L’utopie ?

« Vivre sans voiture, sans télé ? Mais c’est de l’utopie ! » « Consommer moins ! Et puis quoi encore ! Tu veux revenir en arrière ? Allez, sois raisonnable ! » « Arrête de rêver, tu ne peux pas changer le monde. »

Avez-vous déjà entendu ces réflexions ? Si oui, c’est que vous êtes un utopiste, une personne qui n’accepte pas le monde tel qu’il est et qui croit pouvoir le faire évoluer. Vous êtes totalement immature, dénué de bon sens et de raison. La société dans laquelle nous vivons ne saurait tolérer un extrémiste de votre genre qui philosophe pendant que les autres travaillent et s’occupent d’élever correctement leurs enfants.

Mais qui est utopiste ? Les quelques personnes qui prennent conscience du gaspillage de nos ressources ou les publicités qui nous font croire que l’on peut toujours consommer plus dans un monde aux limites finies ? N’est-ce pas une utopie de penser que nous pouvons tous rouler en voiture alors que la fin des réserves pétrolières sont prévues pour 2040 et que l’on commence à mesurer les conséquences de l’effet de serre ? Avons-nous le droit de penser que le bonheur passe par l’acquisition toujours croissante de bien matériels alors qu’une grande partie de la population mondiale meurt de faim ? Pouvons-nous penser que notre civilisation occidentale est raisonnable alors que nous ne sommes que 20% de la population mondiale à consommer 80 % des ressources de la planète ?

Il faut avoir une bonne part de bon sens et de raison pour mesurer l’importance des dégâts qu’engendre de manière croissante notre boulimie de consommation. Il faut avoir du courage pour accepter le monde tel qu’il est. Cela n’est pas facile de sortir de la masse et de soulever des idées qui bouleversent nos habitudes, notre désir d’individualité et notre confort matériel. Il n’y a qu’une seule terre. Autant faire en sorte de ne pas la détruire et de ne pas la laisser en trop mauvais état aux suivants. Nous devons nous inscrire dans la durée et la globalité du monde. Cela n’est pas chose aisée lorsque notre modèle économique nous pousse à vouloir toujours plus et nous masque les conséquences de nos modes de vies à long terme.

Il faut être complètement aveugle et immature pour penser que la terre va supporter encore longtemps la folie humaine. Il faut être complètement déraisonnable pour penser que la croissance peut-être infinie, que nous pouvons posséder toujours plus de biens matériels alors que les ressources de la planète sont limitées. La publicité, les médias, notre éducation , tout tend à nous conforter dans cette douce innocence. Consommez, consommez, vous serez heureux et tout ira bien ! Nous sommes rendus aveugles et sourd par le matraquage publicitaire et l’idéologie consommatrice qui ne laisse aucune place aux messages non rentables économiquement. Quelle chaîne de télévision aurait le courage de parler des méfaits de l’automobile entre deux spots publicitaires vantant les mérites du nouveau V6 à injection ?

Alors sortons de cette utopie qui berce notre monde. Ayons le courage d’ouvrir les yeux et de regarder les choses en face. Cela ne signifie pas que nous « reviendrons en arrière », que nous serons malheureux et ternes. Au contraire, cela nous donnera le courage d’aller de l’avant, de donner un sens à nos vies et nos désirs. Vivons pleinement, vivons heureux, mais pas n’importe comment. En tant que doux rêveur, je crois en une croissance infinie de nos joies et de la plénitude de nos vies.

Denis Cheynet
http://denis.chey.net

Denis Cheynet

A propos de Denis Cheynet

Contributeur de Carfree France

4 commentaires sur “L’utopie ?

  1. Alexandre

    L’économiste anglais Kenneth Boulding disait il y a quelque temps déjà (il a été diplômé d’économie en 1948) : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

    On a effectivement besoin d’utopiste pour limiter les dégâts, le problème reste de convaincre les occidentaux d’abandonner le modèle dominant, et surtout, de convaincre les habitants des pays en développement que notre façon de vivre ne fera pas leur bonheur…

  2. Julol

    Bonjour

    merci pour ce billet inspiré, qui met la pêche

    Permettez moi d’apporter un commentaire, voire une précision, sur votre article : le problème des réserves de pétrole n’est pas leur possible épuisement en 2040 (il reste 400 ans de charbon dans le sol et 250 ans de gaz, et pour le pétrole on parle plutôt de 150 ans), mais surtout que nous ne devons pas les exploiter, les brûler car ils conduisent à un réchauffement insupportable pour la planète. Il faudrait laisser 80% des ressources pétrolières dans le sol selon les spécialistes. Un autre précisait : « nous avons un problème de poubelle, pas de ressource », il n’y a plus de place et de contenants (océans, forêts, sol) pour absorber/diluer nos déchets, dont les gaz à effet de serre font partie

    Bonne journée,

  3. G-deon

    @Julol : en effet, le problème pour le pétrole n’est pas vraiment la quantité disponible. D’ailleurs il y a fort à parier qu’il en restera toujours (et heureusement, car c’est quand même bien pratiques pour certaines applications) ! les problèmes sont plutôt le débit disponible (et oui, le débit est finalement plus important que le stock pour pouvoir faire tourner l’économie au rythme effréné actuel), ainsi que le TRE (taux de retour énergétique) : les puits de pétrole sont de plus en plus difficiles à atteindre, et demandent toujours plus d’énergie pour l’extraction. Et du coup ça demande des investissements de plus en plus conséquents. Le blog de M. Auzanneau a récemment bien expliqué que les exploitations de pétroles de schistes (ou argileux, ces termes étant mal traduits en français) sont en fait basés sur un système de Ponzi… il y a fort à parier que les investisseurs vont le comprendre, et les investissements dans ce domaine vont naturellement s’arrêter.

    J’ai une objection concernant ton chiffre de réserves de pétrole. Sans rentrer dans les détails de réserves prouvées, probables et possibles, ce chiffre de 150 ans (sorti d’où ?) est probablement donné sous l’hypothèse d’une consommation annuelle égale à la consommation actuelle. Hors, la croissance annuelle implique une croissance de consommation pétrolière, les deux croissances devant être égales. Si on mise sur une croissance annuelle de 3% (ce qui est actuellement le cas, et même plus un moins un objectif), ces 150 ans se transforment en … 57 ans (et oui, c’est ça la croissance exponentielle ; je te laisse faire les calculs avec la somme des termes d’une suite géométrique qui va bien). Bref, dans ce monde fini, il y a une objection matérielle de taille à la croissance et l’utilisation d’énergies fossiles. Même à court terme.

    Sinon je suis bien d’accord avec ce que tu dis 🙂

  4. vince

    « Tu ne veux pas qu’on retourne à la charrette non plus ?! »  parmi les choses qu’on entend souvent aussi. Si encore on pouvait revenir à la charrette, mais même ça j’en doute.

    Les Africains auront-ils un jour le niveau de vie des Occidentaux ? Il y a déjà de telles tensions sur les ressources et les énergies, on a déjà pris tout ce qui était facile à prendre.

     

    Bon allez je retourne à ma rivière.

     

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