« On replantera des arbres ! »

Extrait, développé et autonomisé, de la série « Un jardin de la France en béton armé« , il constitue un article à part entière. Centré sur la critique de la démagogie des autorités municipales sur les espaces verts, il se fixe comme objectif d’être un contre-argumentaire pour la préservation du patrimoine arboré urbain, massivement menacé aujourd’hui.

L’élimination systématique dans les villes de la strate arborescente historique et patrimoniale est l’une des caractéristiques les plus préoccupantes des nouvelles stratégies urbanistiques.

Malgré l’accélération de ces hécatombes, depuis l’envahissement automobile de la ville, la plupart des municipalités s’affichent satisfaites de leur politique « espaces verts » et certaines, obtiennent même des labels d’exemplarité écologique pour leur ville.

Comment y voir clair et comprendre cette contradiction ?

Le cri de guerre des tronçonneuses

L’Arme de propagande fatale pour abattre les grands arbres et le faire sans mauvaise conscience, tient en une seule petite phrase : « on replantera des arbres ! ». La phrase d’une efficacité redoutable, forclôt dans l’instant toute possibilité de discussion et permet, dans le même temps, d’apaiser les consciences dans la population. Cette formule assure en un seul temps une reconnaissance de fait de la faute et une sorte de promesse de réparation. Se voulant consolatrice pour les habitants elle permet avant tout d’obtenir soumission par leur résignation.

« Que pensez-vous de l’abattage des grands arbres dans votre quartier ? » « C’est triste, oui ! C’est vraiment triste, « On va les regretter ! » « Dommage » mais… « Ils vont replanter des arbres ! »

Forclusion immédiate par cette phrase de tout débat contradictoire, les autorités municipales aplanissent ainsi toutes les inquiétudes… Rares sont les personnes qui résistent et qui osent dire « c’est un crime ! ». Mais elles existent.

Perverse supercherie dans la promesse

Avec cette phrase il y a l’évacuation de la signification politique réelle de l’acte et la symbolique du  meurtre  peut s’afficher de manière délibérée et ostentatoire. « On replantera des arbres », un cri de guerre qui libère l’assaut des tronçonneuses… Le saccage du patrimoine paysager et historique de la ville est « labellisé vert » par la promesse. S’en vont les arbres sous l’espérance de ces deux phrases qui semblent se répondre comme en écho…« On replantera des arbres ! » « Ils replanteront des arbres ! »

Cependant il y a là une perverse supercherie dans la promesse. Les arbres abattus et replantés n’appartiennent pas aux mêmes catégories floristiques et écologiques.

Les grands arbres éliminés représentent et définissent la strate arborescente, dont l’espérance de vie est faite pour traverser les siècles. Leur abattage correspond de fait à la destruction d’un écosystème et répond à une logique de conquête technique de l’espace publique.

Les arbres replantés appartiennent eux à la strate arbustive. Plus facilement amovible, ils peuvent rapidement apparaître et disparaître. Ils s’adaptent sans difficulté aux caprices de la mode et sont capables de suivre les esthétismes horticoles les plus débiles.

Chose nouvelle et nécessaire dans le plan d’ensemble de contrôle de l’espace, ils sont choisis pour ne plus nuire au « devenir usine » programmé pour la ville. Alors que les grands arbres s’intégraient dans de vastes perspectives d’architecture végétale à valeur patrimoniale, les nouveaux arbustes de remplacement viennent médiocrement décorer des surfaces mortes, résidu inutilisable de la conquête de l’espace urbain.

Au-delà des chiffres, les implications politiques

Pour comprendre ce qui se trame, il est donc important de ne pas se laisser enfermer dans la pure logique mathématique de la propagande officielle du : « on replantera des arbres ! »

La réduction du monde vivant à une arithmétique d’arbres interchangeables, abattus et replantés comporte une perversité politique volontairement mortifère et véritablement exemplaire. En plus de répondre à la logique des marchés publics, et de se faire au profit des hommes d’affaire et aux frais des habitants, elle étend au monde vivant la notion de « l’usage unique », de l’interchangeabilité. Pour la population, elle institue l’acceptation de fait de la logique marchande et impose la résignation inévitable devant le désastre écologique, présenté comme nécessité de la « Modernité ».

