La démocratie des chauffards

Je vous fais part de ma petite tentative auprès de ma mairie afin de faire respecter les limitations de vitesse dans une rue où il n’y a pas moins de 2 écoles.

J’ai au moins appris une chose de cette tentative, c’est que l’on peut mettre en avant les valeurs démocratiques participatives aux services des chauffards et au détriment de la collectivité. N’est-ce pas cela que l’on appelle l’inversion des valeurs?

1ère lettre envoyée au maire

Monsieur le Maire,

J’ai eu le plaisir de lire dans la première page du trimestriel n°xxxxx d’avril, la phrase suivante: « assurer la tranquillité publique pour le bien vivre ensemble, l’affaire de tous les xxxxxx. » Cette belle phrase qui laisse présager de beaux projets m’a incité à vous adresser ce courrier qui, je l’espère sera suivi d’actes bienveillants.

Je tiens tout d’abord à vous informer par la présente lettre que j’ai été surpris par votre enquête, demandant si nous désirions avoir des ralentisseurs. La raison de ma surprise est la suivante: je ne pense pas qu’un maire doive avoir recours à un référendum pour protéger ses administrés. J’ai tout de même répondu, en stipulant qu’il y avait urgence dans la mesure où j’ai moi-même été témoin d’accidents évités de justesse impliquant des chauffards et des enfants.

J’en profite pour vous signaler que le panneau indicateur de vitesse, installé depuis peu, n’a absolument pas modifié le comportement des chauffards.

Nous habitons depuis 26 ans route de la xxxxx et nous avons constaté une nette dégradation de ce quartier due au comportement de nombreux chauffards.

Je fais donc appel à vos engagements en tant que maire pour assurer la sécurité et la tranquillité de vos administrés en trouvant une solution visant à éviter un ou plusieurs drames.

Nous estimons qu’un quartier doit être avant tout un havre de paix où chacun peut vivre en profitant d’un environnement serein, et non une vulgaire voie circulable utilisée par des obsédés immatures de l’accélérateur.

Dans l’attente d’une prise en considération de mon courrier, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

P-S : une copie courriel a été envoyée le 29/04/2019 sur le site de la mairie.

Réponse du maire :

Monsieur,

comme suite à votre courrier, comme suite à mon courrier je peux vous assurer que la sécurité des xxxxxx est et restera la priorité de mon mandat.

Toutefois la concertation au plus près de la population est tout aussi importante. C’est la raison pour laquelle nous organisons régulièrement quartier par quartier des référendums, avant toute prise de décision. Je pense que la démocratie représentative ne pourra perdurer sans cette indispensable concertation.

Si j’ai sollicité l’ensemble des habitants de votre quartier, c’est bien car j’estimais que la question de la vitesse se posait. La réponse a été, sans contestation, un refus de création de plateau traversant. Je comprends que vous le regrettiez mais j’ai pour habitude de respecter les résultats des référendums locaux.

Avec tous mes remerciements pour votre compréhension, je vous prie de croire, monsieur, en l’assurance de ma sincère considération.

2ème lettre envoyée au maire :

Monsieur le Maire,

Je vous remercie pour votre réponse rapide mais, permettez-moi de vous dire que le résultat sans contestation au référendum me semble peu éclairé et peu responsable.

Vous m’assurez que vous donnez priorité à la sécurité des XXXXXXX, et que vous estimez que la question de la vitesse se pose mais, en même temps, vous mettez en avant des valeurs démocratiques (référendum) qui, dans ce cas, servent les intérêts particuliers des chauffards qui enfreignent la loi en roulant à des vitesses excessives dans une zone à 30 km/h, au détriment de l’intérêt général (la sécurité des individus), cela me semble quelque peu contradictoire.

Je pense réellement M. le Maire, qu’il est nécessaire, et ceci afin d’éviter un drame, de trouver une solution pour réguler la vitesse sur la route XXXXXXX.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Pas de réponse, l’affaire est close, et les chauffards continuent à risquer la vie des enfants impunément.

10 commentaires sur “La démocratie des chauffards

  1. jol25

    Pas étonnant hélas… Au risque de me répéter : pour avoir abordé le sujet en réunion de quartier, quant à la vitesse excessive dans la boucle du centre-ville (30km/h), la réponse municipale a été : on tolère jusqu’à 50km/h.

    Donc à quoi sert la limitation 30 ? A éviter le 70km/h quand c’est 50 ? Que se passe-t-il dans les zones de rencontre et contre-sens cyclables ? Les vélos finissent sur les trottoirs et les piétons râlent.

    Et 2 fois qu’un mur se fait défoncer dans la zone 30… Pour défoncer un mur, faut y aller… De nuit, mais quand même!

