Et si la voiture disparaissait ?

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Imaginons un instant que l’usage de l’automobile ne soit plus possible et que la voiture disparaisse. Cette perspective pourrait paraitre inconcevable tant nous en sommes dépendants, mais que se passerait-il si nous avions comme seuls moyens de transport nos jambes et notre vélo? Quelles seraient les évolutions de nos villes, de nos campagnes et de notre quotidien?

La voiture, le temps et l’étalement urbain

La voiture est le moyen de locomotion privilégié de la grande majorité des français. Elle offre à la fois confort, liberté et rapidité mais a un fort impact sur l’environnement: infrastructures, pollutions, nuisances sonores, consommation énergétique…. A la différence de celle-ci, les déplacements doux (marche à pied et vélo) et les transports en commun sont des moyens de locomotion pertinents d’un point de vue environnemental mais qui sont souvent jugés comme contraignants du point de vue des temps de trajet plus longs et offrant moins de confort ou de services que la voiture individuelle.

Or, les territoires se sont développés ces dernières décennies principalement en fonction des temps de parcours nécessaires pour accéder aux principaux points d’attraction (commerces, loisirs, travail). Les progrès techniques successifs apportés aux voitures ainsi que le développement important du réseau viaire ont permis de créer des zones urbaines à fonction unique (résidentielles, activités économiques, loisirs, commerciales) de plus en éloignées les unes des autres.

Ce phénomène d’étalement urbain n’a jamais été aussi important que durant cette dernière décennie avec une croissance de près de 20% des espaces urbains en surface entre 1999 et 2010 alors que la population n’a augmenté que de 5% durant la même période.

Une vie sans voiture pose donc aujourd’hui un problème : comment renoncer à la voiture sans renoncer aux mêmes niveaux de services, aux mêmes temps de parcours pour se rendre  son travail ou faire ses courses? Et si la solution consistait à faire évoluer nos structures urbaines de façon à rapprocher nos lieux d’habitation, de consommation, de loisirs et d’activités et à pouvoir se passer de la voiture individuelle?

Vers une France sans voiture

Si demain la voiture disparaissait, il serait peu envisageable de continuer à parcourir autant de kilomètres chaque jour tant le temps consacré à nos déplacements deviendrait important.

Par rapport à l’organisation actuelle de nos territoires structurés en grande majorité autour d’un grand pôle urbain concentrant la plupart des grandes zones d’activités, de services et d’emplois et des périphéries péri-urbaines à fonction essentiellement résidentielle, deux grandes évolutions futures peuvent être envisagées.

Vers la constitution de grands pôles urbains :Le premier scénario pouvant être envisagé est la concentration des fonctions urbaines dans des aires urbaines dont la superficie serait délimitée et figée pour les prochaines décennies. L’objectif poursuivi serait la multifonctionnalité de l’espace urbain où l’habitat côtoierait activités économiques, espaces de loisirs, services publics et commerces.

L’accueil de nouveaux habitants serait permis par l’introduction de nouvelles formes urbaines mixant architecture contemporaine et respect du patrimoine mais aussi densification progressive par l’évolution des modes d’occupation du sol. La restructuration du bâti favoriserait alors la performance énergétique globale du secteur résidentiel et renforcerait la viabilité des commerces de proximité via de nouveaux modes de consommation.

Les espaces extérieurs aux grands pôles urbains seraient alors voués à de nouveaux modes de production agricole, de pratiques touristiques ou de loisirs. La consommation d’espaces naturels ou agricoles serait totalement stoppée au profit d’une première couronne qui verrait se développer une agriculture locale et maraichère à destination de grands marchés urbains tandis que les espaces plus reculés deviendraient en quelque sorte un immense espace vert dans lequel il serait possible d’effectuer de nouvelles pratiques de loisirs et de découverte d’une nature préservée.

La multifonctionnalité de la ville permettrait aux habitants de trouver tout ce dont ils ont besoin à proximité. La marche à pied et le vélo permettraient d’effectuer la plupart des déplacements, tandis qu’un maillage de transports en commun structurant permettrait de relier les différents quartiers en eux, mais aussi les pôles urbains avec les espaces de loisirs et les autres pôles urbains.

Vers la constitution de pôles urbains en réseau :Le deuxième scénario pouvant être envisagé est la structuration du territoire autour d’un réseau de petites villes où se concentreraient les activités économiques, les établissements scolaires, les petits commerces et les espaces de loisirs et où le développement urbain serait favorisé. Ces villes, complémentaires et interdépendantes les unes aux autres, seraient alors reliées entre elles suivant des modes de transports en commun offrant services, rapidité et confort.

Les formes urbaines, aujourd’hui principalement tournées vers des logements individuels de plain-pied, laisseront place à des maisons de ville, des logements mitoyens ou à quelques étages. Ces formes urbaines, que l’on retrouve bien souvent dans les centres historiques de nos petites villes ou villages, permettraient à la fois de recréer du lien social et « l’esprit de village » cher à nos anciens, et de limiter la consommation énergétique de l’habitat.

