Urbanisme radical

Le dessin ci-dessus est assez ancien, il date de 2015, mais il résume assez bien la situation actuelle. A l’heure où le gouvernement parle de déconfinement de la population, en particulier des enfants censés retrouver le chemin de l’école le 11 mai prochain malgré l’avis du Conseil Scientifique, commencent à se poser une multitude de questions pratiques concernant la distanciation sociale.

En particulier, comment utiliser les transports en commun en respectant la « distanciation sociale » d’au moins un mètre? Comment marcher dans l’espace public, sur les trottoirs souvent étroits, en se croisant les uns les autres?

Ce déconfinement fait dans l’urgence pour répondre aux injonctions du Medef représente un fort risque de réactivation de la contagion.

Par ailleurs, il met en lumière ce que l’on peut appeler l’arrogance de l’automobile qui, depuis des décennies, s’accapare la plus grande partie de l’espace public. En particulier en milieu urbain dense, l’automobile nécessite l’affectation de près de 80% de l’espace public pour moins de 20% de part modale.

Cette logique hallucinante s’explique par le fait que la chaussée destinée à faire rouler les voitures est dimensionnée pour l’heure de pointe du matin et du soir. Il faut de nombreuses voies de circulation bien larges pour écouler le flux massif de voitures le matin et le soir. Le reste du temps, ces voies servent à faire circuler les voitures à grande vitesse, pendant que les piétons, les cyclistes ou les usagers des transports en commun s’entassent sur le 20% d’espace public restant.

Cette arrogance de l’automobile sans laquelle le système automobile ne fonctionnerait pas (il serait complètement bloqué deux fois par jour) ne peut laisser que des miettes aux autres modes de déplacement. Que ce soient les trottoirs, les rues piétonnes, les pistes ou bandes cyclables, les couloirs bus, c’est la portion congrue face à la déesse automobile.

La bonne nouvelle, c’est que l’ensemble du système de transport risque d’être entièrement bloqué à partir du 11 mai. Beaucoup de gens vont prendre la voiture, ce qui va encore plus bloquer la circulation et la congestion habituelle. Les règles de distanciation sociale vont rendre les transports en commun très difficilement praticables pour celles et ceux qui voudront encore les pratiquer. Les piétons et les vélos vont tenter de se faufiler partout où ils pourront.

A un moment donné, il va falloir arbitrer sur une réaffectation de l’espace public. Faudra-t-il créer des pistes cyclables ou couloirs bus supplémentaires? Faudra-t-il agrandir les trottoirs?

Ou alors, faudra-t-il supprimer les trottoirs, les bandes cyclables et les couloirs bus pour faire circuler plus de voitures? Voire, pourquoi pas, supprimer les transports en commun?

On vous laisse apprécier l’efficacité des différentes mesures envisageables…

3 commentaires sur “Urbanisme radical

  1. ikook

    « On vous laisse apprécier l’efficacité des différentes mesures envisageables… »

    La seule mesure envisageable et efficace serait de se débarrasser de ces équipes de bras cassés et d’incompétents qui dirigent le monde. Le covid aura montré toute la bêtise de ceux qui nous dirigent:

    – Les masques ne servent à rien. Les masque en tissu ne sont pas efficaces. Les masques en tissu seront obligatoires à certains endroits, ils sont efficaces.
    – Vous avez le droit de faire du jogging. vous avez le droit de faire du jogging mais si vous marquez une heure sur votre papier. Vous avez le droit de faire du jogging mais dans un rayon d’un km. Vous n’avez plus le droit de faire du jogging entre 7h et 19h. Vous avez finalement le droit de faire du jogging quand vous voulez.

    – Seuls les magasins essentiels sont autorisés à ouvrir. Pas les cavistes. Finalement oui. Pas les jardineries. Finalement oui. Pas les magasins de bricolage. Finalement, on laisse faire sans rien voir. Les fleuristes n’ont pas le droit de vendre du muguet le 1er mai mais les supermarchés et les jardineries ont le droit. Finalement, les fleuristes ont le droit de vendre du muguet en drive et en livraison.

