La voiture, hybride ou électrique?

Le quotidien La Croix a récemment fait paraître une tribune de Pierre Alanche consacrée à deux motorisations innovantes : le moteur hybride et le moteur électrique.

Pierre Alanche est ingénieur et a représenté les salariés actionnaires au Conseil d’administration de Renault SA de 1997 à 2004. Il explique que le moteur hybride n’est qu’une nouvelle forme de motorisation, qui n’implique aucun changement en dehors du véhicule lui-même, le principe étant qu’un moteur électrique renforce le bon vieux moteur à explosion. Le véhicule électrique suppose au contraire des stations d’alimentation bien réparties sur tout le territoire, et par conséquent, des changements au niveau des infrastructures de transport elles-mêmes, au sol, si l’on ose dire.

Le débat rappellera aux passionnés celui qui agite le microcosme ferroviaire depuis des années, entre TGV et train pendulaire : le premier est un système à part entière, qui implique du matériel roulant et des infrastructures nouvelles, alors que le second n’est qu’un train qui va plus vite sur des lignes qui existent déjà.

Au-delà des aspects techniques, le problème est celui de la place de l’automobile, de ses nuisances et de ses attraits, dans la société d’aujourd’hui et de demain. Je traite ce problème au chapitre III de mon livre, intitulé : Le train, l’automobile et les déplacements de proximité.

Le point de vue que j’y défends, c’est le bon sens près de chez vous : l’automobile est un instrument utile, mais l’on n’a pas maîtrisé son développement. Les choix politiques de ces dernières décennies ont au contraire encouragé son usage bien au-delà de ses créneaux normaux.

Comment définir ces « créneaux normaux », où l’usage de la voiture est irremplaçable voire souhaitable ? Comme il est difficile de donner une réponse définitive en peu de mots, je me contenterai de deux exemples : en milieu rural, pour aller faire ses courses dans le village le plus proche, utiliser la voiture est indispensable : il est difficile d’organiser un service de transports collectifs efficace en milieu peu dense, et la voiture n’y provoque pas d’embouteillages, peu de pollution car on roule à une vitesse normale.

A l’inverse, il est aberrant d’utiliser sa voiture pour se rendre dans le centre d’une ville à 8 h du matin, l’infrastructure est saturée ce qui fait perdre du temps à l’usager et à la société, cela provoque de la pollution, etc…

De la même façon, pour des trajets très courts et sans charge lourde, il vaut mieux utiliser le vélo voire se déplacer à pied.

Cela ne signifie pas que l’on vendra moins de voitures, car, l’automobile restant toujours indispensable pour la majorité des familles, il y en aura toujours autant. Je dis cela pour répondre au contexte de chute des ventes actuel. « Mieux » de voiture ne signifie pas moins de voitures.

Dans ce contexte, le problème de la motorisation des voitures a tout son intérêt. Car si on considère qu’il faut réduire la place de la voiture et non la supprimer, ce qui est mon cas, il faut se poser la question de réduire ses nuisances, dans le cas où son usage est nécessaire.

Pour la société, le moteur hybride est donc d’un grand intérêt s’il permet de réduire l’émission de gaz à effet de serre et les autres formes de pollution, de façon importante. Le moteur électrique suppose des investissements plus importants sans intérêt pour la société. Comme Pierre Alanche, le moteur hybride me paraît donc la forme d’évolution la plus souhaitable dans un avenir prévisible en tout cas.

Simplement, les progrès dans les moteurs ne doivent pas conduire à accepter le tout-automobile, comme le disent un certain nombre de partisans de la « voiture propre ». A mon sens, l’amélioration des performances de la voiture et la réduction de son utilisation vont de pair.

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture ferroviaire,
Editions de l’Atelier.
Pour se connecter à mon blog : http://lafractureferroviaire.skynetblogs.be/
Pour me contacter, faire des commentaires, des remarques, proposer des idées de billet : temse[a]hotmail.fr.

La tribune de Pierre Alanche a pour titre L’auto hybride ou électrique et a paru dans le journal La Croix du 8 décembre 2008.
Pierre Alanche est l’auteur du livre Renault Côté Cour, paru aux Editions de l’Atelier, où il raconte son expérience au Conseil d’administration de Renault SA. Je reparlerai un jour de son témoignage.

Vincent Doumayrou

A propos de Vincent Doumayrou

Spécialiste des transports et auteur de "La Fracture ferroviaire", Editions de l’Atelier.

13 commentaires sur “La voiture, hybride ou électrique?

  1. Philippe Schwoerer

    Un article très pragmatique sur le sujet.

