Bicyclette et organes génitaux

« Bicyclette et organes génitaux » est le titre de la réédition du livre du docteur Ludovic O’Followell paru en 1900 à une époque où le vélo faisait son apparition en force et alors que la population française était fort déprimée (déjà!).

En 1890, les médecins s’intéressent au vélo et son retentissement sur les appareils génitaux masculin et féminins.

C’est qu’il ne faudrait pas que le vélo puisse aggraver le déficit de natalité de la « race  » française, scrogneugneu!

Comme le souligne dans sa présentation Christopher Thompson, « durant la seule décennie 1885-1895, la population française augmente d’un quart de million, la population allemande de 8 millions« !

A la veille de tensions internationales, préludes à la Grande Guerre, l’enjeu semble de taille.

A cette époque, le corps médical se passionne donc pour savoir si le vélo est bénéfique ou néfaste à la santé.

Il y a dans cet ouvrage une jolie définition du « bicycle », « une enfant trouvée, que le XVIIIe siècle, déjà vieux, recueillit, jolie comme toutes les filles du hasard, mais vêtues de mystères rapiécés, chaussée de fables trouées et sans état-civil » (Baudry de Saunier).

Passons donc en revue les protagonistes, à savoir coté vélo, la selle, et coté bicycliste, les organes génitaux!…

La selle

Avant les organes génitaux, on n’échappera pas au chapitre sur la selle, son bec, sa fabrication et sa nécessaire adaptation aux « tubérosités ischiatiques » différentes chez la femme et chez l’homme. Sans oublier les « masses fessières » de la femme, « caractéristique de sa constitution et de son esthétique« .

Un débat qui aujourd’hui encore n’est pas entièrement tranché.

Sublata causa, tollitur effectus (La cause supprimée, l’effet disparaît)

C’est vrai que supprimer la selle est une façon de guérir les effets douloureux d’une selle. Surtout lorsque l’exercice vélocipédique est rare!

Il est vrai qu’à l’époque, on ne disposait pas encore de matériaux modernes et que toutes sortes d’artifices étaient tentés, ressorts, cuir en forme de hamac, selle pneumatique ou gonflée à l’eau, cuir bouilli à rôder,…

Le nerf honteux

Passons aux « choses » sérieuses, les effets de la pression de la selle sur l’ensemble du matériel génital masculin et féminin…

Le corps médical est dans l’expectative…le vélo ne menace t-il pas la capacité reproductrice des jeunes générations?

On se perd en conjectures…

Dans cet examen approfondi des risques supposés que fait courir le bicycle, la femme est sans conteste plus menacée que l’homme en raison de sa conformation sexuelle.

Avec des arrières-pensées non dénuées de références moralistes: le vélo serait, par analogie avec la machine à coudre, soupçonné d’amener par son pédalage, « les mêmes effervescences, les mêmes surexcitations lubriques, les mêmes accès de folie sensuelle » ou tout simplement « une gymnastique gynécologique »…

Bref, on se perd!

La pratique du vélo est-elle « congestionnante » ou décongestionnante« , s’interroge le docteur Bouloumié?

C’est la question qui laisse les experts dans un abîme de perplexité…

Suspensoirs pour les hommes

Les hommes ne sont pas en reste.

Il leur est recommandé de porter un « suspensoir surtout quand leurs bourses sont lâches et que leurs testicules sont bas situés« .

Blennorragiques, s’abstenir

L’ouvrage se termine par des considérations moins glorieuses puisque « l’exercice vélocipédique » peut provoquer « un réveil d’une vieille chaudepisse mal guérie » et des « accidents sérieux du coté de l’utérus et du coté des annexes… »

Autant de mises en garde qui avaient de quoi inquiéter la gent cycliste au siècle passé!

Mais dans l’ensemble, le docteur O’Followell est plutôt favorable au bicycle à la fin de son ouvrage.

Bicyclette et organes génitaux – Docteur Ludovic O’Followell (éd. Le Pas d’Oiseau) 176 pages

Source: http://velomaxou.sportblog.fr/

Vélomaxou

A propos de Vélomaxou

Cyclo-citoyen, cyclo-randonneur depuis 1976. Venant du cyclotourisme "la tête dans le guidon", je me dirige vers le déplacement doux de l'écocitoyen à Mulhouse, dans les Vosges, en Alsace et dans la Forêt Noire.

6 commentaires sur “Bicyclette et organes génitaux

  1. Legeographe

    Très sympa, Vélomaxou, ce regard en arrière. Merci. Et j’en profite pour souhaiter la bonne année à tous. Je n’ai pas pris de résolution à proprement parler cette année, mais un plus serait d’abandonner mon tacot à 600 euros d’assurance parce que lui « me vide les bourses ».

  2. Tassin

    « Avant les organes génitaux, on n’échappera pas au chapitre sur la selle, son bec, sa fabrication et sa nécessaire adaptation aux « tubérosités ischiatiques » différentes chez la femme et chez l’homme. Sans oublier les « masses fessières » de la femme, « caractéristique de sa constitution et de son esthétique« .

    Un débat qui aujourd’hui encore n’est pas entièrement tranché. »

    Magnifique passage!

  3. lemarseillais

    Afin de lutter contre ces inconvénients, mettez-vous au vélo couché ! C’est vrai qu’il n’a été inventé qu’en 1934 !
    Préservez votre fertilité et bonne année à tous !

  4. Patrice

    Si vous prenez le temps de chercher sur le net, un fabricant italien fait des selles anatomique pour homme et depuis peu pour femme.
    J’avoue avoir été sceptique en lisant les informations sur le site de ce fabricant, surtout quand on connait le prix des dites selles . . .
    Je me suis lancé un jour dans l’achat d’un modèle de cette marque et comment dire, c’est un vrai plaisir. Si je fais du vélo avec une autre selle, je ne peux pas rester dessus bien longtemps . . . j’effectue environ 6 à 7000 kms de vélo par an et ça a changé ma pratique du vélo . . . fini les engourdissements du pénis, les fourmis a l’extrémité des pieds . . . le vélo c’est bon pour la santé et ça contribue fortement à protéger notre planète, mais après si c’est pour se défoncer l’entre jambe, c’est dommage . . . Ces selles anatomiques sont un bon compromis malgré leurs prix . . . elles sont moins onéreuse en revêtement synthétique, ce sont les modèles en cuir et confectionné à la main qui sont les plus chers.

  5. Sébastien Gonzalez

    La selle peut engendrer des défauts de sensation au niveau des organes sexuels; des problèmes de fertilité. En France on n’en parle pas vraiment comme il se doit, surtout que le nombre de cyclistes augmente. Et ne croyez pas qu’il faille être un cycliste pro pour avoir ce type de problèmes.
    Comme dit le MArseillais, le vélo couché est une bonne parade. Mais il existe aussi des selles adaptés (an atomica chez used http://www.used-hq.de).

    cyclodynamiquement vôtre!

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