Le discours empathique

L’empathie est une notion désignant la compréhension des sentiments et des émotions d’un autre individu, voire, dans un sens plus général, de ses états non-émotionnels, comme ses croyances. Dans ce dernier cas il est alors plus spécifiquement question d’empathie cognitive. En langage courant, ce phénomène est souvent rendu par l’expression « se mettre à la place de l’autre. »

Dans une perspective de transformation des habitudes de mobilité des automobilistes, l’idée est donc moins de « convaincre » les automobilistes de renoncer à leur voiture que de les « aider à s’ouvrir » à d’autres approches, d’autres expériences, etc.

Dit autrement, les discours culpabilisants ou moralisateurs (la voiture c’est mal, ça pue, ça tue, ça pollue) sont souvent contre-productifs. Inversement, le discours empathique favorise plutôt une attitude de supporter, en utilisant la technique du « pas à pas » et l’accompagnement au changement.

Une association végétarienne flamande (EVA) a développé l’approche empathique. Au lieu de communiquer vers le public avec des slogans du type « holocauste dans votre assiette », l’association a mis en avant des messages vantant les bienfaits d’une alimentation plus saine et plus équilibrée, plus respectueuse de l’environnement et plus éthique. Le nombre de personnes qui mangent régulièrement sans viande a doublé. Le nombre de végétariens partiel a augmenté de 5 % en 2013, à 10 % début 2016. De plus en plus d’administrations flamandes organisent désormais un « donderdag veggie dag » (jeudi végétarien).

Le GRACQ – Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens – qui représente les usagers cyclistes en Belgique francophone et défend leurs intérêts, a réalisé un dossier sur le discours empathique appliqué à l’automobile.

Dans cette optique, il faut peut-être renoncer à certaines catégories du type cyclistes vs automobilistes. La réalité, c’est qu’en raisonnant avec ces catégories habituelles, on oppose une petite minorité de « cyclistes » (les militants) à la grande majorité des « automobilistes ». Le langage peut parfois entériner les oppositions entre usagers de la route.

En effet, si on parle de « cyclistes » ou « d’automobilistes », on pense rapidement à des tribus ou à des communautés soudées par une communauté de destin et donc, fondamentalement irréconciliables. Si on pense inversement les « automobilistes » comme des « cyclistes potentiels », le champ des possibles s’ouvre complétement.

Dès lors, une question se pose, faut-il mieux convaincre quelques automobilistes à renoncer complétement à leur voiture pour devenir des « purs cyclistes » ou inviter l’immense masse des automobilistes à changer de temps en temps leurs pratiques de mobilité, en marchant, en utilisant le vélo ou les transports en commun, par exemple un jour par semaine?

Source: http://www.gracq.org/actualites-du-gracq/le-discours-empathique-les-cles-du-succes

Vélove

A propos de Vélove

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions relatives au vélo et aux aménagements cyclables.

8 commentaires sur “Le discours empathique

  1. Brandon

    Inviter les automobilistes à changer, de temps en temps, de mode de transports. Peut être pas les transports en commun, pas forcément vecteur de sécurité et de tranquilité pour certains, mais un mix vélo/voiture/pied serait sympa.

    Voire Trotinette qui me semble un bon compromis, mais jamais testé.

  2. Céline

    Moi je pense qu’il faut surtout les aider à sauter le pas (marche ou vélo) pour leurs petites affaires à régler autour de chez eux. Tellement, tellement plus simple le vélo que la voiture pour faire 500 m voire 1 km. Mais même l’empathie, cognive ou pas, se heurte à un non catégorique, avec multiples raisons invoquées, rationnelles ou pas (peur, fatigue, enfants à transporter, sacs, etc).

  3. Jeanne à vélo

    Les moyens ne sont pas exclusifs les uns des autres. Urbanisme bien pensé amenant à une réduction de la place de la voiture combiné à cette approche empathique et le tour est (presque) joué !

