Un attentat à l’automobile contre une ancienne station essence transformée en théâtre!

Le 25 février 2020, à seize heures, tandis que nous préparions les tablées du stage d’écriture qui aura lieu ce week end avec l’auteur Roland Fichet, une voiture garée sur le parking du gros magasin de meubles qui surplombe La Station théâtre, installée dans une ancienne station essence, a roulé sans conducteur depuis le haut du parking, dévalé le talus et traversé la route pour venir s’encastrer au droit de la porte d’entrée du public dans le mur de la salle d’accueil, happant au passage la barrière que j’avais dressée là pour repousser les automobilistes qui garaient trop souvent leur voiture devant la porte sur une dalle fragile dont j’avais beaucoup de mal à leur faire comprendre qu’elle ne supporte pas leur poids tant il est désormais naturel à tous d’écraser les surfaces.

Heureusement, un tube d’acier de bonne section que j’avais planté là pour y nouer l’extrémité d’une sangle déroulée de manière à symboliser la limite de mon domaine théâtral infranchissable par les autos s’est fiché sous le châssis de la grosse bagnole ralentissant du même coup in extremis sa course qui a tout de même enfoncé le mur de briques à l’endroit du choc et l’a déplacé d’un bon centimètre vers l’intérieur du local. La porte s’est voilée et ne se ne ferme plus. Les plaques de plâtre qui coffrent le foyer fermé pour nous réchauffer les soirs de spectacle se sont disjointes entre elles et éloignées du mur sur lequel elles appuyaient leur verticale.

Une voiture bélier n’aurait pas mieux fait.

Il est de notoriété publique que je ne m’interroge plus depuis longtemps sur l’apparente neutralité de ces moutons à roulettes pour le confort desquels on détruit consciencieusement l’environnement depuis maintenant presque un siècle et demi. Non seulement la pandémie du troupeau de bagnoles se répand à une allure folle mais en plus cet événement m’ouvre les yeux sur le fait que cette maladie n’a même plus besoin du (porteur) humain (même tétraplégique) pour se véhiculer.

Il lui suffit, au choix, de ronger son frein à main jusqu’à libération totale de ses roues ou de susciter la frénésie et l’engouement de ses usagers pour le contrôle électronique exclusif de son allure et de sa direction.

Il ne s’agit dans cette anecdote que d’un dégât matériel, il n’y a pas eu mort d’homme, juste un attentat contre un bâtiment libéré de ses fonctions serviles à la machine à roulettes.

Entre la frénésie du giratoire et la négligence des parkings qui le cernent, ce bâtiment doit redoubler d’effort pour résister.

Et c’est sans doute pour lui rendre la tâche encore plus difficile que l’assureur a décidé que la démolition par un véhicule à moteur ne méritait pas les garanties d’un soutien juridique comme il est prévu en cas d’incendie ou d’inondation et qu’il faudrait au propriétaire du bien défoncé se débrouiller tout seul pour obtenir réparation auprès de l’assureur du défonceur, lequel sera quant à lui promptement indemnisé et bénéficiera même d’un nouveau véhicule dit « de courtoisie » en attendant que soit réparé l’ancien.

Je connaissais l’amour courtois des chevaliers, je découvre celui des assureurs pour leurs automobilistes. C’est normal: tant qu’ils roulent le système fonctionne avec assurance. Quant aux immobilistes, c’est déjà bien qu’on ne leur ait pas fauché les jambes. Alors qu’ils n’aillent pas se plaindre!

D’ailleurs demain grâce à mes jambes je prends la route à vélo pour 50 km de tournée d’affiches et de tracts du prochain spectacle où la plupart se rendront en voiture. Et quand ils seront arrivés à La Station théâtre, je ne manquerai pas de leur lire cette chronique en première partie du spectacle qui porte ce titre dont nous aimerions bien qu’il cesse un jour d’être prémonitoire: « La Chute de l’ange rebelle ».

A propos de Gwenael

Auteur et acteur, fondateur de la Station-Théâtre

6 commentaires sur “Un attentat à l’automobile contre une ancienne station essence transformée en théâtre!

  1. Loïc

    Il y a une autre hypothèse, la voiture consciente de son état de tole idiote à décider de se cultiver.
    Alors tête baissée sans réfléchir elle a tenté d’entrer dans ce lieu magique qu’est un théâtre.
    Mais non, la tôle ne rentre pas car ce n’est que de la tole : manque le coeur !

  2. brubru le hérisson

    Bravo à l’industrie  Française qui n’a pas besoin de la 5G  et de l’IA  pour créer une voiture autonome tellement novatrice que celle ci prend seule l’initiative d’aller se cultiver au théatre.

     

    Les américains et les chinois peuvent trembler !

  3. Pédibuspedibus

    bah encore une expérience foireuse de voiture autonome de récup, du plus pur style doux-ail-ouaille…

    préventivement faire des trous carrés de 50 cm de côté et 150 de profond pour y ficher de beaux madriers  – de récup aussi, chez les charpentiers du coin -, dispositif idéal pour la com, support de gigantesques banderoles, et d’un auvent pour les grandes chaleurs,  et ici présentement pour guider les moutons égarés autonomistes de Ste-Gnognole, peut-être vérolés en masse par la tremblante…

    leurs anciens bergers sont eux-mêmes atteints de spongio-encéphalite de la dépendance au culte de la même divinité…

    bêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêêê

  4. Bernard

    Je me demande plutôt si, réagissant comme un mouton (ou un bovidé domestique), cette voiture n’a pas simplement « senti la bergerie (ou l’étable) »  comme on dit (le théâtre étant installé dans un ancien garage) et s’est précipitée pour y revenir ?

  5. Mat B

    Cette lecture me rappelle la vision d’un téléfilm qui m’a marqué pendant mon enfance. Dans les années 80, au plus fort des accidents de la route, ce film retraçait les destins de plusieurs familles qui partaient en vacances et qui allaient tous mourir, ou presque. Je me souviens en particulier d’enfants jouant dans une renault 20 marron à l’heure du déjeuner, qui desserrent le frein à main et la voiture qui dévale la pente pour aller s’emplafonner dans une autre voiture, et là c’est le drame.

    Bref, j’aimerais bien revoir ce film un jour pour constater tout ce qui a pu me marquer si jeune

  6. vince

    Voilà ce qui arrive quand on s’installe dans une ancienne station service désaffectée, les voitures se vengent 🙂

Les commentaires sont clos.