Bouh le pouvoir syrien, mais touche pas à mon plein ! Ou comme on a peur de totalement changer de monde…

La façon dont on présente les choses laisse transparaître la vérité, bien souvent, si l’on prend le temps de bien regarder de plus près le filigrane… Le pouvoir syrien déplaît fortement par la manière dont il réprime son peuple, et Alain Juppé l’a dit, mais sans plus agir. Les autres nations n’agissent pas plus… Alors, Avaaz, ONG américaine plutôt efficace dans son domaine (les pétitions) demande à ce que l’Union Européenne agisse.Voici la pétition.  En elle-même, elle demande du mieux. Elle demande que ce mieux soit même atteint à l’aide d’un boycott choisi à l’échelle diplomatique. Ci-dessous, le texte signé par chaque pétitionnaire :

Aux chefs d’Etat de l’Allemagne, de la France et de l’Italie:

Nous vous demandons instamment de prendre l’initiative des sanctions de l’Union Européenne contre les exportations de pétrole syrien. Sans grandes conséquences pour l’approvisionnement pétrolier de l’Europe, de telles mesures devraient tarir le financement dont bénéficient les forces de sécurité syriennes qui tuent et torturent le peuple syrien.

Je suis personnellement d’accord pour dire que le pétrole est peu de choses par rapport à la liberté d’un peuple, en l’occurence les Syriens. Mais ce n’est pas exactement ce que dit le texte signé par chaque pétitionnaire. Puisque c’est « sans grandes conséquences pour l’approvisionnement », alors nous pouvons nous permettre de faire la morale et, même plus, de punir économiquement en boudant une matière première. En gros, l’Arabie Saoudite, non, on ne lui dira rien tant l’approvisionnement est stratégique… Ah oui, mais mince, suis-je bête, c’est déjà cela qui se passe !

Que veut dire tout cela ? Les chefs d’État et les peuples, exception faite des peuples révolutionnaires, sont incapables d’imaginer le changement, la révolution, le bouleversement. Seb Musset écrivait déjà un billet intitulé Touche pas à mon plein, au début de l’été. On peut demander aux autres de se calmer tant que ça ne change rien chez nous. Si une prise de position s’avérait trop courageuse, elle pourrait par définition avoir des conséquences s’apparentant à un bouleversement des faits, de l’économie, des idées, ou des relations diplomatiques. Comme on a peur de changer, alors fonçons… droit dans le mur !

La peur de changer, nous l’avons en ce moment, nous les maîtres du monde ancien et moderne (d’Alexandre le Grand à la guerre d’Irak, l’Europe et l’Amérique du Nord – d’abord l’Europe en tête avant que l’Amérique du Nord ne prenne le relais entre les deux grands conflits mondiaux – se sont vues en maîtres du monde… La Chine a pourtant aussi une histoire longue et impériale ; aujourd’hui, la Chine qui a viré rouge n’a plus du tout cette peur). La Chine, elle, commence à dire « qu’elle avait bien raison de brimer les libertés, de s’inquiéter de l’hyperpuissance monétaire du dollar américain, etc. Bref, la Chine, elle, veut que ça change. Mais pas que le monde change véritablement du tout au tout… Juste les équilibres dans la balance ! Elle en haut, les États-Unis un peu moins en haut. Il n’y a donc que les Syriens pour croire au changement.

Le Syrien n’aura droit à notre compassion que si l’approvisionnement de l’Europe en pétrole par son pays n’a que peu d’influence sur notre approvisionnement d’ensemble. Au premier pépin en Arabie Saoudite, le Saoudien ne pourra pas exiger de nous la même bonté ! Faut pas déconner quand même, je veux aller faire mes courses dans un hypermarché, ça fait partie de ma liberté de consommateur ; et pour cela, j’ai besoin de plein de pétrole à gâcher, donc pas de compassion avec tous les peuples !

Et après, on entend souvent que les écologistes sont des gens qui ont peur, qui donnent cette peur, etc (Luc Ferry a d’ailleurs fustigé ce vice des écologistes). Ceux qui font le maximum pour se passer de transports gaspilleurs au possible, ne sont-ils pas les plus à l’abri d’un piège pétrolier, piège qui consiste à ne vivre son éthique qu’en fonction du cours du baril ? Encore une fois, l’automobiliste a une petite éthique, car il a une grosse dépendance à une matière première…

Pour rappel, les phrases de George Bush père : « The American Way of Life is Not Negotiable » et « We are addicted to oil ». Continuons, saoulons-nous de pétrole…

A propos de Legeographe

Rédacteur du site Carfree France. En recherche d'un monde à construire autrement que dans un air climatisé.