Le coût écologique est double puisqu’il comporte une dépense d’énergie colossale pour détruire des écosystèmes. Il inflige la double peine puisque la perte du patrimoine est facturée au prix fort aux contribuables de la ville. Il y a là une perversité extrême dans le projet politique où avec cette promesse claironnée on arrive à une « quadruple peine » : destruction de la strate arborescente de la ville, pollution atmosphérique et spoliation de la population pour accélérer au final la privatisation de l’espace public par la mise en chantier permanente de l’espace urbain…

Un « budget espace vert » en « gouffre financier »

Dans les Chiffres, le budget « espace vert » de la ville de Tours est exemplaire, il « explose ». De quoi impressionner plus d’un amoureux de la nature… Mais l’envers du décor est moins réjouissant, dans le détail des factures on s’aperçoit qu’il s’agit de plus en plus exclusivement d’un budget « chantier public » où les hydrocarbures et les engins de chantiers se taillent la part du lion. Dans la ville, la taille des arbres est quelque chose à voir, un spectacle tout en technique où dans un vacarme invraisemblable les engins de chantier y sont les rois.

Puis suivent la diversité des pesticides, les frais et dispositifs d’irrigation intégrée.

Les employés ne sont pas des jardiniers, ils sont astreints aux abattages de toutes natures et aux plantations de réparation. Les travaux de terrassement, piquage et repiquage, les occupent de manière humiliante… Un chantier horticole permanent et réitéré à chaque printemps. Indéniablement la ville engage des dépenses colossales… En boucle elle n’arrête plus d’abattre et de replanter des « arbres » et budgétise sans limite un chantier permanent dans un vacarme assourdissant…

Sans oublier les GES des arbres « Hors Sol »…

En permanence et sur de longues distances circulent en grand nombre les arbres déracinés et « empotés ».

L’hiver, des ifs cylindriques dans leur pot cubique trônent sur la place Anatole France, en triste décoration verte de Noël. Au début de l’été, ce sont les Oliviers et les Bougainvilliers « hors sol » qui arrivent. Les ifs cylindriques dans leur pot cubique quittent la place. Pour leur repos estival ils retournent aux entrepôts. Un manège infernal, où les alarmes de recul et les moteurs des engins de levage crachent leurs décibels… aucun oiseau n’est audible sur cette place, censée être un « espace vert »…

Dans la réalité des factures de cet énorme « budget espace vert » il s’agit bien d’un vaste « gouffre financier » voulu et entretenu en permanence par l’état-major municipal et facturé au prix fort à la population, au titre des dépenses d’apparats. Au lieu de préserver l’héritage de la trame verte patrimoniale de la ville, partout on assiste à des mises en chantier où résonnent les décibels des tronçonneuses et des engins de chantiers.

Dans la réalité des faits il s’agit d’un « désastre écologique ». Une destruction de la trame verte historique offerte aux engins de chantier, quel est le « bilan carbone » de ces massacres itératifs et de ces mascarades vertes d’apparats, facturées aux contribuables de la ville ?

Dénaturation et désertification

A chaque étape, on change donc de catégorie floristique et les choses se font toujours dans le sens de la « désertification ». L’élimination systématique de la strate arborescente représente la conquête de l’espace public. S’il reste de la place, non privatisable ou valorisable sur le plan économique, elle peut être orientée au profit d’une strate arbustive. Puis, dans les options choisies, arrivent des arbrisseaux suivis des sous-arbrisseaux formant de petits massifs buissonnants de verdissage. Pour finir la strate herbacée décorative s’installe. De nombreux lieux et places dans la ville en sont arrivés à ce stade là de pauvreté végétale (1). A ce niveau de désertification avancée, le choix des essences à planter se fait encore en privilégiant les plantes annuelles sur les plantes vivaces.

