Réponses argumentées aux automobilistes

Il n’est pas rare de débattre avec des usagers motorisés de la route. Bien souvent leurs arguments montrent leur méconnaissance du code de la route et du vélo urbain. Ce recueil a pour objectif d’aider les cyclistes et automobilistes à ne pas s’approcher trop vite du point Godwin « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1 ».  Sachez que vous pouvez rapidement atteindre le point Godwin de façon argumentée. En effet, les pistes cyclables ont été inventées et développées par le IIIème Reich (bref, les nazis) pour permettre de fluidifier les déplacements militaires… (Plus d’info ici).

Le partage de la route

Les cyclistes ne sont pas respectueux; ils roulent au milieu de la route !

En effet et ils ont bien raison. D’après le code de la route, le cycliste, en milieu urbain, a droit à toute la largeur de sa voie de circulation. Cela s’explique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, rouler au milieu de sa voie permet aux cyclistes d’anticiper un aléa venant de la droite: ouverture d’une portière de voiture, piéton qui traverse la route, etc. Cela permet aussi d’anticiper un aléa venant de la gauche: un véhicule qui le double en le rasant, un appel d’air provoqué par le dépassement d’un camion ou d’un bus, etc. Enfin, rouler au milieu, c’est aussi limiter l’envie de certains automobilistes de doubler le cycliste sans respecter le code de la route: 1m de distance minimum entre les deux véhicules (1m50 hors agglomération)… tout cela pour être le 1er au feu rouge.

C’est un peu comme les escalators: on ne se met pas en plein milieu en pensant qu’à sa petite personne, on se met tranquillement sur le côté pour que les gens puissent aussi tranquillement vaquer à leurs occupations en passant à côté sans nous bousculer.

Les comparaisons sont souvent fumantes. La meilleur réponse à apporter c’est de mettre en évidence l’incohérence de la comparaison par la masse et la vitesse des divers intervenants. Une tonne de ferraille qui double deux ou trois fois plus vite un véhicule en équilibre (vélo) de 90kg n’a rien à voir avec deux personnes de même masse, à vitesse -et différence de vitesse- très faible, qui se doublent…

Les aménagements cyclables

Concernant les pistes cyclables, si elles existent, il me semble tout de même logique que le cycliste essaie de l’occuper (sinon il ne servait à rien d’en faire une).

C’est bien là tout le problème… La question des aménagements cyclables est extrêmement compliquée. Déjà, il y a une multitude d’aménagements différents: la piste cyclable, la voie cyclable, le sas à vélo, le tourne à droite au feu rouge autorisé pour les cyclistes, les contres sens cyclables, etc. A cela s’ajoute une multitude de pratiques du vélo: le vélo-utilitaire, le vélo-taffeur, le vélo loisir, le vélo urbain, le vélo sportif, le vélo famille, etc. Chaque pratique du vélo aura un point de vue différent sur un aménagement.

Du point de vue de l’utilisation du vélo comme outil de transport performant et efficace en ville, on peut dire que 80% des pistes cyclables sont extrêmement dangereuses. Elles le sont car totalement inadaptées pour une telle utilisation. Les problèmes sont nombreux: difficulté pour s’insérer/quitter une piste cyclable, perte de priorité à chaque carrefour (priorité à droite pour les cyclistes mais pas pour la route qu’elle longe), présence d’une multitude d’obstacles allant du piéton au poteau « anti-voiture » en passant par des virages ou chicanes, pas de réseaux cyclables, etc. Bref, utiliser une piste cyclable, c’est mettre 5 fois plus de temps que le réseau routier. C’est aussi plus d’effort physique: sur une piste cyclable, il faut toujours ralentir et relancer (comme pour toute dépense énergétique, la consommation la plus faible est à vitesse constante). Néanmoins pour le vélo -balade-, en famille -avec enfant, elles sont très bien.

Le cycliste

Sinon, les cyclistes devraient être encore plus irréprochables dans le sens où ils sont encore plus vulnérables.

Si on inverse le raisonnement, en voiture, nous sommes moins vulnérable donc on fait moins attention. C’est une logique que je ne partage pas mais qui semble être la norme. En effet, selon les chiffres de la sécurité routière, 90% des accidents entre une voiture et un cycliste impliquent une faute de l’automobiliste. Mais c’est aussi vrai que si il n’y avait pas de cycliste, il n’y aurait pas d’accident impliquant des cyclistes.