7 commentaires sur “Bouh le pouvoir syrien, mais touche pas à mon plein ! Ou comme on a peur de totalement changer de monde…

  1. psychelau

    auoyen et proche orient, que l on decide d intervenir ici, ou de ne pas intervenir la, les raisons sont toujours les trois memes:
    petrole, petrole, et petrole!!!

  2. Legeographe Auteur

    Psycheleau, c’est le remake du générique de Dallas à peine modifié, avec la devise : « Dallas glorifie la loi du pétrole » au lieu de « Dallas glorifie la loi du plus fort ».
    Pour ceux qui voudraient se faire du mal :
    http://www.youtube.com/watch?v=27SBbGOxoRg
    (Ce générique a été choisi comme hymne de « Sauvons les Riches », farce ironique, et ils servent ce générique à leurs proies, dont Jean Sarkozy).

    Comme je ne m’arrête pas lorsque je suis si près du but, je vous livre une des plus polysémiques contrepèteries que je connaisse :
    « À la Défense, on sent l’effet du piston ».
    3 versions de destination au moins…

  3. Nico

    En effet, à la première lecture du texte de la pétition, tout paraît de bonne augure, mais l’hypocrisie qui y est cachée n’est pas des moindres! 🙂 Le pétrole est une drogue dure de nos sociétés.
    Pour ma part, j’ai laissé tomber la voiture et la viande (les 2 ogres pétro-voraces de notre civilisation), pour des raisons écologiques, et parce que j’y ai compris mon propre intérêt. Mais malgré tout je tiens une souris en pétrole et je tape sur un clavier en pétrole la moitié de ma journée.
    Peut être qu’un jour, je comprendrai les avantages à s’en passer?

  4. Jean-Marc

    @ Nico

    la façon la pire d’utiliser le pétrôle, c est de le brûler (combustion) pour déplacer 1 tonne de matière inerte pour 100kg de charge utile.

    Hors pb de biodegrabilité (plastique à base de pétrole non biodegradable),
    la façon la mieux d’utiliser le pétrole, c est en tant que constituant ou ingrédient d’un objet
    (cas de 1000 gobelets en plastique, pas plus polluants qu’un mug lavé 1000 fois à l’eau froide, sans produit vaisselle, du fait de sa fabrication; ou d’un produit en bois+vernis+lazure, ou pire, en métal (necessite extraction+purification+bcp bcp bcp d’énergie pour la fusion), plus polluants que le même produit en plastique)

    Donc pas de pb pour ton clavier.
    Pas sûr qu’un clavier en coque bambou soit moins polluant.
    Mais là, la solution existe aussi :
    clavier et souris d occase.
    (et pour l ordi, utiliser/récupérer un vieil ordi, en lui donnant une seconde jeunesse grâce à linux, et en ne changeant pas tous les 3 ans)

  5. Nico

    @jean-Marc
    d’accord avec toi que la pire utilisation du pétrole est sa combustion.
    Mon post avait surtout pour but d’expliquer que nous sommes tous des pétro-dépendants. En Europe, je ne vois pas un seul secteur d’activité qui peut travailler sans pétrole!…
    Pour le clavier et souris, il a quand même fallu brûler du pétrole pour:
    1/ extraire le pétrole nécessaire à leur fabrication
    2/ faire tourner les industries qui les ont fabriqués
    3/ assurer leur transport sur des milliers de km.
    Si tout le monde se met à l’informatique comme toi et moi, crois tu que la terre peut avoir les ressources suffisantes pour l’empreinte écologique de 10 milliards de PC?
    Pour ma part, je suis écolo, sans être favorable à un retour à l’âge de pierre :), mais en même temps, je ne vois pas comment nous allons faire pour traverser ce siècle sans percuter de plein fouet les limites de notre petite planète

  6. Legeographe Auteur

    Sans être non plus favorable au retour à l’âge de pierre, les Africains ne fabriquent pas tous des mugs en plastique, mais ils fabriquent des bols en terre cuite qui durent un certain temps si l’on prend soin des objets…
    Et il y a moins de bisphénol A là-dedans que dans le gobelet en plastique…

  7. Joshuadu34Joshuadu34

    Malheureusement, le remplacement du pétrole dans une éco-croissance (!) se fait toujours de façon à ce que les conséquences écologiques soient pire que le problème initial. Les agro-carburants nécessitent une surface de culture monstrueuse mettant bien souvent l’auto-suffisance alimentaire d’un pays en question… D’où une dépense énergétique monstrueuse (transport de ces matières « éco-responsables », pour reprendre le terme commercial à la mode, plus dépensières énergétiquement que le pétrole, surfaces cultivées arrachées aux petits cultivateurs, voire, pour le cas du Brésil, à un des poumon de la terre, cultures gourmandes en énergie et en eau,…). Lors d’une visite chez un ami, j’ai pu appercevoir un « programme à but non commercial sponsorisé » (!), dans lequel une entreprise était encensée parce qu’elle produisait un plastique d’origine végétal dont la matière première venait du Brésil… « L’engagement écologique » de cette entreprise était mis en avant, sans, bien entendu, aucun mot sur la déforestation, sur le transport des matières premières, sur le coût alimentaire de ce changement de culture tendant vers une mono-culture non utilisable alimentairement parlant, etc…

