L’énergie, une obsession du productivisme capitaliste…

miyazaki

Cette fois il ne s’agit pas de raffinage de denrées nourricières pour produire de l’éthanol mais de méthanisation de ces mêmes productions agricoles à partir de laquelle on va obtenir du gaz méthane. Si ce procédé peut être une bonne solution pour nos déchets périssables qui vont ainsi produire de l’énergie tout en ne posant plus de problème de stockage ou d’incinération, ainsi que la production d’éthanol dans le cas de surproduction agricole, cela reste un détournement inconcevable de l’agriculture lorsque l’on va cultiver volontairement pour nous alimenter en énergie, que ce soit pour les agro-carburants comme pour le méthane!

Les solutions alternatives doivent d’abord commencer par la réduction de nos consommations d’énergie ce qui diminuera dans un premier temps la notion de productivisme. Le concept d’énergie renouvelable ne doit pas non plus tomber dans la même erreur de ce qui amena la suractivité humaine, dont on ne peut que constater les ravages au fil des jours. Il est évident qu’il est préférable de favoriser le photovoltaïque sur le toit des immeubles, voire sur les maisons individuelles que subventionner la prolifération de grandes étendues cultivables transformées en champs de capteurs solaires. Dans le même ordre d’idée, de l’énergie à n’importe quel prix, il y a un autre secteur tout à fait discutable : c’est l’éolien terrestre, mais surtout pour sa rentabilité aléatoire…, si ce n’est d’enrichir que celle des promoteurs du partenariat public/privé ; en l’occurrence les grandes multinationales qui par ce biais réduisent à leur merci des municipalités devenant tributaires du bon vouloir du diktat capitaliste. On reconnaît là la continuité d’un productivisme dévastateur que l’on va tenter d’atténuer sous le nouveau leitmotiv fumeux du capitalisme appelé pompeusement la « croissance verte ».

On pourrait citer moult exemples tant ils commencent à faire florès, mais nous prendrons celui de la méthanisation qui pourrait devenir de plus en plus d’actualité, d’autant que pour l’Europe, entre autres, les agro-carburants observent une certaine pose due à deux conjonctures, un regard plus perspicace de la part des utilisateurs sur l’arnaque des « biocarburants » (appellation trompeuse utilisée pour mieux faire vendre, la mode du préfixe « bio » servant d’appel commercial) et aussi, de la part des raffineurs, une mise en veilleuse momentanée que l’on doit à un prix du pétrole un peu moindre. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la baisse du prix des céréales (la demande est moindre, les cours chutent), ce qui ne va pas perdurer lorsque le pétrole augmentera. On peut donc constater que le prix ne nos aliments dépend de moins en moins de la demande alimentaire, mais des fluctuations du marché de l’énergie, et c’est là que le drame est en préparation.

Alors, pour produire de l’énergie, on veut aussi méthaniser en achetant des terres afin d’y semer des céréales pour en tirer au final du méthane. On pourrait croire que cela se passe en Afrique du Sud ou plus généralement en Afrique subsaharienne où les multinationales investissent à tour de bras pour produire des agro-carburants, ou dans les marécage de Malaisie qui sont surexploités par des plantations de palmier à huile œuvre de Nestlé et consort, sans oublier la déforestation industrielle de l’Amazonie. Non cela se passe à notre porte, dans la Creuse à proximité de Guéret, sur les bords de la Gartempe où la société Abiodis veut acheter 300 hectares de terres pour produire des céréales qui seront méthanisés dans l’usine de Guéret. Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour deviner que l’on va avoir affaire à de l’agrobusiness hyper productiviste afin de sortir des rendements maximums d’une terre qui ne sera qu’un support ; les engrais, pesticides, insecticides, voire les OGM étant les bases de cette agriculture.

Voilà, cette course à l’énergie prétendue verte va transformer encore plus le monde agricole en une sorte d’usine à produire des carburants, des méthanes, des amidons pour les polymères, etc. et ceci et de surcroit entre les mains d’industriels productivistes qui vont finir par faire disparaître totalement l’agriculture paysanne si nous n’y mettons pas un frein.

C’est ce qu’ont essayé de faire lors de la séance plénière du conseil régional du Limousin le 20 avril des élus conscients et responsables en déposant une motion s’opposant à la vente des terres. Le résultat sans surprise demandera néanmoins quelques explications. Pour rappel : l’UMP et le PS ont voté contre, Europe-Ecologie et ADS se sont abstenus, « Limousin, terre de Gauche » a voté pour.

