Les villages de Paris

Les villages de Paris sont l’un des aspects les plus fascinants de l’urbanisme de la capitale.

Cette ville fut le berceau expérimental de l’urbanisme haussmannien, elle se soumit ensuite (quoique plus sporadiquement) aux théories modernes du Corbusier. Pourtant Paris a su conserver sur l’ensemble de son territoire les vestiges de conceptions moins radicales de l’urbanisme. Ces poches récalcitrantes ont généralement pour origine les anciens tissus médiévaux des quartiers centraux et des communes périphériques de la capitale, mais nous avons également considéré que les ensembles industrieux et pavillonnaires de petite échelle pouvaient rentrer dans le cadre d’étude.

Sur ce fond de carte représentant les 20 arrondissements de Paris, nous avons coloré en rouge ce qui apparait comme des morceaux de villes que nous désignerons comme les villages. Ce travail cartographique résulte de relevés empiriques, il faut donc considérer ceci comme une ébauche d’analyse urbaine des villages étant donnée l’ampleur que nécessiterait une étude plus approfondie des tissus parisiens.

Chacun des secteurs sélectionnés comporte au moins l’une des caractéristiques suivantes: Une échelle architecturale inférieure à la moyenne parisienne, un tissu de voieries d’origine vernaculaire, d’une étroitesse relative ou en opposition claire avec la logique dominante, ce qui a pour effet de donner aux villages une relative intimité par rapport à leur contexte environnant.

Ces différents villages présentent uniquement des similitudes concernant leur morphologie architecturale ou urbaine, ils sont socialement de nature très diverses: Ils peuvent être aussi bien des quartiers résidentiels, que des artères commerçantes ou encore des zones d’activité économique. Mais quel que soit le rôle qu’il joue dans la ville actuelle, ils ont tous pour caractéristique essentielle qu’il contribue au maintien d’une porosité de l’espace urbain.

Lorsqu’autrefois on considéra qu’il était vital pour Paris de trancher dans les quartiers anciens pour optimiser les connections inter-urbaines, mais aussi apporter de l’air, de la lumière et sécuriser la ville, on inventa un modèle de ville qui est encore considéré comme une réussite aujourd’hui. Notre but n’est pas de porter un jugement sur l’urbanisme haussmannien, dont les artères auraient un potentiel extraordinaire s’il elles n’étaient pas soumises au spectacle navrant de leur congestion par l’automobile. Ce qui nous intéresse porte plus sur l’impact urbain que la percée de nombreuses artères (pas seulement haussmanniennes) a constitué. Il n’y a pas à Paris, comme c’est le cas à Barcelone par exemple, de quartiers dont l’unité architecturale est évidente. A la juxtaposition ordonnée et historique des différents plans de Barcelone (le bario gotic médiéval a été conservé puis englobé par le plan de Cerda au XIX°), Paris a préféré une logique chirurgicale, un palimpseste brutal.

Une balade dans Paris (particulièrement dans les arrondissements populaires de l’Est qui présentent une plus grande diversité) offre une succession de sensations urbaines contradictoires: A la dilatation de l’espace et la frénésie que procure l’arpentage des boulevards succède la densité de l’énigmatique réseau des villages résiduels de Paris. D’un côté, on peut ressentir une certaine frustration devant la relative discontinuité des villages, regretter la brièveté de ces expériences dans l’atmosphère intime des villages, mais d’un autre côté, cette discontinuité permet un rappel de l’insondable échelle de la ville.

L’existence de ces villages, poches résiduelles à l’esthétique étrange, est indispensable à l’équilibre de Paris. A l’instar des grands parcs et des jardins, des quais de Seine ou du canal St Martin, ils permettent aux habitants de s’extraire de la rationalité écrasante de l’urbanisme parisien. Il faut cependant s’inquiéter de l’embourgeoisement de ces sites et condamner la tendance à la privatisation de certaines « cités », « villa » et autres « passages », car ce sont les éléments essentiels du code génétique parisien qui sont ainsi dérobés au public. En ce qui concerne Montmartre, ou le Marais, outre les privatisations de certains passages, le tourisme de masse et la surchauffe immobilière ont eu pour conséquence l’apparition de sortes de « parcs » d’attraction accentuant encore plus la discontinuité avec le reste de la ville.