    La dépendance au pétrole dans notre société est évidente, puisque notre société est aussi et surtout basée sur une surconsommation ridicule ! Les doubles (voir triple) emballages, les objets de consommation censés durer calculés pour un cycle de vie court (faut renouveller), la mode et autres besoins artificiels sont les pierres d’achoppement de cette société de surconsommation menant à une débauche d’énergie hallucinante ! Rien ne me navre autant que de voir, sur un appareil électroménager, la pastille écolo en sachant que sa durée de vie est, artificiellement, réduite, ou encore de voir sur un étal des produits frais « bio » suremballés et provenant, hors saison, de l’autre bout du monde… Je pense qu’il est tout à fait possible de vivre sans surconsommer, mais cela passe par une lutte contre cette volonté de nous faire surconsommer et par une nécessaire décroissance, qui, loin de signifier une baisse de notre niveau de vie, serait surtout basée sur l’abandon de cette surconsommation ! La culture voituresque en fait partie, d’ailleurs (je développe un peu ça dans mon dernier article)…

    Par contre, je suis quand même surpris de voir que nous nous portons, à nous même, l’argument ridicule du retour à l’âge de pierre, alors que nous avons su, de nombreuses fois sur Carfree, démonter cet argumentaire là ! Laissons le donc aux cons-ommateurs actifs avides des derniers gadgets à la mode !

    Dernier petit hors sujet, nous pourrions, dans la même veine que cet article, parler de l’extraction des produits nécessaires à cette surconsommation et de leurs conséquences, tout aussi néfastes, sur les pays exploités (l’uranium au Niger, le silicium et le diamant au Rwanda, etc…).

    Quoi que, c’est pas si hors sujet que ça…

    La violence présente dans les VRAIS pays producteurs, dans leur quasi totalité, à l’origine des matières premières nécessaire à la surconsommation occidentale est aussi nécessaire et parait fortement liée à notre société… Sur une autre échelle que celle pratiquée chez nous, ou on sépare artificiellement en multiples « classes » la population en lui désignant la « classe inférieure » comme responsable des maux du capitalisme en est la preuve ! Mais l’important, là bas, c’est que la violence prenne le pas, de façon irrefléchie, sur la réflexion. On a ainsi un gouvernement souvent clanique mis en place et maintenu par l’occident, et des populations divisées par la misère à qui on explique que le responsable de cette misère, c’est l’autre camps, l’autre éthnie. Pendant que les éthnies se massacrent (avec, parfois, l’aide de l’occident, comme pour le cas du Rwanda, par exemple), les affaires se font sans problèmes réels pour l’occident. Mais quand la révolte, comme c’est le cas en Syrie, prend une tournure plus politisée, avec, souvent, des revendications nationalisantes pour les matières premières, le danger pour l’occident est réel et directement lié à ses bénéfices ! D’où, pour la Syrie, ce soutien de façade à la révolte, alors que cette révolte se fait écraser militairement par le pouvoir mis en place par les anglais et surtout par la France de De Gaule (aidée, financièrement, comme souvent à l’époque pour contrer les révolutions socialistes nombreuses dans la région, par les USA), pouvoir encensé par Kissinger (qui voit en El-Hassad « le formidable et féroce négociateur », cet homme qui a continuellement jeté de l’huile sur le feu de la guerre du Liban) et par Chirac (qui va faire de lui un « ami et allié moyen oriental de la France » face au terrorisme alors que El Hassad soutien ouvertement les factions terroristes des pays voisins), qui a permis le renversement, en 70, d’un gouvernement socialiste…

    Les occidentaux savent que la répression sera violente, au moins aussi violente (si ce n’est plus) que celle pratiquée par Khadafi, mais savent aussi que si le fils prodige tombe (la Syrie est politiquement une bouffonerie qualifiée, sans rire, de « démocratie héréditaire » !!!!), la nationalisation suivra. Nul doute, par contre, que si le pouvoir d’El Hassad est réellement en danger, alors l’occident interviendra, mais pour tenter de gommer l’aspect nationalisateur et soutenir une « démocratie » de façade en remplacement de celle au pouvoir, et des leaders permettant de continuer les affaires…

Les commentaires sont clos.