La relocalisation heureuse

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Dans son livre posthume Ecologica (1), André Gorz écrivait que « la question de la sortie du capitalisme n’a jamais été plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d’une radicale nouveauté ». Geneviève Azam, dans son livre publié récemment, « Le temps du monde fini »(2), (p 151-155) nous indique que « l’état d’urgence devient la règle » et que « l’idée de transition à mettre en œuvre dès aujourd’hui dessine une sortie possible du capitalisme de la catastrophe et ébauche les contours d’une bifurcation. » Cette transition passe par la relocalisation des activités à travers des choix démocratiques ; c’est la résistance à la globalisation et non la régulation ou la maîtrise de celle-ci. 

« Il s’agit d’inventer des alternatives sans attendre les catastrophes écologiques à venir. Nous avons donc à dénicher dans ce monde là des voies de passage, à les élargir et trouver des points de rupture qui permettent d’envisager et croire à un autre monde. »

Ce que la relocalisation ne doit pas être :

  • – une stratégie d’adaptation, un tremplin pour entrer dans le monde globalisé : par exemple, le marché de la pauvreté, l ‘extension des produits low cost, exigent la mise en œuvre de techniques de marketing appuyées sur des structures locales ou bien encore, dans les pays du Sud, certains microcrédits sont accordés pour acheter des vaches dont le lait et revendu à l’entreprise et d’autres pour commercialiser les « yaourts sociaux » dans les campagnes. Le local est ici un ancrage temporaire pour finalement étendre le modèle global aux plus pauvres .
  • – une forme de patriotisme économique à l’heure où les luttes pour les ressources humaines et environnementales s’exacerbent au niveau international.

Ce qu’elle doit exprimer :

  • une réappropriation du monde vécu, une résistance explicite au déracinement globalisé et une réponse démocratique à la crise sociale et écologique, à l’heure où tout peut être produit et consommé n’importe où, à n’importe quelle saison et de la même manière.
  • La reconversion des activités globalisées, leur immersion dans un tissu social, politique et naturel.
  • Une manière de « réencastrer » l’économie dans la société afin de l’empêcher de déborder, d’entraîner avec elle et déraciner tout ce qui se trouve sur son passage. Dans le système actuel, la logique marchande pousse son autonomie jusqu’aux craquements de la société et des écosystèmes. Réencastrer l’économie signifie donc remettre l’économie à sa place, celle d’un moyen pour une fin qui le dépasse.

La relocalisation répond à trois exigences :

  1. L’arrêt de la dévalorisation du travail humain. Le chantage aux délocalisations met en concurrence les systèmes sociaux et provoque une régression générale des droits collectifs, au Nord et au Sud. Il conduit à l’acceptation d’activités dangereuses pour les personnes et pour les écosystèmes. Même si, temporairement, les délocalisations peuvent créer des emplois dans les pays du Sud, dans des conditions souvent terrifiantes, ces derniers sont menacés à leur tour par l’existence de zones à toujours moindres coûts.
  2. Le droit des peuples à la souveraineté alimentaire et à une alimentation saine. Il suppose la reconquête de l’agriculture vivrière au Sud et de l’agriculture paysanne au Nord, et la protection vis-à-vis des intérêts des transnationales de l’agro-alimentaire.
  3. La lutte contre les destructions environnementales, notamment celles occasionnées par l’explosion des transports et la délocalisation d’industries polluantes ou des déchets dans les pays du Sud.

Depuis trente ans, des expériences alternatives de relocalisation ont vu le jour et des réseaux de coopération internationale se construisent. Elles s’étendent à des secteurs nouveaux : écoconstruction, logement coopératif, monnaies locales, agriculture paysanne, production d’énergie renouvelable, transports alternatifs occupations de friches, de terres,etc. L’autogestion retrouve une nouvelle place. « En se reliant, ces initiatives desserrent l’étau et ouvrent la possibilité d’un autre avenir »

Les outils dont nous disposons dès maintenant pour amorcer un relocalisation de l’ économie (3)

Les politiques douanières doivent être des moyens modulables pour répondre en même temps aux exigences d’emploi, d’impact sur l’environnement, de satisfaction des besoins sociaux et de redéfinition des rapports Nord-Sud. Cela suppose l’abandon du dogme du libre-échange et une réforme radicale de l’OMC et de la politique douanière de l’Union européenne.

De même, les services publics ont contribué à nourrir les territoires. Leur affaiblissement et la disparition de services publics de proximité dévitalisent les régions rurales et les périphéries urbaines, renforçant le double mouvement de polarisation des activités dans certaines zones et de désertification pour le reste. Reconquérir les services publics, en créer de nouveaux et en assurer la gestion démocratique constituent également des préalables pour une relocalisation de l’économie, tout comme l’arrêt des ajustements structurels imposés dans les pays du Sud.

