Aphekom: une étude européenne qui montre que la pollution automobile tue

Le projet européen Aphekom coordonné par l’Institut de veille sanitaire a rendu ses résultats à l’issue de trois années de travaux. Il conclut notamment qu’une diminution des niveaux de particules fines dans l’air des villes européennes entraînerait un bénéfice non négligeable en termes d’augmentation de l’espérance de vie et de réduction des coûts pour la santé et que habiter à proximité du trafic routier augmente sensiblement la morbidité attribuable à la pollution atmosphérique.

Coordonné par l’Institut de veille sanitaire (InVS) et mené dans 12 pays européens par plus de 60 scientifiques, le projet Aphekom* a rendu public le 2 mars 2011 les résultats de trois années de travaux sur les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique en Europe et conclut :
– diminuer davantage les niveaux de particules fines dans l’air des villes européennes entraînerait un bénéfice non négligeable en termes d’augmentation de l’espérance de vie et de réduction des coûts pour la santé ;
– habiter à proximité du trafic routier augmente sensiblement la morbidité attribuable à la pollution atmosphérique.

Les principaux enseignements du projet Aphekom sont présentés et discutés ce jour lors de la réunion finale à laquelle assistent de nombreux acteurs de l’environnement et décideurs européens.

Impact sur l’espérance de vie et les dépenses de santé

En s’appuyant sur des méthodes classiques, l’évaluation de l’impact sanitaire dans 25 grandes villes européennes montre que l’espérance de vie pourrait augmenter jusqu’à 22 mois pour les personnes âgées de 30 ans et plus (en fonction de la ville et du niveau moyen de pollution), si les niveaux moyens annuels de particules fines PM2,5 étaient ramenés au seuil de 10 microgrammes par mètre-cube, valeur guide préconisée par l’OMS.

D’un point de vue économique, le respect de cette valeur guide se traduirait par un bénéfice d’environ 31,5 milliards d’euros (diminution des dépenses de santé, de l’absentéisme, et des coûts associés à la perte de bien-être, de qualité et d’espérance de vie).

Habiter à proximité du trafic routier augmente sensiblement la morbidité attribuable à la pollution atmosphérique

A l’aide de méthodes innovantes, Aphekom a montré qu’habiter à proximité du trafic routier est un facteur majorant dans le développement de pathologies chroniques.

Il a été estimé notamment que, dans 10 villes européennes, le fait d’habiter à proximité du trafic routier pourrait être responsable d’environ 15 % des asthmes de l’enfant. On pourrait retrouver des proportions similaires ou plus élevées de pathologies chroniques respiratoires et cardio-vasculaires fréquentes chez les adultes de 65 ans et plus habitant à proximité du trafic.
Au total, pour ces villes, le coût associé à ces impacts s’élèverait à environ 300 millions d’euros chaque année.

Impacts passés et futurs des législations européennes

D’après les résultats d’Aphekom, il apparaît que la législation européenne visant à réduire les niveaux de soufre dans les carburants s’est traduite par une diminution marquée et pérenne des niveaux de dioxyde de soufre (SO2) dans l’air ambiant. Cette mesure a permis de prévenir près de 2 200 décès prématurés, dont le coût est estimé à 192 millions d’euros dans les 20 villes étudiées.

L’ensemble de ces résultats souligne que la promulgation et la mise en oeuvre de réglementations efficaces dans le domaine de la pollution atmosphérique se concrétisent par des bénéfices sanitaires et monétaires importants. Ils montrent du même coup l’intérêt qu’il y aurait à réguler les niveaux de pollution atmosphérique à proximité du trafic routier.

Ces résultats sont particulièrement pertinents alors que depuis 2005 différents pays de l’Union européenne dépassent les valeurs limites réglementaires pour les niveaux de particules dans l’air ambiant. De plus, la mise en oeuvre des réglementations actuelles est à l’ordre du jour aux niveaux européen et national, et l’Union européenne prépare pour 2013 une révision de la réglementation actuelle.

Informer pour agir : l’objectif ultime du projet Aphekom

Le projet Aphekom (Improving Knowledge and Communication for Decision Making on Air Pollution and Health in Europe) met ses résultats et ses outils à disposition des décideurs pour les aider à formuler des politiques locales, nationales et européennes plus efficaces. Il apporte des éléments aux professionnels de santé pour mieux conseiller les personnes vulnérables, ainsi qu’à l’ensemble des citoyens afin qu’ils puissent mieux protéger leur santé.

Source: http://www.invs.sante.fr/display/?doc=presse/2011/communiques/cp_aphekom_010311/index.html

Télécharger l’étude complète (en anglais): http://loire1.ecritel.net/

* Le projet Aphekom s’est déroulé de juillet 2008 à mars 2011. Il a été co-financé par le programme européen d’action communautaire dans le domaine de la santé publique (2003-2008) (Convention de subvention No. 2007105) et par les nombreux organismes locaux et nationaux qui ont dédié des ressources à l’accomplissement du projet. La surveillance en santé environnementale reste au coeur des préoccupations de l’Institut de veille sanitaire depuis sa création il y a 13 ans.

Professeur Pignon

A propos de Professeur Pignon

Docteur en cyclopédie, spécialiste des maladies automobiles

2 commentaires sur “Aphekom: une étude européenne qui montre que la pollution automobile tue

  1. Pim

    @ L’écolomobile : « défrayé la chronique ». Les journaux ont assez peu relayé cette info pourtant cruciale, ou alors entre la rubrique nécrologique et la page des marchés publics. Serieusement, on entend bien plus que mediator a fait quelques centaines de morts en 20 ans (parce que c’est vendeur hein les medocs dangereux). Mais dire que la voiture tue (hors accidents) 19000 personnes par an à cause de la pollution, c’est politiquement incorrect, et ca pourrait nuire aux annonceurs publicitaires des pages de droite des magazines et journaux (« indépendants » bien sur)

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