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A propos de Victor Locuratolo

Dessinateur-illustrateur en BD et architecture

4 commentaires sur “Les villages de Paris

  1. apanivore

    Parler de « villages » à Paris ou en proche banlieue, c’est juste un non sens. Je ne comprends pas ce nouveau sens qu’on veut donner au mot en région parisienne, il est trop loin de la définition originale. Par essence un village c’est rural.

    Sinon l’article est incompréhensible, il ère sans but, ne démontre rien, décrit subjectivement des quartiers et extrapole à partir d’un vague squelette d’histoire, s’autosatisfait de leur présence en formules toutes faites qui n’expliquent rien et sont d’ailleurs bien opaques.

    « L’existence de ces villages est indispensable à l’équilibre de Paris »

    « pour s’extraire de l’écrasante rationalité de l’urbanisme parisien »

    « le village a pour caractéristique essentielle qu’il maintient une porosité de l’espace urbain »

    Si vous le dites.

  2. tichittichit

    @Apanivore
    C’est vrai que l’utilisation du terme village n’est peut-être pas le plus judicieux, mais ces « poches » existent et il faut bien les nommer! Le premier mot qui vient à l’esprit est effectivement « village », parce que la morphologie, la végétation et l’ambiance de ces endroits rappellent l’ésthétique des villages ruraux.

    « L’existence de ces villages est indispensable à l’équilibre de Paris »
    « le village a pour caractéristique essentielle qu’il maintient une porosité de l’espace urbain »
    Toutes les villes qui ont su conserver des tissus de type « village » ont effectivement maintenu une plus grande porosité urbaine, parce qu’ils favorisent les continuités piétonnes, la préservation d’une architecture à échelle humaine, la rencontre, l’appropriation de l’espace urbain par ses habitants, etc…
    (Bien entendu, ceci est largement du au fait que les villages ne sont pas adaptés à l’automobile, ils la rejette et sont donc plus surs et moins bruyants)
    De nombreuses villes n’ont pas cette chance, elles ne font pas coexister des tissus de différentes natures, n’offrent aucun contraste. Elles ne proposent qu’une succession d’artères, fonctionnant uniquement comme des flux, une répétition d’un même modèle architectural , c est pas forcément laid mais ça rend ces villes opaques, impénétrables.

    « pour s’extraire de l’écrasante rationalité de l’urbanisme parisien »
    J’avoue que cette phrase est lourdingue, mais il est vrai qu’à chaque fois que les urbanistes planchent sur un site de la capitale, ils ont souvent du mal à concevoir autre chose que des « projets d’ensemble », hyper carthésiens, qui laissent peu de place à « l’intimité », à la notion de collectivité. Les logements sont conçus pour entasser les résidents, il y a peu de préoccupation pour les espaces collectifs. Les urbanistes et architectes néerlandais ou danois, entre autres, sont beaucoup plus soucieux de ce genre de détails dans leur projets urbains…

  3. Escolar

    Appelons ces villages, qui n’en sont pas, des quartiers, comme toujours nous les avons nommés, pourquoi vouloir nous faire croire que la campagne est à Paris, ceci est une grande utopie.

  4. tichittichit

    @escolar
    Pourtant la campagne fut bien a Paris! Il y a peine plus d un siècle, Montmartre était un village, Charonne aussi, etc donc il est donc faux de dire que nous les avons toujours nommés quartier…
    je vous conseille le site paris unplugged si vous voulez voir des photos anciennes.
    Ensuite je vous accorde que les quelques vignes et autres potagers qu’il reste dans la capitale ont un côté anecdotique, mais en développant la permaculture on peut rêver d une ville composée de villages non?

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