Place !

On attribue souvent à Georges Pompidou la célèbre formule « Il faut adapter la ville à l’automobile ». Qu’elle soit de lui ou pas, toujours est-il que les villes modernes s’y sont “adaptées”, à tel point que l’on ne peut plus imaginer l’une d’entre elles (du moins en France) sans ses sempiternels alignements de voitures garées.

A tel point que m’est venue la question suivante: quel espace prend le “stockage” des automobiles si l’on compare à la “surface utile” d’une ville ? J’entends par “stockage” les aires de parking, et par “surface utile” les commerces, habitations, parcs, voies de circulation…

Difficile de se donner un ordre d’idée dans une ville moderne. Les automobiles s’y stockent un peu n’importe où, voire même dans des endroits non visibles (garages). Pour autant, il est des villages qui, de par leur architecture, ne permettent pas l’accès à des automobiles. J’en prendrais 3 pour exemple. Ce sont des villages que je connais, tous 3 situés dans les Alpes Maritimes: Gourdon, Eze village et Valbonne.

En usant de Google Earth, on peut admirer ce charmant village de Gourdon vu d’en haut:

3carfree_gourdon1
Rien ne vous choque? Voici la même image avec, en bleu, la “surface utile” du village, et en rouge les surfaces consacrées au stationnement des voitures:

3carfree_gourdon2
Oui, à vue d’œil il y a autant voire davantage de surface consacrée au stationnement qu’au reste. Je vous laisse imaginer la perte que cela occasionne, surtout à un tel emplacement…

Passons à Eze village. Même exercice:

3carfree_eze1
3carfree_eze2
Puis Valbonne (la dernière fois que j’y suis allé, le terrain vague à l’Ouest servait aussi de parking sauvage. Mais bon je ne l’ai pas comptabilisé, car je suppose que ce terrain sera construit):

3carfree_valbonne1
3carfree_valbonne2
En conclusion, dans ces villes, le stationnement des voitures prend autant de place que la ville elle-même !

Et on serait tenté de penser que c’est le cas partout ailleurs. Beaucoup de place perdue pour une fonction si inutile (parkings = stocks = perte totale, tout industriel vous le dira), tant d’espace qui pourrait être consacré à l’utilité de tous…

NB: certains détracteurs diront que je n’ai pris pour exemple que des villages touristiques (enfin moins pour Valbonne), donc demandeurs de beaucoup de places de parking “visiteurs” en comparaison de leur taille. Certes, mais ces villages ne sont-ils pas touristiques JUSTEMENT car ils sont sans voitures ?

A propos de fredG

Contributeur de Carfree France

16 commentaires sur “Place !

  1. Loic

    Il faut noter que pour visiter ces villages remarquables car notamment pas  envahis par les  voitures, le plus simple et le plus organisé est d’y venir en voitures.

    Avec sans doute des accès dédiés aux voitures pour traverser les autres villages facilement et des autoroutes pour venir de loin sans embouteillage….

  2. Vincent

    Fred G > On attribue souvent à Georges Pompidou la célèbre formule « Il faut adapter la ville à l’automobile ». Qu’elle soit de lui ou pas

    Un coup de Google et on trouve dès la première page:

    « Ceci pour expliquer qu’il y a un certain esthétisme auquel il faut renoncer et que ce n’est pas parce que on empêcherait les voitures de circuler qu’on rendrait Paris plus beau. La voilure existe il faut s’en accomoder et il s’agit d’adapter Paris à la fois à la vie des Parisiens et aux nécessités de l’automobile à condition que les automobiliste veuillent bien se discipliner. »

    http://www.georges-pompidou.org/Documentation/Discours/1971_11_region.html

  3. Pédibuspedibus

    bravo Fred, constructions cartographiques du meilleur effet : la pédagogie finalement ce n’est pas sorcier…!

  4. FredG

    Merci Vincent pour l’info. Si je comprends bien, il parlait de Paris, et pas de la ville en général, bon a savoir.

    J’aime beaucoup le « à condition que les automobiliste veuillent bien se discipliner » ah ah ah ah.

  5. Henry

    Excellent, Bravo FredG , même constat dans mon quartier ( banlieue parisienne ). A la fin des année 90 il y avait de la place partout, maintenant impossible de stationner. Les gens accumules 4 voitures par foyer. Celle du boulot ( le plus souvent une camionnette ) + celle pour la semaine qui ne bouge jamais + celle pour le weekend + celle pour partir en vacance planqué dans un garage, générant des conflits avec les voisins qui ont un seul véhicule et qui subissent la folie des accumulateurs qui vont jusqu’à s’approprier des place publics en les gardant avec des poubelles des scooters des remorques etc… . Les trottoirs sont jonchés de ces voitures qui prennent un espace incommensurable. Pour le piéton impossible de circuler sur le trottoir ni sur la chaussée, occupé par l’appétit gargantuesque de la « monstruosité automobile ». Le cycliste, lui subit l’incivilité et l’ IMPUNITE des chauffards. Je suis certain que si tout l’espace occupé par ces objets était remplacé par des pots de culture on aurait une agriculture en pot bio proche de chez nous et on sauverait nos abeilles.