  4. The Flying Dutchman

    Effectivement, l’idée de caresser dans le sens du poil n’est pas à négliger…

    Toutefois, le chemin sera long à parcourir pour faire changer la mentalité de l’automobiliste moyen, surtout avec l’exemple de la baisse de consommation de viande; je crois volontiers qu’une « personne conduisant une voiture » serait davantage prête à se priver de manger plutôt que d’essence à mettre dans son réservoir…

    En disant cela, je pense notamment à l’entretien avec Philippe Poutou et son indécrottable lutte des classes; les classes les plus populaires sont les plus attachées à leur sacro-sainte bagnole, et les plus réfractaires à tout ce qui peut sembler l’ombre d’un éventuel effort…

  5. Prolo

    @The Flying Dutchman

    « les classes les plus populaires sont les plus attachées à leur sacro-sainte bagnole, et les plus réfractaires à tout ce qui peut sembler l’ombre d’un éventuel effort… »

    réfractaires à l’effort, vraiment ?? Les ouvriers font DÉJÀ des EFFORTS toute la journée.

    L’écrasante majorité des témoignages sur ce site parlent de trajet entre la maison et le BUREAU. Le problème n’est pas du tout, du tout, du tout le même quand la journée de travail représente déjà un effort physique, et qu’il faudrait faire un effort supplémentaire matin et soir pour se déplacer.

    Si le trajet est plat, passe encore.

    Sinon, le développement des transports en commun ou le covoiturages sont des alternatives à la voiture bien plus crédibles que le vélo, pour toutes les personnes qui effectuent un travail physique.

  6. The Flying Dutchman

    @ Prolo

     

    Les classes populaires ne comptent pas uniquement des ouvriers, et tous les ouvriers ne font pas des efforts harassants tous les jours…

    Et, accessoirement, lorsque l’on se retourne un peu en arrière, les ouvriers d’autrefois, puisqu’il faut reprendre cet exemple, qui n’avaient pas la journée des 35 heures, et pas les moyens de s’offrir une voiture, se déplaçaient beaucoup plus à bicyclette que maintenant! Donc, l’argument de la pénibilité du travail, bien moins pénible de nos jours qu’il y a trente ou quarante ans, est un sophisme!

    Un de mes grands-pères était cheminot, n’a jamais eu le permis, s’est toujours déplacé à bicyclette et n’en a jamais été malheureux (il est décédé à 86 ans…); l’effort ne tue pas…

  7. Pédibuspedibus

    Les moyens ne sont pas exclusifs les uns des autres. Urbanisme bien pensé amenant à une réduction de la place de la voiture combiné à cette approche empathique et le tour est (presque) joué !

    Jeanne ce n’est vraiment pas mon opinion…

    La mienne rejoindrais plutôt celle de l’économiste des transports Frédéric Héran, à savoir que les modes de transports sont davantage en compétition entre eux qu’en complémentarité, la multimodalité en ville relevant plutôt du discours lénifiant d’élus et de techniciens du transport soucieux de ménagement en direction de la bagnolardise, plutôt qu’en chemin vers un aménagement de la vlle favorable aux modes alternatifs à l’automobile…

    http://carfree.fr/index.php/2015/10/13/la-gratuite-des-transports-publics-contre-la-marche-et-le-velo/

    en particulier le dernier commentaire, posté par l’auteur lui-même :

    « il ne faut pas voir les TEC (gratuits ou non) comme concurrents du vélo et du piéton en ville. Au contraire ces moyens de déplacements sont complémentaires. » dites-vous. Certes, ces modes sont complémentaires, surtout dans les grandes villes, beaucoup moins dans les villes moyennes où l’on peut traverser toute la ville à vélo en peu de temps. Mais ils sont beaucoup plus souvent concurrents : en particulier, encourager fortement les transports publics, c’est surtout pénaliser les cyclistes. On peut le regretter, mais c’est une réalité et maintes fois observée.
     
    En fait, ceux qui disent qu’ « il ne faut pas opposer les usagers, les modes de déplacement sont complémentaires » sont en général les élus. On peut les comprendre, un de leur rôle majeur est d’essayer de faire vivre ensemble tous leurs administrés. Mais sur ce blog, beaucoup cherchent à voir la réalité telle qu’elle est et non faire plaisir à tout le monde. Or le gâteau des déplacements n’est pas extensible. Depuis soixante ans qu’on dispose des statistiques sur le sujet, on se déplace en moyenne 3 à 4 fois par jour : cela n’évolue que très peu. Donc si on encourage un mode de déplacement, cela se fait forcément au détriment d’autres modes. Lesquels ? Là est toute la question.

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