Nous avons interdit la publicité sur les cigarettes – maintenant nous devrions aussi interdire la publicité sur les voitures

L’interdiction de la publicité automobile peut sembler saugrenue, mais si vous comparez les industries de l’automobile et du tabac, les similitudes peuvent être plus étroites que vous ne le pensez. Le tabagisme et l’utilisation de la voiture ont des coûts de santé comparables, mais bien que nous ayons en Australie les lois les plus strictes au monde en matière de promotion du tabac, nous permettons aux constructeurs automobiles de se promouvoir sans entrave.

Le tabagisme est responsable d’environ 15 000 décès par an en Australie et représente un coût estimatif de 31,5 milliards de dollars par an pour l’économie australienne. À eux seuls, les accidents de voiture coûtent à l’économie un peu moins de 29,7 milliards de dollars, mais cela ne comprend pas les coûts considérables de la pollution atmosphérique et de l’inactivité résultant de l’utilisation de la voiture. Chaque année, environ 1300 personnes meurent et 32 000 sont grièvement blessées dans des accidents de la route. Et même si la grande majorité des décès liés au tabagisme surviennent chez les plus de 65 ans, les traumatismes routiers détruisent la vie des jeunes. C’est la principale cause de décès chez les personnes âgées de 15 à 29 ans. Mais ce qui est encore plus accablant, c’est le fait peu connu que les décès liés aux accidents de la route sont encore moins importants que ceux liés aux émissions de polluants des véhicules.

Les émanations des voitures contiennent en effet un mélange toxique de produits chimiques qui sont impliqués dans un large éventail de maladies, y compris le cancer, la maladie d’Alzheimer et les maladies respiratoires. Des chercheurs de l’Université de Melbourne ont récemment fait valoir que, compte tenu du grand nombre de décès prématurés causés par la pollution des véhicules à moteur, c’est l’utilisation de la voiture, et non les accidents, qui est le plus meurtrier. Le benzène, un cancérogène bien connu également présent dans les cigarettes, se trouve dans les vapeurs d’essence qui s’accumulent à l’intérieur des voitures.

La plupart des parents essaieraient probablement d’éviter d’exposer leurs enfants à la fumée de cigarette (ce que l’on appelle le tabagisme passif, NDT), mais ils conduiront facilement leurs enfants à l’école, les exposant à des vapeurs nocives semblables. Le professeur David King, ancien conseiller scientifique en chef du Royaume-Uni, a récemment averti les parents des effets néfastes de l’air toxique qui s’accumule dans les poumons et le cerveau des enfants. Cependant, l’impact sur notre système de santé pourrait être encore plus grand que la pollution et les traumatismes routiers.

Selon l’Australian Burden of Disease Study, le tabagisme est la deuxième cause de morbidité en Australie. Mais quelle est la première cause de morbidité? L’obésité. L’alimentation joue un rôle important dans l’obésité, mais elle n’est qu’un aspect de la question – l’autre est l’inactivité. Les Pays-Bas, réputés pour leur passage de la voiture à la bicyclette, sont le seul pays au monde à renverser la tendance d’une population de plus en plus obèse.

Cette année, le British Medical Journal a publié une étude qui révèle que les personnes qui font du vélo pour aller travailler plutôt que de conduire réduisent de moitié leurs chances de développer une maladie cardiaque ou un cancer. Et la Grande-Bretagne a récemment estimé qu’elle pourrait économiser 1,6 milliard £ (2,8 milliards $) en frais de santé si elle imitait l’approche néerlandaise du vélo. En Australie, des groupes comme Walk to School Day s’efforcent de réduire l’utilisation des voitures, mais malheureusement, la promotion de transports sains est largement dépassée par notre exposition à la publicité automobile.

L’industrie automobile est le quatrième plus gros consommateur de publicité en Australie. Les voitures sont présentées comme les cigarettes l’étaient autrefois: liberté, fraîcheur et sex-appeal. Il y a souvent peu de choses sur la voiture et beaucoup sur le plaisir de conduire. Les voitures se déplacent sans effort dans les rues désertes. Cette attente subliminalement ancrée que nous soyons le seul automobiliste sur la route pourrait-elle jouer un rôle dans la rage routière et la pression pour occuper l’espace public avec plus de routes, un cycle sans fin qui produit plus de conducteurs et plus de circulation?

Pire encore, nous permettons aux publicités automobiles de souligner l’attrait de la vitesse, l’un des principaux tueurs sur nos routes, comme dans le « zoom zoom zoom » de Mazda ou une publicité Nissan récente qui utilisait Usain Bolt. Tout comme les cigarettes, nous sommes induits en erreur et l’image véhiculée est bien loin de la réalité des mauvais résultats pour la santé et des coûts croissants.

Bien sûr, la comparaison entre l’automobilisme et le tabagisme n’est pas sans limites. De nombreuses personnes doivent conduire pour se rendre au travail et de nombreux véhicules rendent des services essentiels à notre société. Mais, une grande partie de notre conduite automobile n’est pas nécessaire, mais seulement une habitude, soutenue par une publicité constante qui souligne l’opportunité et la normalité de la conduite.

Petit à petit, nous pourrons peut-être renverser notre culture automobile. Alors que les gains les plus importants proviendront des infrastructures destinées aux piétons, aux cyclistes et aux transports publics, la lutte pour décourager l’utilisation de la voiture reste plus ardue lorsque nous sommes si souvent bombardés d’images positives concernant la voiture.

Les taux de tabagisme diminuent depuis l’entrée en vigueur des interdictions de la publicité sur le tabac en 1976. Étant donné le coût énorme que représentent les voitures pour la santé publique, nous pourrions peut-être commencer à envisager de faire de même avec elles.

Arwen Birch est éducateur en environnement.

Source: https://www.theage.com.au/national/we-banned-cigarette-ads-now-we-should-ban-car-ads-too-20180312-p4z3y8.html

Image: http://lesarcsplastiques.blogspot.fr/2011/04/anti-pub.html

Nopub

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Rédacteur du site Carfree France et spécialiste des questions relatives à la publicité automobile.

5 commentaires sur “Nous avons interdit la publicité sur les cigarettes – maintenant nous devrions aussi interdire la publicité sur les voitures

  1. vince

    Merci pour cet article bien documenté.

    La différence entre la cigarette et la voiture est que l’ensemble de notre économie repose sur l’automobile. Notre société de consommation semble construite autour et pour la voiture.

    Eliminer la voiture c’est torde le cou au système individualiste habitat pavillonnaire-centre commerciaux- -consommation outrancière. Avec la plage l’été et le ski l’hiver, etc…

     

     

     

     

  2. Pédibuspedibus

    Oui Hdkw, l’inactivité physique est une cause majeure de mortalité et de morbidité dans la zone OCDE et désormais pour l’ensemble des Etats de la planète…

    Il faudrait donc reformuler la description du phénomène, et affirmer que l’usage de la bagnole est indirectement une cause majeure de mortalité et morbidité dans la zone OCDE et désormais pour l’ensemble des Etats… Et ce bien avant la pollution de l’air et les conséquences accidentologiques.

    J’essaye péniblement de fabriquer une espèce de revue de littérature sur le sujet depuis quelques mois, pour réactualiser à l’instant de la dernière consultation des revues en lignes :

    plus j’attends avant d’accoucher et plus je suis sûr de toucher le point de fraîcheur absolue de mon oeuf… ! En attendant allez donc vous en faire cuire un…

     

    pas boaaa du tout

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