseiller \u00e9conomique du gouvernement colombien, le doute s&rsquo;installe dans son esprit. \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai compris que nous, pays du tiers-monde, ne rattraperions pas les pays d\u00e9velopp\u00e9s avant deux ou trois si\u00e8cles, <\/em>se souvient-il. <em>Si nous mesurions notre progr\u00e8s uniquement en termes de revenu par habitant, nous devrions nous r\u00e9soudre \u00e0 n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un pays de deuxi\u00e8me voire de troisi\u00e8me cat\u00e9gorie, ce qui n&rsquo;est pas une perspective tr\u00e8s excitante pour nos jeunes. Il fallait donc trouver un autre crit\u00e8re de mesure. Et je crois que le seul valable, c&rsquo;est le bonheur.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Et comme le note John Helliwell, professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Colombie-Britannique, au Canada, et sp\u00e9cialiste de l&rsquo;\u00e9conomie du bien-\u00eatre, les espaces publics qui offrent aux gens la possibilit\u00e9 de passer ensemble des moments agr\u00e9ables g\u00e9n\u00e8rent plus de bonheur que ceux qui, comme les rues encombr\u00e9es, engendre animosit\u00e9 et agressivit\u00e9.<\/p>\n<p>En introduisant la notion de bonheur dans l&rsquo;espace urbain, M. Penalosa semble vraiment avoir rendu ses administr\u00e9s plus heureux. Le taux d&rsquo;homicide a chut\u00e9 de 40% au cours de son mandat et continue de reculer. M\u00eame chose pour les accidents mortels de la circulation. Qui plus est, la vitesse du trafic aux heures de pointe, est aujourd&rsquo;hui trois fois plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;auparavant. Et ces changements ont visiblement transform\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des gens. \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;image de la ville a chang\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb souligne Ricardo Montezuma, urbaniste \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 nationale de Colombie. \u00ab\u00a0<em>Il y a 12 ans, nous \u00e9tions 80% \u00e0 \u00eatre pessimistes quant \u00e0 notre avenir. Aujourd&rsquo;hui, nous sommes majoritairement optimistes<\/em>\u00ab\u00a0, constate-t-il, sondage Gallup \u00e0 l&rsquo;appui.<\/p>\n<p>Le meilleur endroit pour observer ces transformations, ce sont les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s du sud, ou quelques 80 000 migrants affluent chaque ann\u00e9e. Ici la plupart des rues ne sont pas goudronn\u00e9es, mais une avenue r\u00e9serv\u00e9e aux pi\u00e9tons traverse les taudis en brique rouge de Ciudad de Cali. C&rsquo;est l\u00e0 que Fabian Gonzalez, 19 ans, rejoint au lever du soleil la foule qui part travailler. Il se rend dans l&rsquo;extr\u00eame nord de la ville, au magasin de bricolage Home Center, o\u00f9 il est caissier. M. Gonzalez, comme la plupart de ses voisins, va au travail \u00e0 pied, \u00e0 v\u00e9lo et en bus. Sur son VTT argent\u00e9, il emprunte l&rsquo;une des <em>ciclorutas<\/em> am\u00e9nag\u00e9es par M. Penalosa jusqu&rsquo;au Portal de Las Americas, une plate-forme de correspondance o\u00f9 les pistes cyclables et les voies pi\u00e9tonnes sont reli\u00e9es au syst\u00e8me de bus express Transmilenio. M. Gonzalez attache son v\u00e9lo et monte dans le bus en direction du nord. \u00ab\u00a0<em>Avant, je mettais deux heures pour aller travailler. Maintenant, il me faut quarante-cinq minutes.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Chaque semaine, Bogota accueille des d\u00e9l\u00e9gations venues des quatre\u00a0 coins du monde \u00e0 la recherche de solutions pour les probl\u00e8mes de circulation de leurs villes. \u00ab\u00a0<em>Avant Penalosa, les maires \u00e9taient terrifi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de s&rsquo;attaquer \u00e0 la question du partage de l&rsquo;espace public car ils redoutaient les r\u00e9actions des automobilistes<\/em>\u00ab\u00a0, se souvient Walter Hook, de l&rsquo;Institut des transports et du d\u00e9veloppement (ITDP). de New York. \u00ab\u00a0<em>Son exemple encourage d&rsquo;autres maires \u00e0 lui embo\u00eeter le pas<\/em>\u00ab\u00a0. Lors d&rsquo;une conf\u00e9rence destin\u00e9e \u00e0 trouver un rem\u00e8de aux bouchons dans Manhattan, en octobre 2006, M. Penalosa a propos\u00e9 d&rsquo;interdire enti\u00e8rement les voitures sur Broadway. \u00ab\u00a0<em>Les gens se sont lev\u00e9s pour l&rsquo;applaudir\u00a0\u00bb, <\/em>se souvient Rosemonde Pierre-Louis, maire adjointe de Manhattan.<\/p>\n<p>Si ceux qui con\u00e7oivent l&rsquo;espace urbain dans le monde en arrivent \u00e0 applaudir ce coup port\u00e9 \u00e0 la voiture, c&rsquo;est peut \u00eatre que nos villes sont \u00e0 la veille d&rsquo;un grand changement. Mais, comme le souligne M. Penalosa, \u00ab\u00a0<em>plus une ville est riche, plus les transports sont un probl\u00e8me. Ces sont les \u00e9conomies les plus dynamiques qui produisent les pires villes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Charles Montgomery &#8211; The Global and mail (extraits) &#8211; Et paru dans Courrier International n\u00b0874 du 2 ao\u00fbt 2007<\/p>\n<p>Photo: <a title=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/velaia\/2757117151\/\" href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/velaia\/2757117151\/\" target=\"_blank\">Velaia <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Colombie. Durant son mandat de maire, Enrique Penalosa a transform\u00e9 Bogota en donnant la priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humain et \u00e0 la convivialit\u00e9. 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