L’échec industriel de la voiture électrique

Si on parle de la voiture électrique depuis maintenant plus de 30 ans, c’est assez récemment qu’elle est devenue le projet destiné à révolutionner l’automobile. A partir de 2007, sous la présidence Sarkozy, la France devait se doter d’une industrie mondiale de pointe en matière de voiture électrique, à coup de centaines de millions d’euros d’investissements publics.

La voiture électrique semblait être LA réponse définitive à l’impasse automobile: moins de CO2, moins de dépendance pétrolière, moins de polluants, et le tout en créant des emplois bien français tout en renforçant la filière nucléaire française! Que demander de mieux?

Les constructeurs français comme Renault se sont glissés dans les pas de Sarkozy pour déclarer dès 2007 qu’on « allait voir ce que l’on allait voir », qu’on allait devenir les « leaders de la voiture électrique », qu’on allait révolutionner l’automobile, etc.

Et les projets de centaines de milliers de bornes de recharge électrique se multipliaient comme les petits pains, à charge pour l’Etat et les collectivités locales de les installer un peu partout au frais des contribuables.

Les constructeurs prévoyaient même de nouvelles façons de consommer l’automobile, style j’achète une coquille vide de voiture à 30.000 euros et je loue ensuite la batterie pour la faire rouler à 300 euros par mois tout en déclarant dans les médias que la voiture électrique n’allait consommer que 0,0002 euro/km!

Bref, il fût un temps béni où la voiture électrique se présentait comme l’invention du 21ème siècle, la troisième révolution industrielle, une source infinie de profits.

Cinq ans après, il semblerait que la voiture électrique ait fait pschitt. Si on regarde la période 2008-2012, soit cinq années, on totalise environ 8.000 voitures électriques vendues en France, soit une moyenne de 1.600 par an. Ce total comprend les voitures électriques vendues aux particuliers, mais aussi les voitures électriques vendues aux institutionnels comme la Poste par exemple, et même les voitures électriques d’Autolib!

1.600 voitures électriques par an, cela représente un peu moins de 0,1% de l’ensemble des voitures neuves vendues chaque année en France…

Ainsi, sur le seul mois de décembre 2012, il s’est vendu en France 311 voitures électriques, dont 153 Blue Car pour Autolib’… Et pourtant, ce n’est pas faute d’aider les gens à en acheter car les voitures électriques sont largement subventionnées à coup de bonus ou super-bonus.

Autre exemple éloquent, la Renault Zoé qui devait révolutionner l’automobile en ville s’est vendue seulement à une douzaine d’exemplaires sur l’ensemble de l’année 2012… A ce niveau-là de ventes, ce modèle risque de devenir collector dans le futur et coûtera sans doute très cher en 2050.

Alors, où est le problème? Pourquoi les gens n’en veulent pas? On pourrait citer le coût trop élevé (malgré les subventions massives), l’absence de bornes de recharge ou la préférence des français pour le gros diesel qui tache… Mais la véritable raison d’un tel fiasco, c’est sans doute plus probablement le fait qu’il n’y a pas de marché pour la voiture électrique, à savoir pour une bagnole plus chère qu’une autre avec une autonomie de mobylette.

Malgré ce que pensent les constructeurs, les gens ne sont quand même pas cons au point de vouloir mettre 20 ou 30.000 euros dans une bagnole avec 200 ou 250 km d’autonomie. Car franchement, si on doit avoir une bagnole, autant qu’elle serve quand on va en vacances à l’autre bout de la France ou dans le département voisin. Et si c’est pour avoir une bagnole uniquement en milieu urbain, autant prendre un abonnement de transports en commun et faire du vélo…

Sources des chiffres cités dans cet article:
http://www.automobile-propre.com/
http://www.cleantechrepublic.com/
http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/

Source de l’image:
http://carfree.fr/index.php/2009/02/24/campagne-carfree-france-2009-la-fin-de-lautomobile-cest-maintenant/

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

3 commentaires sur “L’échec industriel de la voiture électrique

  1. Sylvain

    La solution, c’est plus de transports publics et de mobilité douce. En effet, si le prix de l’énergie augmente, seul les moyens de déplaçements les moins gourmands resteront accessibles. Et sur la première marche, la marche à pied qui reste gratuite.

  2. Hervé

    Bonjour, Au delà de la question relative au rapport cout/autonomie et l’ensemble des choses évoquées dans l’article de M. Marcel ROBERT, la voiture électrique n’est pas un projet viable pour une raison absolument essentielle : La ressource en minéraux sur notre planète, pour concevoir des batteries, n’autorise absolument pas que l’on puisse fabriquer ce genre de véhicule à grande échelle. GEOLOGUE, qui est une revue spécialisée comme son nom l’indique, a publié l’an dernier un N° relatif à l’état des réserves en minéraux dans le monde…

    En l’état actuel des choses, il y a du mourron à se faire… Les terres rares, les minéraux entrant dans la composition des batteries, les minéraux mêmes plus courant, deviennet si rare qu’au train où vont les choses, nous n’aurons pas assez de matière première d’ici 30 ans en moyenne…

    Dans ces conditions, la voiture électrique est à mon sens un « projet mort né » …

Les commentaires sont clos.