Bienvenue dans le monde de l’automobile

Faut-il accomplir de longues études pour ressentir la violence que génère un automobiliste dépassant à plus de 60km/h un cycliste ou un piéton sur une voie étroite? Faut-il en déduire que tout automobiliste méprise ses congénères? Suffit-il seulement d’attendre d’une moralisation du conducteur ou d’un renforcement du “code de la route” une réduction du taux de victimes de l’automobile?

Le confinement du conducteur dans l’habitacle de son cercueil d’acier participe à son absence d’attention à l’égard du monde et des vivants. L’habitacle coupe la relation au monde, le corps est déconnecté puisque ne ressent ni le froid, ni le vent, ni la pluie… ni en définitive la vitesse. Le pare-brise ressemble plus à un écran de télévision et stimule la réification des êtres.

Mais ce processus de déréalisation du monde permet de sublimer une peur originelle légitime.

Que ressent-on la première heure de conduite? Que réalise-t-on lorsque l’on accélère au milieu du trafic (soit dit en passant, parmi d’autres êtres vivants en tentative de mouvement)? Je me souviens avoir eu peur de renverser quelqu’un. J’ai ressentis une pesante capacité à nuire. Que m’ont appris le moniteur et le code de la route?

Que lorsque je le peux, je dois rouler à 50 en ville, et à 90 km/h hors agglomération. Que je dois surpasser ma peur de la vitesse afin de me persuader que je maitrise le véhicule à 100km/h. Mais on m’a aussi appris à ne pas même donner un coup de frein ou de volant si un animal traversait mon chemin alors que je me déplace à une telle vitesse.

En fait, on apprend à accepter de prendre le risque de tuer dans les règles. Si l’on écrivait ces lois pour protéger les gens, il serait interdit de rouler en voiture à plus de 30 km/h. Au delà de cette vitesse, comment prendre en compte l’imprévisible (l’autre être vivant) et lui éviter la mort?

Apprendre à conduire, c’est apprendre à risquer de tuer impunément au profit de la vitesse (et de ceux qui nous la vendent comme primordiale et en font leur business).

A l’heure actuelle le code de la route est l’allier de la puissance, de la vitesse. La route est un espace publique cédé aux automobilistes qui y ont tous les droits.

Si la route était un lieu où règne la justice, il ne serait pas nécessaire d’y appliquer un code particulier. Rouler à plus de 30km/h avec un véhicule pesant plus d’une tonne doit se faire sous l’unique responsabilité du conducteur.

Tout comme le porteur d’arme à feu est responsable de l’endroit où vont se loger ses balles, l’automobiliste est responsable des êtres vivants blessés par son véhicule.

Le code de la route ne sert pas à sauver des vies mais seulement à déterminer un coupable lorsqu’une vie est brisée. Le code la route pourrait encore être renommé “principe de hiérarchisation de l’usage de l’espace publique”.

Nous vivons dans un monde où la vitesse est plus importante que la vie. Bienvenue dans le monde de l’automobile.

A propos de Yôm

Contributeur du site Carfree France

6 commentaires sur “Bienvenue dans le monde de l’automobile

  1. Joh

    Le « permis de tuer » est donc de papier rose -ne devrait-il pas être rouge?-, et c’est pratique courante que de l’offrir à son enfant lorsqu’il parvient à cet âge que l’on appelle adulte, ce même âge où l’on considère un être responsable de ses actes et capable de faire partie de la société des hommes. L’horreur de ce symbole me paraît relever du cynisme pur. A moins que cela soit « juste « de l’inconscience…

  2. stoppeur

    Si de telles questions vous assaillent,c’est probablement que vous n’avez jamais été victime ou à l’origine d’un accident…?J’en ai eu 4,dont 1 à vélo; 1 conducteur,et 2 passagers;et j’ai fait quelques milliers de km en stop,à bord de camions,souvent,sur autoroutes.La Chance m’a souvent « souri »,si bien que rouler en voiture ne m’impressionne pas outre mesure,même en cas d’urgence!Ayant exercé 2 ans le métier d’ambulancier fin des années 70,à Paris d’abord,en Province ensuite,j’ai vraiment appris à me maîtriser, en conduisant du matériel pas toujours performant…Et puis,ce genre de matériel coûte cher…!Mais,en travaillant dans des boîtes où le patron con duit encore,on apprend vite à ne pas faire n’importe quoi…1 devise qu’il y a vite intérêt à mémoriser:mieux vaut arriver tard que jamais!

