La dangerosité des « villes prudentes »

L’association « Prévention Routière » qui est une émanation du lobby automobile vient une nouvelle fois de se ridiculiser avec son label « Ville prudente » qui récompense des villes où l’accidentologie est plus importante que les villes non labellisées! 

A l’occasion de la cérémonie 2021 de remise du label « Ville Prudente » par la Prévention Routière, l’association lyonnaise La Ville à Vélo publie une analyse qui démontre que les villes labellisées sont en moyenne plus dangereuses pour les piétons et les cyclistes que les villes non labellisées. Ainsi, l’association Prévention Routière met en avant des communes dont la politique ne contribue pas à lutter effectivement contre l’insécurité routière.

Récemment, l’association Prévention Routière a annoncé le palmarès 2021 des villes labellisées « Ville Prudente ». Depuis 2018, ce sont 249 communes qui ont affiché le panneau « Ville Prudente » à l’entrée de leur ville ou village. « L’objectif de ce label est de mettre en avant les communes les plus exemplaires en matière de sécurité et de prévention routières » peut-on lire sur le site www.villeprudente.fr. Pourtant, confronté aux chiffres du fichier national des accidents mis en ligne par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), le label « Ville Prudente » ne constitue pas un gage de sécurité pour les usagers de la route et interroge sur les méthodes retenues par la Prévention Routière pour lutter effectivement contre l’insécurité routière.

En effet, quelle que soit l’année, les villes labellisées « Villes prudentes » par la Prévention Routière sont globalement plus dangereuses pour les piétons et les cyclistes. C’est quand même un comble pour un label censé « valoriser les collectivités qui se sont engagées de manière significative dans la lutte contre l’insécurité routière. »

En cause, la méthode d’attribution de ce label et, plus généralement, le mode de fonctionnement d’une association pilotée étroitement par le lobby automobile.

Pour rappel, l’association « Prévention routière » est financée par le lobby automobile au sens large (Fédération française de l’assurance, Automobile Club Association, Fédération nationale des transporteurs routiers, Union Routière de France).

« Le conseil d’administration de l’association définit les règles du mécanisme (…) d’attribution du label » indique le règlement sur le site du label. Ce conseil d’administration réunit des représentants d’entreprises ou de fédérations d’entreprises liées à l’automobile (14 membres), des représentants d’associations d’usagers et de victimes (3 membres), des bénévoles de l’association (3 membres) et des associations de collectivités (2 membres). Siègent par exemple le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA) et le Conseil National des Professions de l’Automobile (CNPA). Bref, que du beau monde et une drôle de conception de la démocratie représentative: 3 membres pour représenter les victimes contre 14 pour représenter les entreprises liées à l’automobile…

Pour se voir récompensées du label « Ville Prudente » les communes doivent renseigner un questionnaire d’évaluation – non public -, s’acquitter des frais de participation (70€), s’engager à adhérer durant les 3 prochaines années à l’association “même en cas de changement d’équipe municipale” (100€ à 1 350€/an) et être auditées par un référent de l’association lors d’une visite sur place ou d’une simple visioconférence afin d’effectuer “un bilan de conformité des réponses apportées”. Donc, si on résume, pour espérer être reconnue « ville prudente, » il faut commencer par raquer et s’engager à adhérer pendant 3 ans (avec de l’argent public) à une association du lobby automobile. Mais bien sûr…

La procédure d’attribution du label « ville prudente » est évidemment opaque et ne comprend aucun état des lieux contradictoire. Manquerait plus qu’on fasse venir des associations de piétons ou de vélos! Selon les déclarations mêmes de la Prévention Routière rapportées par Le Progrès le 20 octobre 2021, la procédure ne prend pas en compte les chiffres de l’accidentologie. C’est sûr, pour décerner un label « ville prudente » autant ne pas parler des sujets qui fâchent, comme les chiffres concernant les accidents de la circulation…

Si on résume, le principal pour être une « ville prudente » et recevoir le joli panneau qu’on pourra mettre à l’entrée de la ville ou du village, c’est de payer les frais d’inscription et les frais d’adhésion à l’association « Prévention routière. » Si les élus de ces « villes prudentes » font ensuite n’importe quoi en matière de sécurité routière et ont de mauvais chiffres en matière d’accidentologie (ce qui est le cas!), ce n’est pas grave!