Des cons il y en a partout, y compris chez les cyclistes et je ne vois pas en quoi le cycliste devrait être plus irréprochable que les autres.

Les cyclistes ne respectent pas le code de la route: feu grillé, etc..

Le code de la route est fait par et pour les automobilistes. Il est inadapté voir dangereux à une pratique vélocipédique. C’est tout à fait normal qu’un cycliste l’adapte au cas par cas pour sa propre sécurité. Si un cycliste grille un feu, ce n’est pas qu’il est suicidaire. C’est que cela lui permet d’anticiper le flux de véhicules et de traverser le carrefour en toute sécurité. Contrairement à un automobiliste (de part son habitacle), un cycliste a la même capacité visuelle qu’un piéton. Il ne viendrait à personne l’idée de mettre en place des feux tricolores réservés aux piétons dans les zones piétonnes…

La victimisation des automobilistes

A quand les « camps de rééducation pour cons » et l’intellocratie ? Oui, je suis un criminel qui mérite la torture car je conduis une voiture ! Que j’aille en enfer ! Blasphème !

C’est un grand classique. Ils n’ont pas fondamentalement tort. La voiture thermique ou électrique engendre de graves problèmes: étalement urbain, délocalisation, bétonnage, pollutions cancérigènes et allergènes, réchauffement climatique, nucléaire, guerre du pétrole et des ressources, etc…

L’automobiliste cherchant toujours à mettre en place un clivage, une « lutte des modes de déplacement », il faut lui rappeler que l’énorme majorité des cyclistes urbains sont aussi des automobilistes et possèdent une voiture.

Vous êtes bien gentils les Khmers-verts mais moi j’habite à 20km de mon travail. J’ai besoin de ma voiture !

Ce n’est pas à nous cyclistes d’apporter une solution à son problème. Nous ne pouvons que l’informer. A lui de faire ses propres choix. Selon l’Automobile Club de France (Pro-voiture et Anti-vélo) pour celui qui conduit une Peugeot 308 diesel, le budget annuel s’élève à 7.346 euros (en 2009… nettement supérieur en 2011 avec la hausse du pétrole). Ce coût, c’est 7 mois de salaire au SMIC.

Pour résoudre ses problèmes, nous ne pouvons que lui soumettre l’idée de militer pour repenser l’aménagement du territoire: la mobilité douce, le télétravail et surtout exploser cette bulle spéculative sur l’immobilier (aussi bien à la location qu’à l’achat).

Quoi d’autres ?

Nous vous invitons à nous transmettre vos idées, vos remarques, vos commentaires afin d’enrichir ce document à la suite de cette page : http://ablogm.com/velorution14/reponses-argumentees-aux-automobilistes/

Vélorution

A propos de Vélorution

La Vélorution (mot-valise mêlant vélo et révolution) est un mouvement dont l'un des buts est de promouvoir l'utilisation des moyens de transports personnels non polluants (bicyclette, patin à roulettes, planche à roulettes).

14 commentaires sur “Réponses argumentées aux automobilistes

  1. Le cycliste intraitable

    Les cyclistes ne respectent pas le code de la route ? Et les caisseux ? Ils le respectent encore moins, et c’est beaucoup plus gênant et dangereux que quand un cycliste grille un feu rouge ou remonte un sens interdit. À rappeler aux motoristes qui n’ont pas compris qu’on ne se gare pas sur un aménagement cyclable.

  2. cycliste alcoolique

    20 km! C’est entre 40 mins et 60 minutes à vélo.
    C’est 40 minutes de bonheur gratuit, de reconnection avec notre monde réel, d’oubli, de déstressage, de décrassage.
    c’est 40 minutes d’enfance sur les routes, dans les rues, ruelles, parc, bois.
    Sinon, pour 7843 Euros/an, vous pouvez vous faire chier et gâcher la fête en Peugeot 308 diésel.

  3. Tom34

    Voici une formule qui retarde l’engueulade : « J’ai eu très peur quand vous m’avez doublé au rond-point… ».
    Ainsi, l’automobiliste se place mentalement de mon côté, et ne se sent pas trop accusé.

    Toujours finir par un mot gentil du genre « Bonne journée ». Ne pas essayer d’avoir raison ou d’avoir le dernier mot. (et oui, il n’est pas prudent de se facher avec quelqu’un conduisant un véhicule aussi puissant).