    Juste une remarque toutefois, et surtout parce qu’on parle de Renault : la motorisation hybride, ce n’est pas obligatoirement un moteur électrique qui renforce un moteur thermique. Sur mon Kangoo, c’est justement le contraire, un moteur thermique de 900 cc qu’on n’utilise qu’en cas de besoin (longs trajets, imprévus…). Pour ma part, en temps normal, je n’utilise pas ce moteur thermique.

    Il me semble malgré tout important de parier sur une baisse conséquente du nombre de véhicules en circulation : c’est important.

    Le niveau de pollution et la modification du climat imposent de donner un bon coup de frein à la production de véhicules nouveaux.

    Votre analyse montre bien qu’il y a une éxagération aujourd’hui dans l’utilisation de l’automobile. Redescendre à un véhicule par foyer me semblerait déjà un bon palier qui inciterait au covoiturage ou à regrouper les sorties et activités sous forme de tournées. C’est ce que nous pratiquons déjà dans notre famille. Lorsque ma femme se rend à son cours de chant ou mon fils à son cours de musique, nous profitons du déplacement pour faire les courses ou aller chez le médecin. Nous nous organisons comme un transporteur de messagerie qui effectuerait sa tournée.

  2. Vélove

    Personnellement, je trouve cela un peu rapide comme analyse concernant la voiture hybride ou électrique… L’article présente l’hybride comme la solution « moyenne » la plus acceptable… Ce n’est à mon sens absolument pas une voie « moyenne », c’est plutôt une voie de garage… Une voiture hybride a deux moteurs, soit deux fois plus de pollution car il faut bien des matériaux, des process, du transport, etc. pour fabriquer tout cela… En outre, les consommations ne sont pas vraiment au rendez-vous: une voiture hybride consomme encore beaucoup de carburant (juste un peu moins qu’une voiture traditionnelle) et donc émet encore beaucoup de CO2… Un parc mondial de voitures hybrides n’arrangera donc rien pour le climat de la planète. Egalement, les prix ne sont pas encore au rendez-vous et risquent bien de ne pas l’être avant longtemps (deux moteurs, ça coûte cher et ça coutera toujours cher même en phase d’industrialisation massive). Enfin, avec un moteur électrique, la voiture hybride nécessite donc des batteries avec des matériaux plutôt rares (exemple: lithium) dont le coût écologique de l’extraction reste un problème majeur si on veut aller au-delà d’une centaine de voitures hybrides par an destinées aux bobo-friqués du genre Yann Arthus-Bertrand…
    Bref, selon moi, la voiture hybride est un moyen de se donner bonne conscience au détriment de la planète sans se poser trop de questions sur son mode de vie.

  3. Philippe Schwoerer

    Il y a bien d’autres possibilités concernant les batteries (déjà vues dans les autres posts), en particulier la NiZn ou celle au sodium. On se focalise trop souvent sur le lithium qui pose divers problèmes effectivement.

    L’intérêt tout de même d’un Yann Arthus-Bertrand, c’est de confronter, grâce aux moyens qu’il a, la beauté du monde et les ravages infligés par l’homme. Si son travail permet une prise de conscience massive qui débouche sur des actes à grande échelle en faveur de la planète, ce sera positif. En le discréditant, on discrédite son message et certains pourraient baisser les bras.

    Hybride = voie de transition, et non voie de garage, pour que chacun trouve le temps (le plus court possible) de prendre ses responsabilités et opérer les changements qui conviennent dans sa vie pour réduire au mieux son impact sur la planète.

    L’hybride n’est pas encore sorti qu’il est déjà dépassé. Il y a plus de 20 ans que la technique aurait dû être quasiment imposée. Aujourd’hui, avec la pollution et l’épuisement des matières premières, c’est quand même un peu « le dernier souffle du dragon ». Remplacer à la hâte par des hybrides tout ou grande partie du parc automobile serait très certainement désastreux.

  4. Vélove

    Le travail de Yann Arthus -Bertrand a consisté pendant très longtemps à survoler en hélicoptère hyper-polluant les coins les plus reculés de la planète afin d’en faire des bouquins de photos très rentables pour lui sensés médiatiser les problèmes de pollution… Bref, la parfaite définition de l’écolo-tartuffe et je pense au contraire que ce sont ces gens-là qui discréditent les causes qu’ils prétendent défendre.

  5. Philippe Schwoerer

    Je reste persuadé que ses livres et reportages visuels sont et restent parmi les rares supports à pouvoir toucher des téléspectateurs gavés de télévision et surtout de téléréalité. Il faut du beau, du grandiose pour en toucher. Et ça marche si l’on en juge les ventes de ses réalisations.

    En outre, il propose des reportages inédits. Je pense en particulier à « 6 milliards d’autres » que je viens de visionner pour chronique, qui établit des ponts entre les peuples et aide à bien comprendre que si l’autre est différent, il souffre aussi, a vécu des bons et des mauvais moments, à des espoirs… 70 pays sont concernés.

