Le choc des cultures

Aux Pays-Bas où il y a plus de bicyclettes que d’habitants (18 millions de vélos pour une population de 16 millions d’âmes), ce qui en France n’est encore considéré que comme un sport ou un loisir du dimanche est un moyen de transport très courant, plébiscité et employé au quotidien par un pourcentage significatif de Néerlandais… y compris par le premier ministre lui-même, Mark Rutte.

Pas besoin d’un cortège de voitures officielles pour le chef du gouvernement qui préfère se rendre sur son lieu de travail à vélo, à l’image de la population du pays qu’il gouverne. Au fond, ça n’a rien de surprenant pour quiconque connaît un tant soit peu les Pays Bas et y a déjà observé les foules de cyclistes qui se massent quotidiennement aux carrefours des grandes villes pendant les heures de pointes. Mais manifestement, ce n’est pas du goût de tout le monde…

Autres pays, autres mœurs

Le 12 mars 2014, la rédaction de Kenya Today, un journal Kenyan en ligne, a publié un article intitulé « SCHOCKING: Netherlands Prime Minister uses BICYCLE to work in The Hague. »

Réaction partagée par une délégation iranienne reçue en 2012: le chef de la police iranienne qui faisait partie de cette délégation a raconté à une chaîne de télévision locale de Téhéran qu’ils avaient trouvé ça honteux pour un ministre d’un pays Européen de se rendre à son bureau à vélo.

Les fins connaisseurs de la langue de Shakespeare me reprendront si la traduction n’est pas exacte, je vous cite l’extrait en version originale, toujours tiré de l’article de Kenya Today:

In 2012, the Prime Minister Mark Rutte shocked the Iranian delegation when he arrived at work with a bicycle. Later the head of Iranian police Sardar Esmail Ahmadi Moghadam, who was in the delegation told a local TV in Tehran how the Iranian delegation were ashamed when they saw a minister of a European country driving to his office on bicycle. »

Choquant… Honteux… La dureté des mots choisis témoigne du mépris et de l’aversion que peuvent avoir certains pour tous ceux qui ont la bonne idée d’employer ce mode de transport simple, peu gourmand en espace et sans grand danger pour les autres usagers de la voie publique pour effectuer les trajets de moins de 15 kilomètres. Entre réaction amusée, stupeur et incrédulité, le simple fait de répondre « à bicyclette » à la question « comment vous êtes venu? » vous vaut parfois d’être dévisagé comme une bête curieuse, car vous faites partie d’une minorité, vous êtes exotique.

Une minorité qui a tout le mérite de contribuer à un idéal: celui d’une ville apaisée, respirable, plus sécurisée, plus conviviale et plus agréable à vivre. Un idéal que j’ai le bonheur de réaliser pour de vrai une fois par an lors de mes vacances dans des îles sans voitures où je peux échapper à tout ce Carmaggedon et trouver la paix. Quand une majorité continue d’accepter que nos villes soient envahies et défigurées par ces machines de mort qui ont pris plus de vies humaines au cours du 20ème siècle que la Seconde guerre mondiale, sans parler des blessés et des handicapés, occupent 60% de l’espace urbain dédié à la circulation pour ne transporter que 1,2 personne en moyenne à une vitesse moyenne de 16 km/h en ville, on se demande bien ce qu’il y a de plus absurde… pour ne pas dire choquant et honteux!

9 commentaires sur “Le choc des cultures

  1. AlexGrigs

    en région parisienne plus les cartiers sont « pauvres » plus on est asphyxié par les voitures … pour dire par rapport à la culture, que le rêve de chacun est d’avoir une voiture et en abuser. souvent les besoins de la famille/enfants passent en deuxième ligne dans le budget des foyers.

  2. apanivore

    Je rêve qu’un jour on trouve choquant que le président ou ses ministres assassinent leurs concitoyens à coup de gaz d’échappement pour faire les 1,3km qui séparent l’Elysée du Fouquet’s… ou de l’Assemblée nationale, ou du ministère des affaires étrangères…

  3. Pédibuspedibus

    on reconnaîtra encore un rôle aux leaders – et non aux lits d’air… – pour aider à changer les constructions cognitives de nos contemporains…

  4. just des rigolos

    dans ces pays, Iran ou Kenya l’eau potable est plus cher que le carburant…!!!!

  5. Bernard GIRARD

    “Un pays développé n’est pas un pays où les pauvres possèdent une voiture, mais un pays où les riches utilisent les transports en commun.” — Enrique Peñalosa, maire de Bogotá …

  6. alain

    Un péruvien m’avait expliqué qu’une des choses qui l’avait choqué en arrivant faire sa thèse en france avait été de voir son encadrant (chercheur) venir en travailler en vélo, et la secrétaire en voiture.

    Ceci dit, j’ai été surpris du nombre de pistes cyclables à Lima, et même si la possession et l’utilisation d’une voiture est un moyen d’afficher son statut social, j’ai quand même vu quelques personnes de classe moyenne-sup se déplacer en vélo.

    J’ai l’impression que les habitants de Lima me voyant me déplacer en vélo le considérait avec un amusement bienveillant. La plupart des occidentaux prennent le taxi, à peine plus cher qu’un ticket de bus pour nous.

    Mais avant de porter un regard critique et/ou condescendant sur ces pays, il faut se souvenir de ce que cela a été chez nous dans les années 60-70. J’avais un grand-père et un grand oncle nés dans les années 1920, ils sont décédés avant de m’avoir vu utiliser le vélo comme moyen de transport quotidien, mais je suis presque certain qu’ils aurait trouvé que cela ne fait pas sérieux.

  7. L'intégriste ferroviaire

    Oui, mais pendant qu’ils se font transporter par bagnole à chauffeur, Nos Intelligences, eux, bossent très très dur leurs dossiers (enfin… les mémos de leurs communiquants).

    Et en plus, le Premier ministre néelandais ne soutient même pas son industrie de véhicules… Attendez, on m’informe que les Pays-Bas sont à la pointe de la construction de vélos. Ah, ben si, finalement.

  8. Bernard GIRARD

    Vi, c’est bien vu. Le constructeur hollandais DAF a dû cesser la construction des voitures et ne fait plus que des camions depuis un bail. En Hollande si des marchandises ne sont pas transportées dans des camions, c’est qu’elles sont sur des bateaux. Mais quasiment jamais sur des trains,  toute la place sur les rails étant à peu près prise par les trains de voyageurs.

    Pareil en Suisse : pas de constructeur local de bagnoles, donc pas de lobby anti TC et anti trains, d’où la qualité générale de ceux-ci.

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