    A+
    TOM.

  4. JiBOM

    Vous êtes bien gentils les Khmers-verts mais moi j’habite à 20km de mon travail. J’ai besoin de ma voiture !

    Pour résoudre ses problèmes, nous ne pouvons que lui soumettre l’idée de militer pour repenser l’aménagement du territoire

    Il est déplorable de constater que le bagnolard moyen estime que ce n’est pas à lui de régler ce problème ; il n’a pas le temps et ce n’est pas son rôle. Un peu plus et il serait prêt à nous expliquer que ce n’est pas de sa faute s’il habite dans un pavillon loin de toute commodité ! Et encore, ça c’est quand il ne se contrefout pas du sujet dont il est pourtant un protagoniste de premier plan !

    C’est du vécu, oui, oui…

  5. Michelle 13Michelle

    On n’a trop laissé faire pour les constructions on n’a pas chercher a reconstruire des villages mais des grands route avec des maisons tout le long

  6. Techer

    On parle des automobilistes, même certains piétons sont de très mauvaise foi. Apparemment même les aménagements cyclables sur les trottoirs les déranges. C’est une question de partage je pense.
    – « Quoi, tu veux un bout de la route pour circuler? »,
    – « Non, c’est juste pour 5 minutes! »,
    – « Non mais! Le temps que je passe dans les embouteillages pour avoir une place avec ma superbe boite de ferraille. »
    – « Ouai, mais juste…. »
    – « Non, non, je passe devant toi » , (Vruuum, Vruumm) « T’entend comment elle ronfle ma bagnole? »

  7. LEGEOGRAPHE

    Magnifique ! Merci.

    Cependant, quelques nuances…

    « comme pour toute dépense énergétique, la consommation la plus faible est à vitesse constante ».
    —> En fait, c’est à régime moteur constant qu’une dépense énergétique est constante. Or, le coeur a aussi cette logique ; si notre pédalage est suffisamment nourri par l’oxygénation de la respiration (traduisez : si vous ne vous mettez pas dans le rouge en appuyant comme un bourrin sur les pédales, faisant un effort anaérobie lactique), alors le nombre de tours de pédalier équivaut au régime moteur de la voiture. Et donc, c’est les pulsations de votre coeur qu’il faut garder constantes… Donc, dans les côtes, rien ne sert de se défoncer cent fois plus que sur le plat (oui, il est vrai, dans les côtes, avec une vitesse moindre, il y a moins de frottements dans l’air). Restez zen, le vélo, c’est ça… En fait, pour comprendre ça, il faudrait que l’on ait des régulateurs de régime moteur et pas des régulateurs de vitesse sur nos voitures. La voiture consommerait beaucoup moins… mais on pourrait pas rouler en permanence à 130 km/h dans cette logique de consommation constante.

    « un cycliste a la même capacité visuelle qu’un piéton »
    —> En fait, dès qu’on prend de la vitesse, notre angle de vision parfaite se rétrécit. Quand on va à 130 km/h, ne comptez pas sur votre rétine pour vous transmettre clairement toutes les infos provenant de la droite ou de la gauche… Plus on va vite, plus les périphéries de notre champ de vision sont floues. On voit le centre, mais ce centre précisément vu dans les détails se rétrécit au fur et à mesure que l’on accélère. À vélo, on va plus vite qu’à pied, on voit beaucoup moins bien qu’à pied.
    J’ai un lien marrant pour cette dernière remarque :
    http://tpesuperheros.e-monsite.com/pages/flash/ii-vitesse-et-champ-de-vision.html

  8. apanivore

    Pour le pauvre habitant à 20km de son lieu de travail, il est en partie responsable de son sort évidemment. Mais l’aménagement du territoire est en cause par l’étalement qu’il permet, et le rêve toujours véhiculé par notre gouvernement de la propriété d’une maison individuelle pour tous. Enfin c’est pareil dans quasiment tous les pays occidentaux.
    Même sans croissance de population, les villes s’étalent.
    Je trouve les illustrations de cet article frappantes :
    http://www.urbanophile.com/2012/01/04/this-is-sprawl-pittsburgh-edition/

    Je n’aime pas les réponses chiffrées comme celle de cycliste-alcoolique. 20km c’est 40min à 60min à vélo. Euh, malgré ma pratique plutôt intensive du vélo urbain, 20km je prévois plus d’une heure. C’est marrant que même sur une fourchette aussi large, je me situe en dehors. C’est bien la preuve que les chiffres sont personnels. Autant le vélo est un moyen de transport très fiable au niveau du temps de trajet (pour une distance donnée je vais mettre toujours le même temps à un chouya près), autant ce temps de trajet varie énormément d’un individu à l’autre.