    – Les marchés extérieurs sont interdits. Les supermarchés où on s’agglutinent pour acheter des chips sont autorisés. Les marchés extérieurs sont un peu autorisés si il n’y a pas plus de 5 vendeurs. On autorise des vendeurs à vendre leur marchandise sur les parkings des supermarchés puisqu’ils ne peuvent plus vendre sur les marchés extérieurs.

    – Vous n’avez pas le droit de faire du vélo. En fait, pas le droit si c’est du loisir. Finalement, vous avez le droit de faire du vélo loisir mais pas à plus de 1 km de chez vous.

    Tout et son contraire tous les jours…

    Et dans 15 jours, le 11 mai, n’ayons aucune crainte. Les français étaient à fond pour le vélo pendant leur confinement et çà allait être le grand retour de la bicyclette dans les villes, mais finalement, ils remonteront tous dans leur autos en espérant que ce soit leur voisin qui sorte sa bicyclette !

    d’ailleurs, à quoi pourrait bien leur servir la bicyclette? Pendant 6 semaines, ils se sont rués dans les drives auto, ont privilégié les livraisons et ont acheté toute leur conneries sur Amazon qui a dopé son chiffre d’affaires.  La bicyclette c’est bien pour les petits trajets et aller dans les commerces indépendants mais voilà… pendant 6 semaines, les commerces indépendants ont fermés, l’Etat leur à filé 1500 euros en leur promettant une visite de l’inspection des impôts, et on parle de faillites gigantesques à venir (dans certains secteurs: 40%). donc, la bicyclette pour aller faire les courses dans des magasins qui seront morts. Le E-commerce tue le commerce indépendant et actuellement, c’est l’hallali.

     

  2. Jacques

    Le E-commerce tue le commerce indépendant et actuellement, c’est l’hallali.

    Certes, mais c’est plus la voiture qui tue le commerce indépendant. Le commerce indépendant se se situe en centre ville, et le centre ville est en compétition avec les zones commerciales immenses situées en périphérie. Sans voitures, pas de zones commerciales en périphéries, pas de zones commerciales en périphérie, pas de problèmes pour les petits commerçants.

  3. Pédibuspedibus

    https://www.lineaires.com/la-distribution/exclusif-les-111-drives-pieton-ou-relais-de-france-52883?sso=1588077982

     

    Les choses sont rarement assez tranchées pour pouvoir jeter automatiquement aux orties ce qui urtique (!) notre système de valeurs.

    Ainsi les « drives piétons » pourraient très bien servir de première étape, à l’occasion d’une nouvelle aventure du commerce de proximité à la reconquête de sa splendeur passée… à condition que ça soit mené intelligemment.

    Ce qui veut dire sans doute que la puissance publique ne rechigne plus à prendre en charge une véritable politique locale commerciale, portée par la commune centre d’agglo ou l’interco, suivant les cas. A l’instar d’une boulangerie ou d’un petit supermarché le drive piéton, dans le contexte d’une piétonnisation du quartier – à redynamiser ou à créer -, peut jouer un rôle de locomotive dans un premier temps, avant que la durée, l’organisation commerçante et la volonté politique locale arrivent à atteindre un objectif de mix d’offres. Les techniciens territoriaux chevronnés du développement économique local en contexte urbain central ou péricentral restent toutefois à trouver ou à former…

    Dès lors l’avantage comparatif devient irrésistible face aux boîtes à chaussures posées sur les parkings-aérodromes périphériques. La mise en scène « village » ou plutôt « quartier de ville vivant » rend la galerie piétonne périphérique aussi rasoir qu’un vieux film bollywoodien mal sous-titré et sous-traité en Chine pour laisser voir assez de petites tenues…

    Et bien sûr une intervention municipale ou intercommunale commerciale doit se faire en étant intégrée à  une politique plus vaste de refonte du tissu urbain, avec l’objectif de mixité socio-fonctionnelle que je présentais l’autre jour…

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