Une étape intermédiaire et innovante doit être encore signalée. C’est celle des « faux arbres » ; où un mat métallique, support d’une plante grimpante, crée une sorte de verdure verticale ressemblant à un arbre (2)…

A chaque mise en chantier, en plus de la désertification, la débilité des choix horticoles devient de plus en plus manifeste, ostentatoire et brutale. Les essences privilégiées, choisies sur catalogue, sont de plus en plus exotiques, arbitraires et volontairement inadaptées au climat.

Dans un quartier qualifié « Haute Qualité Environnementale »

Des variétés horticoles de « pin parasol » nain se sont mises à proliférer en certains secteurs de la ville. Dans le nouveau quartier « Haute Qualité Environnementale » des « Deux Lions », leur multiplication est déjà impressionnante. Pour ce secteur en sur-urbanisation, ils ont remplacé les anciens chênes, les saules et vieux frênes qui longeaient le Cher, maintenant entièrement corseté. Rien n’a été laissé à la nature …

De toute évidence ces Pins nains sont là, plantés en nombre, pour dénaturer et défigurer le paysage et faire ainsi oublier l’ancien milieu humide. Une esthétique artificielle de zone aride est créée de toute pièce pour masquer une urbanisation massive en zone inondable.

Dans leur fonction de dénaturation du paysage d’origine, ces pins parasols exotiques plantés sur les monticules des ronds-points, la réalisent aussi en gâchant la superbe perspective de l’allée de platanes centenaires sur la route de Joué les Tours. En la rendant invisible ils préparent déjà le terrain pour l’abattage programmé, de cette allée historique. Le « dossier » est certainement déjà bien ficelé dans le programme de l’oligarchie technique de la ville.

La débilité écologique de ce choix d’arbre exotique est encore plus évidente lorsque l’on connaît la migration nationale, vers le Nord, des chenilles processionnaires favorisée à cette esthétique horticole…

Sous le cri de guerre de « On replantera des arbres ! » les autorités technocratiques municipales veulent et croient encore pouvoir masquer les nombreuses et désastreuses implications écologiques et politiques de leur projet urbanistique pour la ville. Mais en définitive c’est seulement la puissance de feu des engins de chantier qui assure et résume la force de leur argumentaire.

Tours
Juillet 2010
JMS

(1) http://pressibus.free.fr/blogcvl/arbres.html#Approches
« La place du 14 juillet a été mise aux normes Germain »
« Au tour de la place Letellier d’être rénovée, les 25 tilleuls sont rasés »
(2) http://carfree.fr/index.php/2009/10/23/trame-verte-de-couleur-verte-ou-trame-verte-ecosysteme/

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

6 commentaires sur “« On replantera des arbres ! »

  1. Tradigrade

    Disons que les solutions consistent à supprimer autant que possible les voiture, restreindre la natalité galopante et débétonner : http://depave.org et dans la mesure du possible s’opposer à toute forme de dé-végétalisation qui est une forme décialisée de dévitalisation! Sans oublier les toutes petites, à savoir toutes les herbes qui passent sous les tondeuses! En quelques mots :
    * Il devrait exister un site anti-tondeuses à gazon
    * les tondeuses sont uitilisées presque toujours exagérément par des gens payé sur horaires fixes pour passer hyper souvent ces engins même en pleine canicule quand l’herbe ne pousse pas! Et dire qu’ils n’ont même pas l’idée d’envoyer leur facture sans passer leur tondeuses! Voilà le résultat accablant d’un système avec si peu de vérification de l’utilité réelle des travaux demandé que des actes inutiles peuvent être effectués impunément pendant des années au mépris du bruit et du climat
    * ne parlons même pas des souffleuses de feuilles qui dans un univers urbain son l’apogée de la débilité humaine et de la recherche involontaire de transmission d’agents contaminant (bactéries de crachats, poussières de merde de renards etc.). Au mépris le plus total des utilisateur des espaces de tranquillité.
    * Pourquoi coupe-t-on le gazon régulièrement? Pourquoi laisse-t-on si rarement fleurir ces pelouses pour permettre au papillons de butiner? Il y a une véritable hystérie névrotique à vouloir gardé un gazon millimétré, et comme la cigarette le bruit et l’odeur d’une tondeuse rappel aux voisinx l’acte au décibèles diaboliques.