  6. dh

    tout est dit (montré), ce genre d’images est plus parlant qu’une longue litanie anti-bagnole!!

    chacun devrait le faire pour sa bourgade et pouvoir le publier sur ce site ou un autre, puis cumuler toutes les surfaces ainsi calculées(à la louche); combien de milliers d’hectares ainsi sacrifiés pour la déesse bagnole au détriment du reste ; production maraîchère bio locale par exemple!

  7. Pédibuspédibus

    Des bagnoles et du goudron en coeur d’îlot en plein centre de Bordeaux (plus de  10.000 habitants et emplois au km2) dans le quadrant nord ouest à 800m de la gare St Jean  : à gogo… Au lieu de quoi on pourrait imaginer de la verdure, des bancs, un point d’eau… : le mauvais goût quoi. Cagnard garanti en été. Bien sûr n’ont pas été représentés les innombrables garages et parkings souterrains, et on devinera l’omniprésence de l’automobile dans l’espace viaire.

    http://pdf.lu/bj3n : parkings en coeur d’îlot

    http://pdf.lu/i5Id : support de carte Google map

     

     

  8. FredG

    @Henry

    Ca se vérifie mathématiquement tout ça en fait. Dans mon immeuble, 7 étages, 2 appartements de 80m2 par etage (donc 160m2 d’occupation au sol), donc 14 « foyers ».

    Pas de parking souterrain, il faut se garer dans la rue.

    Imaginons que chaque foyer de mon immeuble possède en moyenne 2 voitures, en comptant 9m2 occupe par voiture lors d’un stationnement, on arrive a 252m2 d’espace occupe par le stationnement des voitures…

    252m2 pour parquer les voitures des occupants d’un immeuble qui occupe 160m2 au sol…

  9. Henry

    FredG > J’entend bien encore que dans un immeuble il y a des étages on stocke en 3D , donc c’est encore plus conséquent si l’on reporte l’espace consommé sur un plan 2D comme tu l’as démontré.

    Moi je faisais surtout référence à mon quartier ( pavillonnaire ) où tu peux compter en moyenne trois voitures par foyer et quasiment personne n’utilise sont garage par peur que quelqu’un se gare sur son bateau l’empêchant ensuite de sortir. Ca en fait de la place gaspillé :/ . Sans compter que beaucoup de voiture ne bouge jamais . Bref je ne sais plus dans quel article de se superbe site un grand homme à dit  » plus on fait d’espace pour l’automobile plus elle va en occupée et plus il lui en faudra  » c’est un cercle vicieux .

  10. JAN

    Merci pour cet article.

    Je savais que les infrastructures liées à l’automobile étaient en grande partie responsables du ruissellement excessif des eaux de pluie et donc des inondations qui parfois en résultent. Je n’avais pas pensé à la perte d’espace disponible pour les habitations, sujet très sensible chez nous près de Paris où le foncier commence à faire défaut.

  11. ben

    La mauvaise foi des cartes !!!

    Pourquoi une infime partie des zones d’habitation est en bleu ?

  12. rétropédaleur

    Le Dieu bagnole nous somme de se prosterner devant lui, tremblez, coquins, profanes, bachibouzouks, hommes de peu de foi, vous osez douter de l’utilité de cet engin sublime, vous serez punis, la prochaine fois que vous oserez traverser un passage piéton, nous vous écraserons!

  13. Pédibuspédibus

    oui Jan, mais les aménagements dédiés à la bagnole, genre goudronnage, sont également responsables au plus haut point du phénomène d’îlot de chaleur dans les villes…

  14. fredG

    @Ben beaucoup de zones d’habitation ne sont pas en bleu car elles incluent des zones de garage (cours ou garages, ou simplement possibilité de se garer dans la rue). J’ai selectionné justement des villages sans voitures pour isoler les parties « utiles » 100% sans voitures et montrer les zones de garage qu’elles nécessitent (qui sont clairement délimitées par les grands parkings à l’air libre).

    De plus, 99% des gens qui se garent dans une zone « rouge » viennent dans le but de faire quelque chose dans une zone « bleue ». C’est pour m’assurer de cela que j’ai choisi des villages que je connais.

    Si j’avais fait cet exercice dans une ville « normale », il aurait fallu isoler les places sur les bords des rues (même celles planquées sous les arbres), débusquer les parkings souterrains, les parkings particuliers, etc… bref je pense que j’y aurai passé 8 jours et visuellement ça n’aurait pas rendu grand chose.

  15. Pédibuspédibus

    Fred, tes huit jours de traque automobile, pour une ville « normale », auraient été diablement fructueux : tout en rouge ou presque sur la carte…

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