  2. OcarGo

    Je ne savais même pas qu’il était possible de réaliser des référendums à l’échelle d’un quartier.
    En tout cas c’est forcement contre productif lorsque la plupart des citoyens se pensent chauffards avant piétons…

  3. Alexandre Oberlin

    Les ralentisseurs sont une gâterie pour la plupart des véhicules récents, y compris les SUV et les 4×4. Ce qu’il faut c’est que chaque véhicule émette à intervalles réguliers un identifiant électronique. En cas d’infraction, l’amende est envoyée directement au domicile du propriétaire. Si un véhicule passe sans émettre de code, la caméra permettra de faire une enquête.

    La vie privée n’est pas menacée si les données recueillies sont détruites dès que le véhicule est passé sans infraction. Si la 5G peut servir à ça, elle ne sera pas totalement inutile.

  4. Tigroudja

    Le maire est un abruti qui ne pense qu’ à se faire réélire et les habitants malheureusement même verdict!!

  5. Céline

    Quand on constate l’impunité généralisée (dans toutes les villes) des chauffards concernant toutes leurs infractions, y compris celles entrainant la mort violente des autres usagers de la route, plus vulnérables (piétons et cyclistes), on peut en effet conclure à une inversion des valeurs et à une contradiction/hypocrisie patente entre les discours progressistes (protéger les administrés) et l’action.

    Les voies du Seigneur Voiture sont impénétrables.

  6. vince

    Faut voir comment ce référendum a été posé, on peut tout obtenir avec une question simpliste. Ou bien le maire a un parti pris et s’est juste interrogé lui-même.

    On se demande d’ailleurs bien pourquoi s’installent un peu partout des ralentisseurs et des zone 30. Il y a peut-être des exemples proches à montrer à ce maire ?

  7. Pédibuspedibus

    allez, je pense vous faire réagir sur l’irresponsabilité édilitaire… :

    un maire qui supprime le trottoir pour y faire des places de stationnement, vous auriez osé… ?

    eh ben c’est ce qui s’est produit il y a deux/trois ans au Bouscat, commune limitrophe de Bordeaux, dans une rue très proche d’une station de tram :

    https://www.google.com/maps/@44.8672866,-0.5771262,3a,34.9y,263.99h,78.37t/data=!3m6!1e1!3m4!1sZooNRCycjKWAdyTVwr_pQg!2e0!7i16384!8i8192

    un coup de peinture bleue sur les trottoirs de la rue Abel et hop on a deux bandes de stationnement pour pas cher… ! quant aux piétons avec 50cm à un mètre entre mur et carrosseries c’est largement suffisant…

    le maire en question, Patrick Bobet, ripoublicain, était encore président de l’interco Bordeaux Métropole en début d’année…

    l’ami qui m’a informé de la chose a encore accru mon dégoût au sujet du petit monde politique et associatif local… :

    ancien adhérent de l’association « droit du piéton de Gironde » il tâche de remuer la structure pour qu’elle agisse en direction de l’élu :

    René Vernay, un vieux monsieur président de l’asso qui ne veut surtout pas faire de vagues et tient à conserver son rond de serviette aux réunions où il est invité – pour continuer à faire ses ronds de jambe auprès des zélus…? – rechigne à réagir, pour finalement lui demander s’il est à jour de ses cotisations et lui dire que s’il veut faire avancer le Schmilblick il n’a qu’à remplir la fiche « d’anomalie de voirie » qu’on se chargera de transmettre à l’interco…

    bref, un écosystème politico-associatif bien toxique, où la cause de l’intérêt général, de l’environnement et en particulier l’usage des modes actifs de déplacement  risque de rester longtemps sous le boisseau :

    je suppose que ce qui se passe ici dans l’agglo bordelaise est valable ailleurs et que seule une pratique rodée de la justice administrative, chez un nombre suffisant de citoyens, pourrait débloquer la situation…

     

  8. vincent

    « Quand on constate l’impunité généralisée (dans toutes les villes) des chauffards concernant toutes leurs infractions, y compris celles entrainant la mort violente des autres usagers de la route, plus vulnérables (piétons et cyclistes), on peut en effet conclure à une inversion des valeurs et à une contradiction/hypocrisie patente entre les discours progressistes (protéger les administrés) et l’action. »

     

    Mouais… enfin… ce n’est pas propre qu’à la voiture hein… :

    https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/121120/france-3-ans-de-prison-pour-une-anesthesiste-belge-ivre-lors-d-un-accouchement-fatal?onglet=full

  9. vince

    Exemple malheureux d’une responsabilité plus sévèrement punie que celle en général des chauffards entraînant la mort d’autre usager.

  10. Paki

    Bonjour, j’ai connu le même type de mésaventure dans mon quartier. Un parallèle avec un sujet différent : si en France on avait demandé leur avis à la population avant de faire des aménagements en faveur des personnes à mobilité réduite, jamais ces aménagements n’aurait été fait (et encore ils sont encore insuffisants). En démocratie, il faut savoir parfois aller contre l’avis de la majorité.

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