Un livre pour se désintoxiquer de la voiture

Ma méthode pour arrêter de conduire

Mode de vie. Un Américain a écrit un livre où il raconte sa «désaccoutumance» à la voiture.

Lorsqu’il parle de sa décision d’arrêter la voiture, Chris Balish donne l’impression d’avoir décroché d’une drogue. «J’étais intoxiqué, raconte-t-il. Je la prenais même pour aller de ma maison à la boîte aux lettres chercher mon courrier. Je conduisais 15 000 miles [24 150 kilomètres] par an en moyenne dans un gros 4×4.» Début 2003, il l’a revendu et a renoncé à conduire, parce que, dit-il, l’essence pompait son porte-monnaie.

Lorsqu’il a déménagé de St Louis à Los Angeles, ses amis l’ont mis en garde : «Tu ne tiendras pas le coup.» Il a résisté et en a tiré un livre intitulé Comment bien vivre sans posséder de voiture (1). L’ouvrage, sorti la semaine dernière, ressemble à une méthode pour arrêter de fumer. Il se présente comme un mélange de plaidoyer et de guide pratique. Pour convaincre ses lecteurs, Chris Balish met en avant des raisons financières. Il leur promet une économie mensuelle de 700 dollars (550 euros) en moyenne (en comptant le remboursement de l’emprunt). Quant à l’environnement, «c’est une préoccupation pour moi, mais ce n’est pas le meilleur moyen pour convaincre les Américains de changer de conduite», explique-t-il.

Un livre pour se désintoxiquer de la voiture

Nation «suburbaine»

Malgré la hausse du prix de l’essence, il n’est pas certain que l’argument financier suffise. «Les Etats-Unis sont un pays construit pour la voiture, explique Rebecca Lindland, analyste chez Global Insight spécialisée dans l’automobile. Regardez l’infrastructure de ce pays, elle est basée sur la voiture. Il y a très peu de transports publics.» Cette situation s’est mise en place au XXe siècle. Dans une étude publiée en 2004, l’économiste Karen Kopecky montre une corrélation étroite aux Etats-Unis entre l’équipement automobile et l’installation dans les banlieues entre 1910 et 1970 : «Les deux phénomènes sont intervenus et se sont renforcés simultanément . Ils ont été favorisés par d’énormes investissements dans le réseau routier, tandis que les transports publics étaient délaissés.» Une politique façonnée par le «lobbying des constructeurs automobiles».

Dans les années 70, les Etats-Unis deviennent une nation «suburbaine», selon l’historien Kenneth Jackson. On trouve plus d’Américains dans les immenses banlieues résidentielles que dans les villes d’un côté, les campagnes de l’autre. Ce mouvement massif repose sur une «dépendance à l’automobile», écrit-il (2). La norme devient la maison et les deux voitures, indispensables pour se rendre au travail. «C’est une extension du domicile, explique l’analyste Rebecca Lindland. Pendant qu’on est coincé dans les embouteillages, on se maquille ou on se rase, on écoute la radio, on boit son café.» Elle-même raconte qu’elle n’a guère le choix. Elle vit à Boston. «Mon bureau est à une dizaine de kilomètres. Il faudrait que je prenne plusieurs bus, deux lignes de métro. J’en aurais pour une heure et demie.» A de rares exceptions près, comme la ville de New York, elle pense que les gens sont obligés de conduire.

Manque d’information

Dans un tel contexte, il faut un certain courage pour tenter de faire décrocher les Américains. Chris Balish estime que la dépendance à l’automobile provient souvent d’un manque d’informations sur les possibilités alternatives. «Lorsque je conduisais, je ne voyais pas les trottoirs, les pistes cyclables. Je n’avais même pas remarqué qu’il y avait une station de métro près de chez moi», raconte-t-il. Après avoir revendu son 4×4, il comptait acheter une voiture plus petite. «Je me suis rendu compte au fil des jours que je pouvais m’en passer. J’ai appris à faire mes courses, à rencontrer des gens sans conduire.» Ses principales astuces : combiner vélo et transport public, faire ses courses sur l’Internet, partager le véhicule d’un voisin pour aller au travail.

Il admet que certains ne puissent pas s’en passer. «On peut commencer par supprimer une voiture. Je connais un couple à Los Angeles. Les deux travaillent au même endroit et utilisent chacun la leur, c’est absurde», dit-il. Et c’est l’inverse du car free lifestyle (style de vie sans voiture) qu’il cherche à promouvoir. «Mes jambes se sont musclées, j’ai perdu du poids.» Chris Balish assure que, grâce aux économies réalisées, il peut arrêter de travailler un an pour promouvoir son livre puis pour faire un tour du monde.

Laurent MAURIAC

(1) How to Live Well Without Owning a Car : Save Money, Breathe Easier, and Get More Mileage Out of Life, par Chris Balish, édition Ten Speed Press, 208 p.
(2) Crabgrass Frontier : The Suburbanization of The United States, par Kenneth Jackson, édition Oxford University Press, USA.

Source : http://www.liberation.fr/vous/200755.FR.php

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Un commentaire sur “Un livre pour se désintoxiquer de la voiture

  1. David

    Il est toujours aussi etonnant de constater qu’il existe des dépendances auxquelles on ne songerai même pas. En tout cas il a du faire des economies de carburant et donc d’argent 😉

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