NO FLUO

Ah les années 80. Un air rudimentaire décomplexé et bariolé sifflait sur nos têtes casquées. Nos corps affublés de tenues aux couleurs sur-naturelles s’agitaient dans le vide. Rien d’étonnant à ce que le fluo et sa musique ravivent la juvénile euphorie consumériste, en ces « temps de crise ».

J’ai d’abord cru à une recrudescence d’agents de la DDE, ne soupçonnant pas ces fonctionnaires d’être trop riches pour se déplacer plus souvent à vélo.

J’ai même pensé qu’il s’agissait d’une fierté que d’exhiber sa tenue de travail de retour à la maison. Et puis j’aperçus ces gilets fluo suspendus aux fauteuils de nombreuses automobiles. Les travailleurs du bâtiments sont de plus en plus nombreux, les bûcherons et les agents de sécurité routière se recrutent à la pelle… Les temps sont durs.

Combien de métiers nécessitent le port d’un tel gilet ? Ne s’agit-il pas que de travailleurs exposés aux risques liés à la circulation automobile ? Sommes nous engagés dans une relance de grands travaux publiques ? Construire de nouvelles routes et autoroutes afin de stimuler la croyance en une ressource inépuisable de pétrole ?

Etre optimiste et patriotique se manifeste ostensiblement par le port désarticulé d’un gilet fluo. Tout cela se tenait.

J’avais encore échappé à une campagne de propagande télévisuelle faisant de la tectonique le meilleur plan de relance économique.

Jusqu’à ce que des camarades bien intentionnés me confrontent à une dure réalité (à laquelle j’avais jusqu’ici échappé puisque je ne possède pas de télévision). Le port d’un gilet fluo homologué est obligatoire lorsque l’on circule à vélo de nuit et hors agglomération. Enfin, il parait.

Il parait aussi que ça permet de sauver des vies. Je le conçoit très bien : dans les conditions prévues par le code de la route, un automobiliste peut naturellement croiser un cycliste à une vitesse de 90km/h.

A cette vitesse, il peut s’avérer difficile de distinguer une petite loupiotte blanche ou rouge souvent même moins visible qu’une enseigne publicitaire lumineuse à la façon JC Decaux (le prétendu amis des vélos).

A moins d’interdire la circulation aux cyclistes, il (leur) serai préférable de rendre obligatoire le casque intégral surmonté d’un gyrophare orange.

Dans la même logique et afin d’épargner la vie de 30 000 personnes tuées par balle chaque année aux Etats-Unis, il serai judicieux et économiquement opportun de rendre obligatoire le port permanent du gilet pare-balle.

Dans le style, on retrouve la campagne de prévention de la sécurité routière sur le thème « l’alcool tue au volant ». En effet, l’alcool tue et engendre de nombreuse maladies lorsque consommé en excès. Mais au volant, ce n’est pas l’alcool mais la voiture qui tue.

Hors mortalité liée à la pollution, destructions des habitats et victimes des guerres liées à l’exploitation du pétrole, 20 millions de personnes ont été tuées par l’automobile depuis sa mise en circulation à la fin du 19è siècle, selon Hosea Jaffe dans « Automobile, pétrole, impérialisme ».

Le code de la route définit les conditions normales, règlementaires de l’usage de l’espace publique. Une large part de cet espace est strictement réservé à et réalisé pour l’automobile (autoroutes, parkings…).

Ce code définit comme socialement acceptable le fait qu’un véhicule pesant plus d’une tonne puisse se déplacer jusqu’à 90km/h sur une voie (inégalement) partagée avec les piétons et les cyclistes.

La distance d’arrêt d’une automobile roulant à 90km/h étant d’environ 100m, il est socialement accepté de ne pas pouvoir maîtriser un engin pesant plus d’une tonne.

La vitesse l’emporte sur le risque évident de nuire à tout être vivant égaré ou non sur l’espace publique. Ne serait-il pas plus raisonnable de limiter la vitesse de tout véhicule à 30km/h ?