L’UMP, défenseur de la croissance capitaliste, qu’elle soit verte ou pas d’ailleurs, peu importe pourvu que le capital exulte, était dans son jardin et on ne peut que remarquer une fois de plus qu’ils vont favoriser l’industrie capitaliste, qu’ils vont maquiller de « bio » pour mieux faire passer la pillule.

Les socialos de plus en plus incompétents, farouches promoteurs du fumiste développement durable ne pouvaient faire autre chose que d’emboiter le pas aux capitalistes rois du libre échange et des marchés, ce qui les classe dans la même catégorie que les amis à Sarkozy. C’est à se demander s’ils savent ce que veut dire écologie hormis pour bien paraître dans les salons et tromper le gogo, ceci avec la bénédiction des écolos bobos de la nébuleuse Europe écologie.

La nébuleuse, voilà le cas intéressant, car ces faux-culs se sont abstenus ! Pour nous faire voir la veille d’élection un « hélicolo » tartuffe consommer quelques milliers de litres de carburant pour filmer une planète en décomposition, ils savent faire… Pousser des cris d’orfraie quand on a mis la boite de conserve dans la mauvaise poubelle, ils savent faire…Par contre, quand il s’agit de s’attaquer aux vrais problèmes, raison de plus lorsqu’ils ne sont pas médiatisés ou plus simplement médiatiques, et qu’ils peuvent être des freins à la fumeuses croissance verte, là, il n’y a plus personne. Car surtout, ce qu’ils oublient de dire c’est qu’ils ne sont pas anticapitalistes, anti-productivistes surtout, ou du moins lorsqu’ils abordent le sujet du bout des lèvres ; enfumage puisque c’est pour ne pas paraître trop en retard avec les vrais écologistes qui eux le sont car éradiquer le capitalisme est un concept incontournable pour sauver la planète. Dans d’autres temps nous aurions cité Coluche qui avait un mot très adapté à ces personnages et leurs agissements, nous ne le citerons pas, nous dirons plus poliment : des baratineurs électoralistes s’adaptant aux contextes qui les arrangent, et menteurs de surcroît ! On comprend mieux le rapproche qui pourrait se faire avec le PS, on va assembler les tartufes, ça nous promet un spectacle peu ragoûtant qui va cependant encore tromper le naïf….

Par contre, nous devons remercier les élus de « Limousin, terre de gauche » d’avoir voté pour cette motion qui, de plus, proposait une réflexion très intéressante en évoquant un engagement sur la maitrise du foncier. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à faire sur ce sujet dans le milieu agricole, ne serait-ce que pour l’obédience discutable des Chambres d’agriculture ou de la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural), pour ne citer que ces deux instances.

On peut faire une petite remarque, pas anodine dans sur le fond, quant aurait-il été si Limousin, terre de Gauche était rentré dans l’exécutif avec le PS ?

Nonobstant, comme il y a des élus particulièrement intelligents dans ce mouvement, ils auraient voté contre le projet et pour la motion, nous en sommes persuadé, mais la position aurait été probablement plus difficile à soutenir, donc la situation actuelle totalement indépendante du PS favorise bien la liberté d’expression sans arrière pensée. Cela aurait sans doute aussi posé la même interrogation si « Tous ensemble, la Gauche vraiment ! » des Pays de Loire avait eu suffisamment de voix pour s’accoquiner avec le PS au second tour, puisque Notre-Dame-des Landes, enjeux écologique et sociétal considérable, eut été un problème difficilement surmontable et une ambiguïté lors de la cohabitation.

Bref, des hommes sensés ont pris la bonne décision en soutenant la motion dont ils étaient aussi les instigateurs. L’espoir est qu’ils servent d’exemples et que nous soyons vraiment vigilants sur cette lancée pour que l’ultralibéralisme débridé -avec son corolaire le productivisme capitaliste pour lequel les exploiteurs veulent absolument s’accaparer de tout pour continuer à nous faire faire croire que l’on pourra indéfiniment produire de l’énergie sans détruite la planète- soit combattu sans concession !!!.

Voir la motion sur le site : www.terredegauche.fr

Source: http://le-ragondin-furieux.blog4ever.com/

Image: Hayao Miyazaki

A propos de Michel Mengneau

Administrateur du site Le Ragondin Furieux

Un commentaire sur “L’énergie, une obsession du productivisme capitaliste…

  1. Jean-Marc SérékianJMS

    Bonne analyse, mais il ne faut pas avoir peur de critiquer les
    « énergies renouvelables ».

    Le capitalisme représente l’utilisation terminale de l’écosystème.

    L’éolien et le solaire comme le nucléaire, dépendent de l’économie de pillage. Uranium et « terres rares », par leurs exploitations intensives dans le tiers monde ou en Chine représentent des désastres humanitaires et écologiques devenu nécessaire pour pérenniser la logique économique du capitalisme.