A l’image du premier scénario, l’usage de la marche à pied et du vélo serait favorisé au sein de l’espace urbain alors que les habitants pourraient assister au retour des commerces de proximité et des services publics en centre-bourg du fait de l’arrivée de nouveaux habitants.

Les espaces interstitiels entre chaque pôle urbain interconnecté seraient alors consacrés à l’activité agricole et aux loisirs. A l’image des pratiques médiévales, une première couronne autour de chaque pôle urbain pourrait notamment être constituée d’espaces communautaires regroupant l’ensemble des jardins des habitants sous la forme des jardins partagés, tandis que les espaces plus reculés pourraient être voués à l’agriculture « de métier » et aux loisirs.

Une utopie

Ces deux scénarios paraissent aujourd’hui utopiques tant l’indépendance des territoires à la voiture est encore très forte. Cependant, les perspectives énergétiques nous poussent à envisager de nouveaux modes de transports et donc de nouvelles façons de vivre et d’aménager.

Les territoires les plus divers favorisent d’ores et déjà l’expression de nouvelles pratiques urbanistiques et de nouveaux modes de vie. Les grandes agglomérations expérimentent de nouveaux modes de transports (tramway, tram-train, busway, train, bus, chronobus…) et montrent plus en plus d’intérêt à limiter voir interdire l’usage de la voiture dans leur centre-ville afin de favoriser le piéton et le vélo.

Les agglomérations moyennes, les petites villes et les villages, même si leurs moyens sont plus limités ne sont pas en reste et tendent à réfléchir sur l’organisation de leur territoire de façon à dynamiser le commerce de proximité, à favoriser l’implantation de nouvelles formes urbaines moins énergivores ou encore à développer les cheminements piétons permettant de relier les quartiers entre eux…

L’usage limité de la voiture conduit donc à repenser nos modes de vies, nos déplacements, l’aménagement de nos territoires et notre façon de consommer. De nombreuses expériences dans les espaces ruraux et urbains sont aujourd’hui menées et l’évolution des coûts de l’énergie et des modes d‘aménager à l’heure ou la majorité de la population habite en ville contribueront peut-être un jour à changer radicalement nos habitudes et nos modes d’habiter, de consommer et de nous déplacer.

Yohan Gaillard
http://www.faire-territoire.fr/

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12 commentaires sur “Et si la voiture disparaissait ?

  1. Bertrand

    Merci pour ce texte. Dommage qu’il n’y soit consacré qu’un seul mot à l’agriculture, soit dit en passant, la seule activité essentielle qui doivent nécessairement réinvestir les pôles urbains dans le contexte que vous décrivez. Ce n’est pas rien. Cordialement.

  2. Jean-Marc

    @ Bertrand

    http://blogs.rue89.com/american-ecolo/2012/01/11/le-mystere-de-la-penurie-de-lait-bio-aux-etats-unis-226220

    « Sécheresses et inondations à répétition expliquent en partie les augmentations du fourrage, mais la raison principale réside essentiellement dans l’accaparement du maïs pour la fabrication de l« éthanol et des agro-fuels.  »

    Avec une disparition des voitures -voire des camions- ce genre de pb n en serait plus un (surtout si, parallèlement, on mange moins de viande).

  3. Stephano

    Dommage que ni tous les acteurs de la ville pensent au bien être commun. Je voudrais réagir à un article publié sur le site BATIACTU : « Voies sur berges de Paris : un projet trop coûteux pour les entrepreneurs du BTP »

    http://www.batiactu.com/edito/voies-sur-berges-de-paris—un-projet-trop-couteux-32548.php

    Par lequel, je cite : « Le projet de la Ville de Paris concernant le réaménagement des voies sur berges est largement désapprouvé par la majorité (87%) des chefs d’entreprise de Paris et Petite couronne ». Cela montre le pouvoir des lobbys économiques, encore des nos jours, favorables au tout à la voiture.

  4. Gilles ChomelLÉCOLOMOBILE

    Personnellement, je vis très bien sans voiture. Du coup, je marche pas mal, ce qui est bon pour la santé physique et la santé psychique. La marche fait fonctionner le cerveau en ce sens qu’elle fait appel au sens de l’orientation qui stimule l’hippocampe qui est une sorte de fontaine de jouvence du cerveau (sans compter l’accroissement de la circulation sanguine dû à l’effet de pompe du sang veineux par la compression des talons).
    A mon sens, on pourrait très bien envisager une société sans voiture particulières (pour les particuliers). Seuls subsisteraient des véhicules professionnels qui pourraient rouler plus lentement.

    GC (LecoLomobiLe.fr et CrypText.fr)

  5. cycliste alcoolique

    Mais elle ne meurt pas d’elle même! Faut donner un petit coup de pouce. L’euthanasier. La société automobile est malade, aidons là à crever en toute dignité.

  6. Harry

    @LECOLOMOBILE
    Heu toujours au chômage ?
    Toujours autant d’activité à part la marche ?
    Dans ces conditions c’est facile de se passer de la voiture et se contenter de la marche ou du vélo.