  3. stoppeur

    Ce qui est regrettable en phase préliminaire d’apprentissage de conduite,c’ est de ne pas être obligé de passer une épreuve d’assistance aux blessés de la route d’une part;de devoir rabâcher quelques règles élémentaires de civisme et de « bienséance » par rapport aux autres occupants de la route: 1)La voiture,une moto ne sont pas faits pour se faire plaisir,mais pour tran sporter,se déplacer,en respectant des règles précises créées pour sécuri ser l’environnement varié,évolutif de la route 2)Asséner aux plus téméraires,aux plus « frustres »,que le permis de condui re,c’est une preuve de confiance accordée par la société,pas une consécr ation à vie

  4. stoppeur

    Pour bien marquer les esprits « indomptables »,suite à une infraction grave ou une responsabilité flagrante dans un sinistre,affecter la personne à s’é duquer aux gestes d’aide aux victimes de la route pour une période variant de 6 mois à 2 ans,à raison d’1 w-e/2,notamment à la réception aux urgen ces,pour « conditionner » les blessés avant examens et interventions chirur gicales…Faudrait-il aller jusqu’à souhaiter le voir s’exécuter face à quelqu’ un de ses « connaissances »?C’est effectivement en poussant les choses à ce point que les plus fous,les plus réticents apprendront ce que civisme et respect d’autrui signifient…A quand la mise en application de ce genre de code de « bonne conduite »?

  5. Yôm

    Je ne suis ni pour la peine de mort ni pour remplir les prisons.
    Mais lorsqu’une automobile percute un cycliste et met ainsi fin à ces jours, il ne s’agit pas d’une fatalité, d’un évènement banal sans causes.
    Aucun automobiliste roulant à plus de 30km/h ne peut s’arrêter immédiatement.
    Chacun le sait et lorsqu’il dépasse cette vitesse dans un virage sans visibilité ou simplement la nuit sur une route de campagne, il sait aussi intimement qu’il peut à tout moment écraser un hérisson, une cycliste vacillant paisiblement sur la chaussée car contemplant le ciel étoilé ou encore la bande se copains éméchés qui ont préféré rentrer à pied que rouler…
    Il y a dans ces situations des individus fragiles évoluant librement et ce qu’on appelle un automobiliste: un petit tas de nerfs encastré dans 1,5 tonne de métal.
    Et lorsque le drame survient, comment se comporte l’appareil judiciaire?
    3 ans avec sursis parce que « il ne l’a pas fait exprès, vous comprenez, ce n’est qu’un petit tas de nerfs qui par ailleurs stimule l’économie ».
    Je ne trouve pas absurde que l’on condamne (ou que l’on exige de lui des réparations, ce qui serait à mon sens toujours plus utile à la société que l’emprisonnement) un homme qui en a tué un autre.
    Car c’est de cela qu’il s’agit: celui qui pèse le plus lourd et a emmagasiné la plus importante énergie cinétique est potentiellement extrêmement dangereux; tout comme celui qui déambule avec un arme à feu chargée et pointée devant lui.
    A moins de brider toute les voitures à 30 km/h (petit pas avant leur extinction), je préfère savoir les assassins en berline jugés à hauteur de leurs responsabilités que leurs victimes toujours plus nombreuses et indifféremment mutilées.
    Afin qu’aucun humain pénétrant une automobile n’oublie à aucun instant le danger qu’il constitue pour les autres usagers de l’espace public.

  6. stoppeur

    A YOM:Il faut bien distinguer la responsabilité pénale de la responsabilité au titre de la Loi Badinter du 5/07/1985;qui n’est quasiment pas appliquée par les tribunaux, »préférant » s’en remettre à établir une responsabilité plei ne et entière,quoi qu’il en soit…En effet,bien des accidents ne sont pas re connus comme la faute de celui qui provoque la mort d’un usager sur la voie publique,avec un engin « quelconque ».La loi Badinter établissait un par tage des indemnités dues à la victime,en l’absence de faute établie;ou si la faute était déterminée,tout étant du par le fautif reconnu et désigné par le tribunal…Tant que la faute n’était pas établie au pénal,il n’y avait donc a bsolument aucun versement d’indemnité.Est-ce clair,cette fois?Le tribunal civil ne pouvant pas établir les indemnités sans jugement rendu au pénal.

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