    Idem pour le coût des différents transports, selon le véhicule ce n’est pas comparable. Un vélo peut très bien ne presque rien couter si acheté dans une bourse et entretenu soit-même. Et on peut s’acheter une monture à 1000€ tous les 2 ans.

    Essayer de faire rentrer les gens dans des « profils » de consomateurs, laissons ça aux marketeux ou à l’INSEE.

  9. cycliste alcoolique

    Apanivore:
    Bon alors ce n’est que du bonheur peu importe le temps.
    C’est juste la reponse que je donne aux personnes qui me disent mais moi je vie a 10, 20 ou 30 km de mon lieu de travail. Comme si le velo ne pouvait que nous deplacer sur moins de 2 km. On peut aussi tres facilement combiner velo+train.
    Pour en revenir sur le pauvre habitant qui selon toi est en partie responsable de son sort… ce ‘est pas toujours le cas. On ne choisi pas toujours notre lieu de travail. Il change aussi avec le temps. Je vis en ville pour ne pas avoir de voiture, mais les deux sites sur lesquels j’interviens se situent en pleine brousse a 15 et 30 km de chez moi.
    Le velo est un moyen efficace pour m’y rendre.

  10. Anartoka

    « un cycliste a la même capacité visuelle qu’un piéton »

    C’est bien entendu, dans le cas d’une intersection où la vitesse peut-être quasi-nul.

  11. Vexity

    Je confirme: le trajet quotidien de 20 km ça se fait, et avec plaisir. Et en moins de 60 min avec un peu d’habitude (c’est-à-dire au bout de quelques semaines.)
    En milieu urbain, aux heures de pointes, c’est finalement une bonne moyenne tous modes de transport confondus.

  12. grasshoper

    Pour ce qui relève de Bruxelles, l’illusion du bonheur loin de la ville et le standing de la maison quatre façades ont poussé bon nombre de personnes à quitter la ville (spéculation et prix du terrain rentrant aussi dans la balance). Sans compter que la population bruxelloise dans certaine commune présente des caractéristiques « allochtones » souvent liée à la paupérisation, les classes moyennes « fuient » hors de la ville. Ceci combiné avec le système des véhicules de sociétés avec carte essence (plaie typiquement belge), pousse bon nombre de travailleurs à quitter la ville pour aller vivre en banlieue. Mais à y conserver son emploi et donc à y revenir quotidiennement en voiture pour aller travailler. Ceci n’étant bien évidemment pas le seul facteur, mais en représente un important puisque j’ai vu tous mes amis d’enfance quitter Bruxelles pour l’extérieur (mais continuer à y travailler). Et tous ces braves gens de dire « on ne peut pas vivre sans voiture » (refrain connu) sans remarquer qu’ils se sont mis eux-mêmes dans cette situation.

  13. Starometska

    Comme condensé du bêtisier de l’automodébiliste, je n’aurais pas fait mieux ! (rires)

    Comme par exemple : « Les cyclistes ne sont pas respectueux; ils roulent au milieu de la route ! »

    À cela je répondrais qu’un automobiliste prend la place que tu lui donnes sur la route. Si tu te fais tout petit sur la route, si t’as pas un minimum de présence visuelle et auditive, tu passeras inaperçu et on t’écrasera comme un insecte. Si tu serres trop à droite tu risques non seulement de te manger une portière mais tu risques aussi de te faire broyer les jambes en te faisant prendre en sandwich entre la voiture qui dépasse et la voiture stationnée, ou encore tu peux te faire envoyer dans le décor. Il ne faut pas leur laisser d’occasion.

    Au milieu de la voie, un cycliste est parfaitement visible, et si quelqu’un s’avise à lui foncer dedans, ça résultera d’un acte délibéré et volontairement criminel. Au pire vous aurez des appels de phares, des coups de klaxon répétés, des queues de poisson, rien qui puisse impressionner un cycliste expérimenté.

  14. Sayomaya

    Merci pour cet article

    Roulez en vélo, vivez heureux !!!!
    Roulez en voiture, faites vous chi…

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