  7. Pim

    C’est vrai ca harry, y en a qui bossent! Alors nous faites pas chier bande de fachos extremistes anti voitures. merde à la fin.

    Sinon Harry, toi qui es intelligent (enfin 1 sur Carfree), comment qu’on fait quand on a été assez con pour acheter un pavillon tout pourri phoenix qui vieillit super mal, et qui tombera en ruine dans 30ans, un pavillon situé à 15km au moins d’une boulangerie, et surtout à 20km d’un supermarché et 70km de son boulot, tout ca pour économiser 100eur de loyer/credit par mois par rapport à une ville un poil plus chere, 100 petits euros qui partent en fumée dans une bagnole ?

  8. Harry

    Ben demande au gars en question.

    Sinon il ne faut pas oublier que grâce au système actuel pour louer ou faire un crédit, il faut que les revenus soient trois fois celui du montant loyer/crédit, sans compter les demandes de garant pas toujours évidente à avoir pour tout le monde et cela suffit à aller un peu plus loin de son travail même si la somme qui manque par en fumée dans le carburant d’une bagnole.
    Et les propriétaires/banques ne vont pas changer les règles juste parce que tu leur dis « mais je n’ai pas de voiture donc moins de frais ».

    Alors…

  9. Jean-Marc

    Les demandes de garants sont illégales.

    Elles sont cependant très pratiquées… car les futurs locataires étaient en demandes.
    Mais actuellement, depuis 2008, c est les proprios et -encore plus- les agences, qui sont en demandes (sauf rares exceptions, comme Paris intra-muros).

    Donc c est le moment de faire appliquer la loi :

    Une personne, dans une agence te demande 2 mois de caution ou des garants : demande à la personne son nom et prénom, dis lui que tu veux une confirmation avant de prendre tel ou tel logement, demande lui de passer un coup de tél.
    Téléphone depuis son burau à la FNAIM pour raconter ton histoire et porter plainte contre M. XXX et l agence YYY rue ZZZ dans la ville de TTT.

    Même si tu n as pas de temps à perdre , à réellement porter plainte; après ton coups de fils, et une petite discussion avec M. XXX sur la raison pourquoi tu ne peux rester dans une agence qui fait des demandes illégales et injustifiées, quitte l agence.

    Y a plein d agences… et elles sont en demande.

    Si plusieurs clients font celà, les clauses abusives et illégales ne seront plus la norme.


    @ Harris :
    pour la location, oui, le plafond ne va pas changer.
    (même s’il est tjrs possible de défendre sa position : les agences doivent connaitre, ou pouvoir trouver, les stats de surendettements et de litiges, et savoir s’il y a plus ou moins de littiges avec les proprio de voitures ou avec les sans voitures).

    par contre, pour l achat, plus ton apport de départ est important, moins tes mensualités sont importantes/plus tu peux acheter cher malgré des revenus similaires :

    Si tu n as pas de voiture depuis des années, tu as de quoi avoir un apport de départ bien plus important qu’un utilisateur de voitures…
    (20 à 25% de son salaire d’économisé chaque mois, après 5, 10 ou 20 ans, celà fait une très belle somme…)

  10. Harry

    ça fait quand même beaucoup de « SI ».

    Mais tout d’abord il faut pouvoir trouver un logement qui remplie les besoins avec les moyens que l’on pour se passer de la voiture, donc déjà le premier « SI » n’est pas toujours évident.

    On peux défendre sa position, mais en majorité, ce sont les chiffre qui parlent et la sécurité pour le propriétaire, un peu logique.

    Ensuite pour le reste :

    Au sujet des garants, c’est vrai que je me suis trompé, ce n’est pas le bon terme, c’est la « caution » :
    http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F12048.xhtml
    (mis à jour en 2012)

    Ensuite les mois de caution sont plutôt des dépôts de garanties qui suivent ces règles :
    http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F18391.xhtml
    (mis à jour en 2010)

    Après la FNAIM ce ne sont pas toutes les agences qui en font partie et si on est dans une agence non adhérente de la FNAIM, ça ne sert pas à grand chose de les appeler.

    Si elles sont toutes autant en demande ce serait vraiment facile d’avoir un appartement, même sans revenus suffisant, mais bon, peut être par chez toi, parce que chez moi…

  11. GautamickaelGautamickael

    Au delà d’une utopie, c’est surtout d’une illusion dont il s’agit.
    L’illusion d’une « aide » de nos politiques concernant la restructuration de nos villes. N’attendons pas d’aide de la part de ceux qui ont créé ce système et réorganisons nos vies sereinement.

  12. Laurent

    Le crédit étant distribué à tous ce n’est une aide que pour les vendeurs de terrains à batir ou de maisons et tous ceux qui encaissent des commissions sur les prix de l’immo, c’est un coût pour ceux qui veulent se loger .
    C’est la même chose avec la bagnole qui est une aide pour les hypers qui se sont installés « aux champs » pour pas cher .

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