    Conclusions supprimer autant que faire ce peut les pelouse en y plantant arbres et arbustes et faucher le reste une ou deux fois par année.

  2. Tradigrade

    Disons que les solutions consistent à supprimer autant que possible les voitures, restreindre la natalité galopante, dé-bétonner : http://depave.org et dans la mesure du possible s’opposer à toute forme de dé-végétalisation qui est une forme spécialisée de dévitalisation! Sans oublier les toutes petites, à savoir toutes les herbes qui passent sous les tondeuses! En quelques mots :
    * Il devrait exister un site anti-tondeuses à gazon.
    * les tondeuses sont utilisées presque toujours exagérément par des gens payés sur horaires fixes pour passer hyper souvent ces engins même en pleine canicule quand l’herbe ne pousse pas! Et dire qu’ils n’ont même pas l’idée d’envoyer leurs factures sans passer leur tondeuses! Voilà le résultat accablant d’un système avec si peu de vérification de l’utilité réelle des travaux demandés que des actes inutiles peuvent être effectués impunément pendant des années au mépris du bruit et du climat.
    * ne parlons même pas des souffleuses de feuilles qui dans un univers urbain son l’apogée de la débilité humaine et de la recherche involontaire de transmission d’agents contaminants (bactéries de crachats, poussières de merde de renards etc.). Au mépris le plus total des utilisateurs des espaces de tranquillité.
    * Pourquoi coupe-t-on le gazon régulièrement? Pourquoi laisse-t-on si rarement fleurir ces pelouses pour permettre aux papillons de butiner? Il y a une véritable hystérie névrotique à vouloir garder un gazon millimétré, et comme la cigarette le bruit et l’odeur d’une tondeuse rappellent aux voisins l’acte aux décibels diaboliques.

    Conclusion : supprimer autant que faire ce peut les pelouses en y plantant arbres et arbustes et faucher le reste une ou deux fois par année.

    C’est corrigé 🙂

  3. Tradigrade

    Disons que les solutions consistent à supprimer autant que possible les voitures, restreindre la natalité galopante, dé-bétonner : http://depave.org et dans la mesure du possible s’opposer à toute forme de dé-végétalisation qui est une forme spécialisée de dévitalisation! Sans oublier les toutes petites, à savoir toutes les herbes qui passent sous les tondeuses! En quelques mots :
    * Il devrait exister un site anti-tondeuses à gazon.
    * les tondeuses sont utilisées presque toujours exagérément par des gens payés sur horaires fixes pour passer hyper souvent ces engins même en pleine canicule quand l’herbe ne pousse pas! Et dire qu’ils n’ont même pas l’idée d’envoyer leurs factures sans passer leur tondeuses! Voilà le résultat accablant d’un système avec si peu de vérification de l’utilité réelle des travaux demandés que des actes inutiles peuvent être effectués impunément pendant des années au mépris du bruit et du climat.
    * ne parlons même pas des souffleuses de feuilles qui dans un univers urbain sont l’apogée de la débilité humaine et de la recherche involontaire de transmission d’agents contaminants (bactéries de crachats, poussières de merde de renards etc.). Au mépris le plus total des utilisateurs des espaces de tranquillité.
    * Pourquoi coupe-t-on le gazon régulièrement? Pourquoi laisse-t-on si rarement fleurir ces pelouses pour permettre aux papillons de butiner? Il y a une véritable hystérie névrotique à vouloir garder un gazon millimétré, et comme la cigarette le bruit et l’odeur d’une tondeuse rappellent aux voisins l’acte aux décibels diaboliques.

    Conclusion : supprimer autant que faire ce peut les pelouses en y plantant arbres et arbustes et faucher le reste une ou deux fois par année.

    C’est corrigé 2 🙂

  4. Jean-Marc SérékianJMS

    Merci pour le « lien ». Même si je ne lis pas couramment l’anglais il m’indique au moins qu’il existe des américains aussi préoccupés des désastres de l’urbanisation contemporaine.

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