Mince, je vois venir la frustration de l’automobiliste… La voiture n’a d’intérêt que lorsqu’elle permet à ce dernier de se déplacer vite. Le code de la route ne sert pas à sauver des vies mais à dissimuler les conséquences sociales inacceptables de l’économie automobile.

En ce sens, le gilet fluo sauvera quelques cyclistes mais surtout pérennise la dictature sanguinaire de l’industrie automobile.
Le gilet fluo n’a qu’à aller se mettre lui-même sur un air de tectonique, car le seul gilet que je porterai cet hiver sera de laine.

A propos de Yôm

Contributeur du site Carfree France

7 commentaires sur “NO FLUO

  1. Antec

    Encore 100% d’accord !
    Ce gilet est une honte… Le danger est la voiture alors on fait porter un gilet au autres. Si les voitures sont incapable de voir quelque chose sur la route elle devrai être interdite !!!!
    Ou alors je sais pas, améliorer leur éclairage ? diminuer leur vitesse à quelque chose d’acceptable ? non, on oblige les autres à s’adapter !
    Et puis tout ces gilets posés sur les sièges conducteur et passagers, comme si on tombais en panne tout les jours !

    Idem, pas de gilet pour moi, j’aurai un feu rouge derrière (et on le vois déjà très bien), un feu blanc devant et basta !

  2. veloce

    « Le port d’un gilet fluo homologué est obligatoire lorsque l’on circule à vélo de nuit et hors agglomération. Enfin, il parait. »

    Oui mais le ministère de l’interieur a trouvé mieux pour la secu des cyclistes. Il preconise carrément d’eviter les routes trop fréquentés et les déplacements de nuit. Du coup pas besoin de gilet si vous n’etes pas sur la route.

    Il vous conseille aussi de ne pas se faire déséquilibrer par l’appel d’air provoqué par le passage d’un camion.

    Vraiment attentionné la ministre…

    http://www.interieur.gouv.fr/misill/sections/a_votre_service/votre_securite/sur-route/securite-velo/view

  3. Yôm

    Merci pour l’info.
    Le message est clair:
    Courbe l’échine citoyen cycliste, « la raison du plus fort est toujours la meilleure… »
    Et d’aucuns l’appellent « l’état providence »?
    Puisque la fable de La Fontaine demeure si pertinente, peut encore sincèrement croire en la souveraineté du peuple?

  4. Jean-Marc Sérékianjms

    Félicitations pour cet excellent texte anti militariste, parce qu’avec ce gilet fluo c’est bien de ça qu’il s’agit. Ce que les états totalitaires ont toujours tenté de faire, c’est l’institution politique de « La Sécurité Routière » qui l’impose à toute la population : le port de l’uniforme. Grâce à l’insécurité routière, créée de toute pièce dans les années d’après guerre par les états européens (voir « Les quatre roues de la fortune » sur le site carfree), les procédures sécuritaires organisent de plus en plus la vie et structurent toujours plus les modes de pensée des individus. L’état est plusieurs fois gagnant éduque et rééduque sa population, la mène à sa botte, fait marcher le commerce et l’industrie de la sécurité et par la répression des contrevenants rempli les caisses de l’état… L’état est « providentiel » pour le peuple automobiliste qu’il a créé et le peuple devient souverain en étant plus rien d’autre que la pure et simple création de son Léviathan technocratique tutélaire…

  5. Black out !!

    Le code de la route impose de nombreuses choses stupides aux utilisateurs de bicyclettes :
    un adulte a bicyclette accompagnant un enfant de moins de 8 ans à bicyclette se trouverai par exemple séparé de son rejeton parce que l’adulte doit circuler sur la chaussée et que par « prudence » ou par bienséance envers les utilisateurs ordinaires d’automobiles, il n’est pas convenable de faire circuler un enfant de moins de 8 ans à bicyclette sur la chaussé. J’ai essayé avec ma fille de 2,5 ans (oui, elle sait faire du vélo).
    Une bicyclette avec une remorque ou un triporteur, à priori moins rapide qu’une bicyclette ne peut
    (construction des aménagements, bravo aux écoles qui enseignent de telles constructions, à ceux qui les décrètent, et à ceux qui les font)
    circuler sur une piste cyclable. De surcroît rien ne l’y oblige.
    Mais alors, si un triporteur ou un vélo avec une remorque est plutôt bien accepté sur la route (enfin, j’exagère) pourquoi construire des aménagement obligatoires (et dangereux) pour les utilisateurs bicyclettes.
    Notez que les aménagements sont réalisés en lieu et place des caniveaux, là ou avant les chiens crottaient ….. Les cyclistes ? apprenez leur le caniveau !!

