Repenser notre rapport à l’air en ville

La mauvaise qualité de l’air est la deuxième cause de mortalité évitable en France avec une surmortalité estimée à près de 100 000 décès par an.

Elle est la cause de nombreuses maladies et affections, principalement respiratoires et cardiovasculaires. Son coût a été estimé à 101,3 milliards d’euros par an dans un rapport du Sénat de juillet 2015 intitulé « Pollution de l’air: le coût de l’inaction. » La France a été condamnée pour ses insuffisances dans la protection des populations vis-à-vis de la pollution atmosphérique par le Conseil d’Etat et la Cour de Justice de l’Union européenne.

L’air que nous respirons est invisible et pourtant il constitue un besoin essentiel à la vie et pour être en bonne santé.

Nos activités d’ordre privé, notamment nos déplacements, ont un impact direct sur la qualité de l’air qui nous entoure et concernent donc la sphère publique et la sécurité au sens sanitaire du terme.

L’air est aujourd’hui encore trop peu considéré, ignoré, maltraité, voire traité comme une poubelle, ou plutôt une décharge à ciel ouvert, alors que les déchets sont aussi les particules et les gaz rejetés dans l’air. Le non respect de ce bien commun n’est malheureusement pas sanctionné car peu réglementé.

Dans les villes, la propreté des sols et la sécurité sont souvent mises en avant par les maires ou les candidats lors des campagnes municipales, mais la problématique d’offrir un air « potable » à ses administrés n’est pas souvent abordée. Serait-ce par impuissance, par ignorance, voire par déni?

Pourtant, en matière de police administrative, le maire est chargé de maintenir « le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques » dont l’air fait intégralement partie.

La propreté de l’air est pourtant, il faut en convenir, infiniment plus impactante pour les habitants que celle des sols. Si j’ai le choix de ne pas boire une eau non potable, je n’ai pas le choix de ne pas respirer, en l’occurrence un air vicié, ce qui est profondément injuste, en particulier pour les enfants, les personnes vulnérables ou les personnes à revenus modestes, vivant à proximité des axes routiers, qui sont les plus exposés.

Il faudrait repenser les atteintes à l’air comme une atteinte à l’intégrité physique des personnes au sens pénal du terme, comme des violences. A ce jour, le trouble anormal de voisinage du code civil est une des rares dispositions existantes pour faire face à des nuisances atmosphériques et/ou olfactives dans un voisinage.

A l’échelle d’un quartier ou d’un pâté de maisons, les gaz et particules cancérigènes issus des moteurs diesel, des appareils de chauffage au bois et/ou du tabagisme, notamment, peuvent rendre l’air totalement impropre à la respiration. Plus la ville est dense, plus il est nécessaire de protéger l’air et ainsi la santé des habitants.

Raison pour laquelle, il apparaît indispensable de créer des lois et réglementations plus protectrices et créer un service public de l’air avec une police spécialisée comme il en existe une pour l’eau ou pour les aliments. Eu égard au coût annuel de la pollution de l’air, ce service public ne coûterait rien voire rapporterait à l’Etat et aux collectivités notamment par une diminution des dépenses de santé.

Former et sensibiliser sur ces questions les gardes champêtres, les policiers municipaux, les policiers nationaux, les gendarmes, les agents de sûreté des réseaux de transports collectifs apparaît indispensable.
Il s’agirait également d’encadrer davantage les activités humaines dégradant l’air.

Le volet éducatif s’avère avant tout nécessaire avec l’introduction de la préservation de l’air dans les programmes scolaires. La plateforme pédagogique L’Air et Moi apparait particulièrement adaptée pour enseigner le respect de l’air dès l’école primaire jusqu’au lycée.

La lutte contre les émissions de CO2, qui est un des gaz à effet de serre et non un polluant, indispensable soit elle, doit s’accompagner de la lutte contre les polluants à effet sanitaire. Les deux doivent être indissociables pour protéger à la fois le climat et les populations.

3 commentaires sur “Repenser notre rapport à l’air en ville

  1. letard

    Bonjour à tous et toutes,

    La pollution de l’air par des particules de suies fines ou ultrafines invisibles et non detectées que je nomme « nanossuies » et formées par des « filtres à particules » finit quasi toujours par se voir sur nos vitres et nos carreaux surtout en ville.

    La « zone de basse émission » n’existe pas, pour moi, sauf pour les détecteurs de la qualité de l’air.

    La pollution de l’air par des oxydes d’azote me semble aussi négligée par les pouvoirs publics même par ceux responsables de la santé publique.

    A votre service

  2. Anne-Lise

    Le tragique, ce sont ces véhicules thermiques aux moteurs allumés aux abords des écoles, qui viennent déposer des enfants, les parents empoisonnent littéralement leur progéniture pourtant déclarée aimée, chérie, protégée…

    Quand on leur demande d’éteindre leur moteur, ils prennent souvent un air surpris, outragé, ou bien vous insultent, ou bien argumentent que le moteur pollue moins allumé qu’éteint ?! (La mauvaise foi bagnolesque n’a pas de limites)

     

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