L’industrie automobile a trouvé le moyen d’achever ses clients

Le journal Le Monde se demande ingénument si un gaz tueur ne va pas s’introduire dans la climatisation des voitures à partir de cette année. C’est en effet la question soulevée vivement, mardi matin, par la député EELV Michèle Rivasi, sur France Info. Ce gaz frigorigène, dit « HFO-1234yf », homologué en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, pourrait remplacer le produit dominant actuel (« R134a ») et permettre de limiter de 98 % l’impact de la « clim » automobile sur le climat. Cependant, lors d’un accident qui la soumettrait à une forte chaleur et la mettrait en contact avec de l’eau, cette substance pourrait générer un acide mortel pour l’homme, affirme Mme Rivasi, à la suite d’une association écologique allemande.

La directive européenne 2006/40/CE visait à changer les systèmes de climatisation utilisés pour les voitures ou véhicules légers (systèmes de climatisation mobiles dits « MAC » ou « Mobile Air Conditioning »), dans le but de réduire l’impact néfaste (pour le climat) des gaz utilisés pour ces systèmes. Dorénavant les gaz employés devront avoir un potentiel de réchauffement planétaire inférieur à 150.

L’industrie a donc du développer un nouveau système pour remplacer le gaz utilisé jusque-là (HFC-134a).

La société HoneyWell a ainsi développé le fluide frigorigène HFO-1234yf qui devrait être utilisé pour remplacer les systèmes de climatisation à l’échelle du globe. Ce gaz a par ailleurs été approuvé par SAE International (Société des ingénieurs de l’automobile), et devrait donc être prochainement installé dans toutes les climatisations automobiles.

Pourtant, ce gaz inflammable et toxique pourrait mettre en danger la vie des conducteurs en cas de collision frontale entre véhicules, ou même blesser des pompiers qui tenteraient d’éteindre un incendie de voiture. En effet, la température d’auto-inflammation du HFO-1234yf est assez basse (405°C) et l’inflammation de ce gaz produit du fluorure d’hydrogène, qui se transforme en acide fluorhydrique – extrêmement toxique et corrosif – au contact de l’eau.

« On va remplacer un gaz toxique pour la planète parce qu’il émet beaucoup de CO2 par un autre produit qui est inflammable et très toxique en cas d’incendie au contact de l’eau. En cas d’accident, les conséquences seront dramatiques, à la fois pour le conducteur et pour les pompiers« , prévient la députée, qui se base sur une étude publiée par une organisation écologiste allemande, en précisant que le choix de ce produit répond à un impératif de coût pour les constructeurs.

Car il apparaît que le choix de ce produit provient d’une pure logique économique: ce nouveau fluide toxique peut être introduit dans les systèmes de climatisation actuels sans grand problème d’adaptation de montage. Les industriels économisent ainsi de considérables sommes d’argent grâce à la compatibilité des systèmes.

Le problème, c’est que des tests réalisés sur le fluide frigorigène 1234yf révèlent d’énormes risques pour les passagers de la voiture et les secouristes en cas d’incendie.

Selon France info, ce gaz réfrigérant s’enflamme à partir de 405 degrés. Or, dans un incendie automobile, la température peut monter, par endroits, à plus de 1 200 degrés. Il génère alors un autre gaz qui, mis en contact avec de l’eau, formera de l’acide fluorhydrique – « de l’eau qui peut provenir du liquide de refroidissement ou du lave-glace, ou, tout simplement, l’eau des pompiers pour éteindre le feu », précise la radio.

Le film sur les résultats des tests est disponible en version allemande, anglaise et française sur le site: http://www.duh.de/film_aircond.html

Intervenants:

* Le Professeur Andreas Kornath, Directeur du Département Chimie de l’Université Ludwig-Maximilians (Munich), nous présentera le résultat des études menées sur le gaz HFO-1234yf.
* Le Professeur Alex Lechleuthner, directeur de l’organisation allemande de protection des pompiers, expliquera les dangers que représente ce gaz pour l’intervention des pompiers lors d’accidents de la route, ou l’incendie de véhicules.

