Ni de droite ni de gauche, juste pour Total et ses 10 milliards de bénéfices annuels

Nicolas Hulot avait promis que l’huile de palme, c’était du passé: « Nous allons fermer une fenêtre qui donnait la possibilité aux biocarburants d’y incorporer de l’huile de palme » disait le ministre de la transition écologique le 6 juillet 2017 dans le cadre de la sortie en fanfare du Plan Climat. Aujourd’hui, la France s’apprête à importer massivement de l’huile de palme pour en faire du carburant automobile…

En quelques années, l’huile de palme est devenue un sujet bien identifié par l’opinion publique, en particulier pour sa présence dans de nombreux produits alimentaires, comme le Nutella. Pourtant, il y a très peu de débats sur son utilisation comme « biocarburant » alors qu’elle coule à flots dans les stations-services. Selon l’ONG Les Amis de la Terre, 76% de toute l’huile de palme consommée en France est consommée en fait sous forme de « biocarburant ».

Or, la culture du palmier à huile est l’une des principales causes de déforestation en Asie du Sud-Est (notamment en Indonésie et en Malaisie, qui représentent plus de 85 % de la production mondiale). Plus de 30 % de la déforestation en Indonésie est causée par l’extension des monocultures de palmier à huile. Dans de nombreuses provinces, la déforestation est tellement importante qu’il ne reste plus que quelques lambeaux de forêts primaires.

Aujourd’hui, le pétrolier Total est en train de convertir une de ses vieilles raffineries, celle de La Mède en périphérie de Marseille, en « bioraffinerie » destinée à produire plus de 500.000 tonnes de « bio-diesel » par an, en grande partie à partir d’huile de palme importée d’Indonésie et de Malaisie.

Au passage, on constate qu’après les « biocarburants » et le « biodiesel », le lobby pétrolier parle désormais de « bioraffinerie »… Le greenwashing n’a plus de limites. A quand les biocentrales nucléaires ou les biomarées noires?

Face aux critiques, Total promet de ne se fournir qu’en huile de palme « durable ». C’est quoi l’huile de palme durable? En fait, il s’agit d’huile de palme « labellisée »: une pseudo-agence de certification dit que c’est durable et on est prié de la croire sur parole. Sauf qu’une fondation hollandaise a passé au crible 463 labels de ce genre présentés comme « écolos », dont certains sont connus en France. Le bilan est peu reluisant. La plupart de ces labels, y compris et peut-être surtout ceux concernant l’huile de palme, sont complétement bidons.

Selon un rapport du parlement européen, l’huile de palme serait à l’origine de 40 % de la déforestation en Indonésie, et les critères “durables” font bien l’objet de critiques concernant leur intégrité écologique.

En juillet dernier Nicolas Hulot jugeait « schizophrène » d’inciter « nos industriels à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre » et de « s’accommoder que des millions d’hectares de forêts qui sont des puits de carbone se transforment en sources de carbone, que des zones humides, des mangroves soient détruites dans une forme d’indifférence« .

Moins d’un an plus tard, le même Nicolas Hulot autorise en France une « bioraffinerie » qui va traiter plus de 500.000 tonnes d’huile de palme par an, produits grâce à la déforestation massive en Asie du Sud-Est. Peut-être est-ce le Nouveau Monde à la sauce Macron: « on est en même temps pour le climat, l’écologie et les forêts et en même temps pour le CO2, le réchauffement climatique et la déforestation. »

Sur le plan écologique et climatique, on est ni de droite ni de gauche, juste pour Total et ses 10 milliards de bénéfices annuels…

Nuit Grave

A propos de Nuit Grave

Rédacteur du site Carfree France, spécialisé dans les questions relatives à la destruction de la santé et de l'environnement

5 commentaires sur “Ni de droite ni de gauche, juste pour Total et ses 10 milliards de bénéfices annuels

  1. Adrien L.

    A vomir !

    Vous me direz que laisser un promoteur de shampooing ex-animateur de télé privée s’occuper d’écologie, c’est comme confier le soin à un ancien grand ponte du transport aérien le soin de dicter les règles qui permettraient de mieux gérer le transport ferroviaire.

    On est pas loin de la poule et du couteau… Ne pas vous inquiéter, SuperMacron a la solution : c’est encore au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. En musique : « One for the money, and two for the money, and three for the money. »

    C’est une confirmation de plus que cette pantalonnade que l’on appelle l’Etat n’est bien en place qu’à des fins de sauvegarde du système cacapipitaliste. Je ne vois que l’anarchie (au sens réel du terme, pas celui volontairement anxiogène que nous servent les mass media en boucle) pour sortir le monde de là, mais elle suppose que TOUS Les citoyens soient également éclairés. Et vu le gavage télévisuelo-consuméristo-loisiro-bétono-bagnolard crétinoforme que beaucoup acceptent, en redemandant même, c’est mal barré…

    Au passage, voici, réalisé en 2015, un très instructif outil sur le site de Climate Central permettant de constater l’impact aux ans de grâce 2050 et 2100 du réchauffement sur les villes de notre triste monde :

    http://choices.climatecentral.org

    Vous pourrez constater qu’en comparant les deux simulations « émissions de carbone réduites fortement » et « émissions de carbones actuelles inchangées », la différence est dans l’épaisseur du trait. Ca donne une bonne idée de l’avenir de nos enfants. Tout ça pour un billet.

    Bweeeeuuuuuuuarf ça y est j’ai gerbé mais ça ne va pas mieux la nausée y est toujours…

     

     

     

  2. abil59

    C’est le « problème » de la démocratie: le peuple élit ceux qui leur ressemble. Quand il y a plus de 80% des déplacements qui sont faits en voiture en France et 600 voitures/1000 habitants rien d’étonnant à cet article (malheureusement!)

  3. WITTMANN CLEMENT

    ne laissons aucune chance à  la planète, soutenons la croissance

  4. Vince

    Tant qu’il en reste à prendre pour alimenter la croissance, allons-y.

    Bornéo, la Nouvelle Guinée, l’Amazonie. Le fonds des mers et puis quoi.

     

    En passant on détruit l’habitat naturel des orang-outans, « l’homme des forêts ». Et hop un cousin de moins.

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