Arrivé à ce niveau-là, il faut se demander sérieusement à quoi sert l’association « Prévention Routière » ? Car, si on se doutait bien qu’elle ne servait pas à grand chose en matière de sécurité routière, on franchit ici un cap: avec son pseudo label « ville prudente » elle récompense contre de l’argent public des villes qui ont un mauvais bilan en matière de sécurité routière, c’est-à-dire des villes mauvaises du point de vue des valeurs que cette association est censée défendre.

On a déjà vu des dissolutions d’associations pour moins que cela… Que fait le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin?

En tant que piétons et cyclistes, si vous rencontrez ce panneau « ville prudente » en arrivant dans une ville ou un village, vous saurez donc que vous avez statistiquement plus de chance d’avoir un accident que dans une ville qui n’a pas le panneau… C’est peut-être le seul intérêt de ce label, à savoir alerter les gens sur la dangerosité des « villes prudentes… »

4 commentaires sur “La dangerosité des « villes prudentes »

  1. toto

    Hum,
    Je suis d’accord sur le fond, mais la méthodologie de l’étude est peut-être bancale: on compare 35 000 communes d’un côté avec environ 200 de l’autre.

    Je pense qu’on a dans les villes non labellisées un paquets de villes avec peut d’habitants et de circulation, où l’accidentologie est naturellement basse.

    Comparons donc ce qui est comparable (n’ayons pas raison pour de mauvaises raisons)

  2. Lydie

    La prévention routière est une énorme fumisterie comme le souligne si bien l’article. Cette association est un véritable scandale avec une véritable gabegie financière. Elle se ridiculise complètement dans les actions qu’elle conduit et n’agit pas du tout en terme de prévention contrairement au terme de son intitulé. Ce n’est qu’une association coquille vide pour des faire valoir à des personnes qui n’ont jamais contribuées à l’amélioration de la sécurité mais nous coûtent très cher en argent public. Rien n’est fait sur la qualité de la formation, sur les comportements addictifs avec leurs conséquences, sur la formation continue, la sensibilisation de tous sur les bonnes pratiques, etc.

    Nous souffrons vraiment d’une absence d’expertise construite sur la nature des accidents et sur les aménagements véritablement sécuritaires pour tous les usagers des routes, des rues. Par contre nous sommes inondés d’une signalisation souvent incohérente.

  3. marmotte27

    Il sera facile de juxtaposer ces villes au label « prudent » avec leurs résultats au baromètre des villes cyclables.

  4. Pédibuspedibus

    après les faux-nez de la sainte-bagnolardise, comme la « prévention routière », v’là maintenant le dernier épisode des défenseurs des pourceaux-bagnolards, « Auto plus », avec d’horribles vociférations (1) émises à travers le groin éditorial de François Tarrain (2) avec le projet « LAPI », qui nous promet la sauce à la prune pour le défaut de paiement de stationnement…

    nirvana si l’on cuisine le « LAPI » pour assaisonner les sans-gêne, qui prennent pour un parking gratuit trottoir et bande cyclable, ou souvent les deux, ce qui devrait s’afficher au menu de la commune de Bordeaux dès janvier 2022…

    en tout cas v’là des ingrédients autrement plus appétissants, pour une bien meilleure recette que notre abominable ersatz gloubi-boulga à pétrosaures de « ville prudente »…

     

    (1) https://www.autoplus.fr/archives-par-numero/n-1711/actu-levenement-stationnement-payant-controle-automatise-se-generalise

    (2) BOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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