Pour de plus amples informations, écrire à michele.rivasi@europarl.europa.

Nuit Grave

A propos de Nuit Grave

Rédacteur du site Carfree France, spécialisé dans les questions relatives à la destruction de la santé et de l'environnement

8 commentaires sur “L’industrie automobile a trouvé le moyen d’achever ses clients

  1. apanivore

    « Dorénavant les gaz employés devront avoir un potentiel de réchauffement planétaire inférieur à 150. »

    150 quoi ?

    Bon c’est pas grave, va y avoir un accident, des larmes, des retraits de la vente et des grosses pertes pour les constructeurs.

    Ou pas.

    On a dit pareil du GPL à une époque, d’où la quasi absence de véhicules au GPL du parc français alors que dans d’autres pays plus à l’Est ils sont majoritaires. Et les voitures n’explosent pas à tout bout de champ pour autant.
    Par contre nous on aime le diesel.

    De 2 maux on préfère toujours le plus lointain ou le plus insidieux.
    – Peur des voitures qui pourraient exploser dans les accidents > on préfère respirer des micro-particules.
    – Peur d’avoir un réchauffement planétaire et une crise économique et environnementale majeure pendant ce siècle > on préfère miser sur le nucléaire et se farcir des déchets toxiques pendant des millions d’années.
    – Peur de se faire écrabouiller dans l’angle mort d’un bus, on préfère polluer insidieusement dans sa voiture que faire son trajet à vélo.

  2. LEGEOGRAPHE

    Si je peux me permettre ce genre d’humour, il faut que Michèle Rivasi alerte bien tous les consommateurs comme elle veut le faire. Ainsi, comme la pollution semble moins inoffensive pour le pollueur même, il n’y aura bientôt plus aucun acheteur de véhicules avec climatisation… La fin de la climatisation ? Peut-être que c’est pas mal vu, chers constructeurs automobiles !

  3. Florent

    @Apanivore:
    PRG Potentiel de Réchauffement Global
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Potentiel_de_r%C3%A9chauffement_global
    C’est une notion très bien définie et documentée. Voir le lien pour une définition.
    Après, ce que les journalistes en font…
    @L’auteur:
    Attention, cette article n’est pas un article du journal Le Monde comme vous le laissez entendre mais celui d’un blog affilié au site LeMonde.fr
    C’est pas tout à fait pareil… Il est vrai que le flux RSS des news du Monde laisse souvent planer le doute…
    Je retiens surtout que dans cette histoire, tout le monde dit un peu n’importe quoi, la député en premier (je cite: « On va remplacer un gaz toxique pour la planète parce qu’il émet beaucoup de CO2 par un autre produit ». Aucun gaz réfrigerant n’émet de CO2… éventuellement c’est un gaz à effet de serre – en quoi il a un effet analogue au CO2 – mais jamais il n’émet de CO2…), les journalistes qui relaient cette information sans se poser la moindre question… (quelle quantité de gaz réfrigérant se trouve dans une voiture par exemple ?)
    On aime bien le sensationnel aussi… Franchement, dans un feu de voiture, ce ne sont pas quelques grammes d’un acide même corrosif qui vont changer la donne ! Sinon, pourquoi met-on des batteries au plomb dans les voitures (le plomb: berk… mais surtout l’acide chlorhydrique qu’elles contiennent… en bien plus grande quantité que le gaz réfrigérant d’une clim… et tout aussi dangereux, toxique et corrosif !)…
    Après, une voiture, c’est naze, je suis le premier à le dire… mais essayons d’avoir des arguments sérieux pour convaincre (et ce site en regorge)

  4. Florent

    Toutes mes excuses:
    J’ai pensé sulfurique et écrit chlorhydrique…
    Les batteries qui équipent pratiquement tous les véhicules contiennent bien évidement de l’acide sulfurique (ce qui n’enlève rien à sa dangerosité, bien au contraire)

  5. Gari

    Je propose une climatisation pas trop chère : remettre les arbres le long des routes… Parce qu’on ne fait pas mieux que l’ombre d’un arbre, dans le genre !

    Testé et approuvé par votre serviteur, en vélo…

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