    Son travail reste un excellent témoignage de ce qui existe et se vit sur la planète même si l’on peut critiquer l’usage d’hélicoptères polluants qui auraient sans doute tout aussi bien pu charger d’autres clients pour des voyages moins ouverts. YAB assure reverser une certaine somme d’argent et contrepartie de son impact carbone. Ca, c’est aussi une voie qui a été ouverte.

    Sans les moyens qu’il utilise et qui peuvent paraître démesurés, pas d’images aussi belles ou aussi choc, moins de consciences mises en éveil, moins d’actions.

    Pour moi, il est clair que son action est par ailleurs positive dans la balance pour la planète (surtout au regard de tout ce qui a pu être perdu pour rien en Irak).

    Pour le grand public, le discrédit sur YAB est plutôt négatif.

  6. de Maillard

    j’avais confondu avec l’article sur le rapport Syrota
    je reproche à cet article de ne pas intégrer une réelle approche développement durable, et notamment la prise en compte des ressources limitées , tant pour la construction des voitures que pour leur fonctionnement quotidien (et leur destruction)
    je ne vois d’ailleurs jamais de réelle appréciation économique sur le coût de fin de vie de voiture : pourquoi,, et à quel moment faut-il changer de voiture – en termes économiques et DD – ?
    or le vieillissement du parc montre que les utilisateurs font quelque part ce calcul, et que l’absence de performances d’économies des véhicules nouveaux ne les incite pas forcément au changement (comment « rentabiliser » une voiture neuve qui consomme un litre de moins aux 100km quand on fait 10 000km/an = 100€/an , à 40 000 on atteint 400€…)
    par ailleurs , les évolutions ne sont pas présentées avec des ruptures possibles : or la situation actuelle, antérieure à la maxi crise financière, porte déjà de lourdes conséquences , alors si on y ajoûte des ruptures ….

    et pour répondre à Vincent Dumayrou, un nombre identique de voitures peut néanmoins représenter des baisses de ventes significatives (=vieillissement du parc) et d’emplois joints : comment ne pas être tristes pour ceux qui en sont touchés et en même temps comment ne pas voir que c’est une direction indispensable pour préserver l’avenir !

  7. de Maillard

    en ce qui concerne l’alimentation électrique des voitures, même si son rendement est très mauvais , en raison des pertes considérables subies au cours de la production , du transport et de l’utilisation ,
    même si les batteries sont loin d’être propres !
    un des points importants et intéressants, rarement évoqué, est celui de l’heure de rechargement des batteries : or, c’est sans doute une plage très optimisable pour utiliser les productions pléthoriques du nucléaire en heures creuses , (=surtout la nuit)

  8. Philippe Schwoerer

    Effectivement De Maillard, l’heure de recharge des batteries est importante et je l’ai déjà évoquée sur le forum plusieurs fois. Il existe différentes réflexions sur le sujet, entre incitation tarifaire (à l’instar des heures pleines et heures creuses) et d’un projet (japonais il me semble), qui viserait à connecter les voitures électriques sur le réseau afin de puiser dans leurs batteries en cas de pique de consommation, évitant ainsi de redémarrer des centrales à énergie fossile ou d’avoir à construire des tranches nucléaires supplémentaires. Ce projet me semble un peu fou, mais on peut tout de même le prendre en compte au chapitre des possibles.

  9. Vélove

    J’ai entendu parler du projet japonais de réseau électrique, c’est un projet sans fil du type wifi à grande échelle… encore une masse considérable d’ondes électro-magnétiques, en plus des portables, antennes-relais et autres wifi… Bonjour le développement des leucémies et des cancers!

  10. Philippe Schwoerer

    La brève en ma possession ne mentionne pas que le projet japonais s’appuie sur une technologie sans fil. Si tel est bien le cas, je partage tes réticences Vélove.

    Les méfaits des ondes électro-magnétiques sont trop souvent niés ou relativisés. Encore un truc à surveiller !

  11. Vélove

    « Posséder un 4×4, pourquoi pas. A condition de sacrifier de temps en temps au co-voiturage : utiliser une voiture de deux tonnes pour trimballer un gars de 70 kilos, c’est aberrant ! »
    Yann Arthus-Bertrand, Direct soir (Bolloré), 13/09/07. Cité par La Décroissance n°43, octobre 2007.
    Source: http://carfree.fr/index.php/betisier-de-lautomobile/

  12. Philippe Schwoerer

    En même temps, on ne peut pas enfermer quelqu’un dans une déclaration d’un an et demie. Ghandi n’était pas le même à la fin et au milieu de sa vie.

    Quand on commence à mettre un petit doigt dans l’engrenage écologique, et si on est un tant soit peu sincère, on ne peut que progresser toujours plus dans cette voie.

    A suivre…

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