    Quand au gilet, c’est un de ces dangereux aménagement qui est mis en place sur le constat que  » les cyclistes c’est dangereux, on ne les voit pas ». On, c’est quand on est en voiture bien sûr (et que l’on roule vite… non pas très vite disent les conducteurs)
    Bref, ce gilet montrera que se faire tuer de nuit avec des équipements règlementaires -feux, systèmes réfléchissants- mais sans ce gilet vous rendra responsable de votre mort. Et le jour où les choix de la « sécurité routière » (antenne des constructeurs automobiles ?) sera d’orienter ses actions vers les responsables, la vitesse et l’automobile seront encore mise de coté.

    Pour finir, faites l’expérience de prendre une voiture,
    de circuler jusqu’à un feu rouge et de vous arrêter à la ligne d’effet du signal. Essayez alors de voir le feux !!! c’est impossible dans 85% des cas. L’automobile n’est donc pas adaptée à la circulation routière. Dans ce cas et dans bien d’autres.
    Depuis le temps que les conducteurs disent « j’l’avais pas vu » avec l’air désolé en sortant de leur voiture pour voir ce qu’il y a sous leur roue,
    il est peut être temps non pas de baliser ou supprimer ce qui entoure cette nuisance sociale mais de supprimer la nuisance elle même.

    J’ai fini. Pardonnez moi pour les longueurs.

  6. stoppeur

    Si tant de conducteurs n’étaient aussi imbus de leur personne lorsqu’ils pi lotent leur voiture ou leur camion,voire leur moto,sans doute y aurait-il – de victimes innocentes,inconscientes de ce qui les attend sur la route…Tout comme ceux qui montent en avion sans se soucier de l’état de l’appareil… Alors,quitte à porter un gilet ou pas,un casque ou pas,d’avoir une assuran ce top ou pas,ou les 3 à la fois,peut-être faudrait-il mieux s’en remettre à ce proverbe(si c’en est 1): »le hasard fait bien les choses! » et d’y croire vrai ment…!Pourquoi pas?Encore que ça ne suffira pas à éviter le pire…Donc, puisque le port du gilet fluo ou du casque ne poussent pas à empirer les risques de la pratique du vélo,pourquoi ne pas s’y soumettre,même de ma uvaise grâce,par défaut…?

  7. Yôm

    A l’essai en ce moment:
    éclairage arrière puissant à diode et de même à l’avant (60 Lux).
    Résultat:
    les autos me croisent et me doublent plus lentement lorsque la nuit est tombée…
    Conclusion:
    -il ne s’agit pas simplement d’être bien vu par l’automobiliste (cf le gilet fluo dont il sait que le porteur est un cycliste ou un simple piéton _c’est la mode_)
    -il faut surprendre le conducteur avec un éclairage puissant, capable de lui inspirer la crainte
    Oui, l’automobiliste est français, « occidental ».
    Il ne sait plus ce qu’est le respect (celui de toute vie).
    La peur (car qui dit éclairage puissant dit véhicule puissant) peut mettre un homme à genou.
    La France devant TF1, la France a peur.
    Un cycliste ne peut « tenir en respect » un automobiliste, à moins de feindre.

    Il paraît que 25% de la population adulte a interrompu son
    développement moral au niveau pré-conventionnel (échelle de Kohlberg). Probablement 90% des automobilistes.

    Le « must » cet hiver: le gyrophare bleu sur le porte-bagage.

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