Un statut mondial pour les biens communs comme l’eau, les ressources non-renouvelables, le vivant, la connaissance, en les déclarant hors marché, devrait stopper le pillage des pays du Sud et favoriser un recentrage des activités.

Enfin, des expériences de base pour une relocalisation de l’économie, aussi bien dans les pays du Nord que du Sud, même si elles sont minoritaires, ouvrent des perspectives concrètes et immédiates. En France, le succès des Amap (Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne) témoigne de ce mouvement, tout comme la vitalité de certaines coopératives engagées dans la construction d’un tissu local.

Daniel PAUL

http://www.perspectives-gorziennes.fr/

Notes:

1 – Galilée 2008

2 – Les Liens qui Libèrent 2010

3 – extrait d’un article de Geneviève Azam paru dans Politis du 12 octobre 2006

Daniel Paul

A propos de Daniel Paul

Enseignant à la retraite, animateur du site Perspectives Gorziennes

2 commentaires sur “La relocalisation heureuse

  1. Pietro

    Merci pour cette mise à point. J’aime surtout l’aperçu sur un staut modial des biens communs, qui doivent être au centre de la reflexion.
    On doit pouvoir évaluer l’impact de chaque activité humaine sur les biens communs (le vrai capital de la terre, et source de vie), et on peut concevoir la tâche prioritaire de la famille humaine comme celle de n’utiliser que l’intérêt de ce capital, plutôt que le capital lui même, comme nous sommes en train de le faire.
    Si la répartition inégale de l’intérêt est injuste, le pillage inégal du capital, -en particulier comme nous le faisons, pour assouvir à des désirs qui se méprennent sur leur faculté de nous rendre heureux – plutôt qu’à des besoins est criminelle.

  2. Tommili

    « POURQUOI, LE CHANVRE ?
    Le chanvre est une ressource utilisée depuis des milliers d’années presque partout dans le monde ; mais pendant des années – avant la Seconde Guerre mondiale – cette plante a été accusée d’être une drogue diabolique.

    Aujourd’hui les faits sont bien documentés : une campagne de diffamation, conçue et menée par les magnats de la puissante industrie, recherchant profits et gains personnels, pour capitaliser sur les alternatives au chanvre. Mis hors la loi en occident pendant la majeure partie du siècle dernier, le chanvre réapparaît aujourd’hui au Canada, et différents états des États-Unis commencent à reconsidérer rationnellement ses utilisations et avantages, sans oublier l’augmentation des revenus agricoles et la source potentielle d’emplois qui s’avèrent nécessaires.

    Le chanvre étant de plus en plus cultivé, les avantages de cette culture apparaissent de plus en plus évidents. Les agriculteurs ont des retours sur investissement plus élevés qu’avec d’autres cultures traditionnelles comme le blé ou le maïs ; et il est bon pour les sols. Il pousse vite, se développe avec peu de soins, et son profond système racinaire aère le sol, ce qui en fait une culture de rotation idéale. A la différence du coton, il demande peu d’eau; et cette plante vigoureuse n’a besoin ni d’herbicides ni de pesticides dangereux pour pousser – ce qui est bon pour l’environnement des zones où le chanvre est cultivé. Il est naturellement résistant aux nuisibles de toutes sortes. Dans le monde entier, les agriculteurs plantent du chanvre près des autres cultures pour profiter de cette qualité extraordinaire et créer un « rideau vert” qui les protège ainsi des nuisibles dévastateurs. »

    source : le chanvrier.com

    Même la première Ford T, sa carrosserie était en chanvre, roulait à l’huile de chanvre.
    En fait, l’utilisation la plus couillonne de cette plante géniale, ben c’est de la fumer.
    « Ils » (les salauds) ont préféré nous droguer plus durement, plus durablement et plus juteusement au pétrole et ses dérivés…

    Mais je sais que vous savez tout çà déjà …Toute façon, tout ce qui EST BON, EST INTERDIT. Avoir déclaré cette plante hors la loi, c’est le summum de la connerie et de l’affabulation de masse, comme interdire le purin d’ortie pour lutter contre les mauvaises herbes par exemple. Tiens, pourquoi on interdit pas la vigne aussi, le pinard çà donne bien la cirrhose du foie ? Le tabac, si je ne m’abuse, çà refile le cancer du poumon, non ? Allez ouste, illégal aussi alors.

    (C’était la minute nécessaire et écologique de tonton Tommili.)

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