    En France, le Grenelle de l’environnement a tourné une page historique, pour la politique nationale. La classe politique, dans son ensemble, est maintenant réunie en un seul parti. Du Front de Gauche au Front National en passant par Europe écologie, elle forme le PCPU. Ce nouveau Parti de la Classe Politique Unifiée est unanime sur son programme économique. La Droite et la Gauche ont été aboli par le Grenelle de l’environnement. Quels que soient les couleurs ou attributs de la croissance : « verte », « durable », ou « soutenable » ou « équitable » ; « il faut de la croissance pour sauver l’économie et notre mode de vie ! » C’est le mot d’ordre politique du PCPU. La croissance n’est donc plus ni de droite ni de gauche.
    Comme la croissance économique dépend de la capacité de conversion énergétique, la classe politique est condamnée à être unanime « il faut faire feu de tout bois » et énergie de tout et de n’importe quoi. Pour les biocarburants, la chose s’exprime en terme technique de manière très concise et terrifiante : « Biomasse = Énergie ».

    Sur le plan international, les nations baleinières ont repris le flambeau de la « tradition » et les multinationales s’emparent des terres agricoles en Afrique pour produire des biocarburants…
    La circulation des marchandises, à la base du capitalisme, dépendant de l’économie de pillage : des richesses minières et des écosystèmes. Et la survie de cette économie est intimement liée aux capacités multiples et croissantes de conversion énergétique.

    En Europe, le « Peak Oil » a fait tilt dans la tête des eurocrates. La pénurie énergétique les a unifié dans une Pensée Unique, la « course à l’énergie ». Les énergies renouvelables entrent entièrement dans cette problématique de survie de l’économie de pillage, pérenniser la suprématie de l’Europe occidentale sur Tiers Monde.

    Noir ou Vert, le capitalisme représente l’utilisation terminale de l’écosystème. Il est le stade suprême du militarisme et sa politique énergétique est justement la sublimation civile du militarisme. Pour conquérir le monde et maintenir sa suprématie sur les conquêtes, plus que des armes conventionnelles, il faut de l’énergie. Il faut une capacité toujours croissance de conversion énergétique. En définitive les armes ne représentent que la forme archaïque et peu économique de l’utilisation de l’énergie. A bon vieux temps des « démocraties avancées » pour avoir les « Diamants de Bokassa », il fallait combler le tyran de la panoplie des armes conventionnelles, mais aujourd’hui pour s’assurer l’exclusivité du pillage d’un écosystème, il faut pouvoir produire en masse et sur place de l’énergie.
    Dans cette perspective évolutive du militarisme, pour sauver l’économie de pillage, le nouveau « Capitalisme vert » oppose, à l’ancien « Capitalisme des marées noires », une utilisation plus économique et « efficiente » de l’énergie.
    La « couse à l’énergie » a supplanté la course aux armements. Ou plus exactement, avec la fin prévisible du pétrole, elle est maintenant passée sur le devant de la scène politique. La « Guerre des Mégawatts » supplante et enterre définitivement la « Guerre Froid ». L’affrontement devient technique et post-idéologique. Comme la « Guerre Froide » a assuré la course aux armements, l’affrontement des « Mégawatts » assure la « course à l’énergie », vitale pour l’économie. Pour sauver la croissance, l’affrontement des partis s’est recentré sur l’énergie. La conversion énergétique est le moteur de la croissance économique. Sur la scène politique, la lutte des partis s’exprime maintenant en terme purement technique. « Mégawatts alternatifs » contre « Mégawatts radioactifs », « énergie renouvelables » contre « énergie recyclable » encore une fois il faut choisir. Mais quel que soit le camp politique, on est embrigadé pour la survie du capitalisme, « Mégawatt über alles ! »
    Dans l’évolution du militarisme, le capitalisme représente son stade suprême, par sa capacité à convertir en énergie et réduire en cendre le monde vivant. Dans cette entreprise, l’industrie automobile reste encore aujourd’hui son industrie pilote. Voir : « La mondialisation du STO par l’Auto ». La voiture est la machine énergétique de guerre par excellence, elle militarise la population à la production comme à la consommation. En toute circonstance elle organise, éduque et discipline les producteurs consommateurs sans donner d’ordre.

    L’alternative écologique est bien sûr anticapitaliste, c’est la décroissance énergétique.

    Je proposerai en deux épisodes un article à Carfree

    « Éléments de vocabulaire ne pas confondre… » (économie d’énergie et décroissance énergétique)

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