Bridons les moteurs!

Pierre Radanne, expert en questions énergétiques, prône le bridage de moteur: «Le scandale, c’est la voiture qu’on met entre nos mains»

Par Alexandra SCHWARTZBROD – Libération

La vitesse autorisée sur les autoroutes va-t-elle être réduite ? En visite, samedi, au Centre régional d’information et de circulation routière de Rhône-Alpes, à Bron, le ministre des Transports, Dominique Perben, a reconnu que le gouvernement y réfléchissait. Ce n’est pas la première fois que le sujet est à l’étude. Mais il est systématiquement remisé sous la pression des lobbies du transport et de l’automobile. Pour Pierre Radanne, expert des questions énergétiques, ex-président de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), cette idée aurait un sens mais l’urgence est ailleurs.

Baisser la vitesse sur l’autoroute est un projet récurrent…

Cette idée figurait, en effet, initialement dans le plan Climat adopté par le gouvernement Raffarin en juillet 2004. Et, bien avant, dans le programme national de lutte contre le changement climatique, lancé durant l’hiver 1999-2000 par le gouvernement Jospin. Pour réduire la consommation de pétrole mais surtout les émanations de CO2 car, entre 1990 et 2003, les émissions de gaz du secteur du transport ont augmenté de 30 % ! La question de la réduction de la vitesse sur autoroute a donc été posée dès le début de la réflexion sur la lutte contre l’effet de serre. En vain. Trop de milieux y étaient hostiles (transport, automobile…).

Cette mesure suffirait-t-elle à compenser la hausse du prix de l’essence ?

Loin de là. D’abord, ce n’est pas sur les autoroutes qu’on fait le plus de kilomètres, c’est en ville. En termes de consommation d’essence, d’émissions de gaz à effet de serre et de pollution, il y aurait beaucoup plus de gains à ramener la vitesse en ville à 30 km/heure, afin de fluidifier la circulation et d’éviter les à-coups. Ensuite, on vit quand même dans un pays incroyable où sont autorisées des voitures dont la vitesse de pointe est bien supérieure à la vitesse admise ! Entre une voiture qui fait du 140 km/h et une autre qui fait du 220 km/h, la consommation d’essence, en ville, double ! Car le moteur de la seconde est réglé pour atteindre les 220 km/h. Le vrai scandale aujourd’hui n’est donc pas tant le comportement des gens en terme de vitesse, mais le véhicule qu’on nous met entre les mains. Il n’a plus rien à voir avec ce qu’il faudrait pour combattre pollution et consommation excessive de pétrole. L’essentiel de la vie quotidienne, c’est une personne seule dans sa voiture pour faire quelques kilomètres à moins de 90 km/h. Et les constructeurs, eux, nous vendent des voitures pour des usages exceptionnels ! C’est ça le grand gaspillage !

Que faudrait-il faire ?

La vraie mesure serait une réglementation à l’intérieur de l’UE qui oblige les constructeurs à vendre des voitures dont la vitesse de pointe serait inférieure à la vitesse autorisée. Le potentiel de gains en vies humaines, en argent (les voitures seraient moins chères à l’achat), en pollution, en consommation de pétrole, serait considérable. Et il ne faut pas croire que les gens y seraient hostiles. A l’Ademe, on avait fait un sondage auprès des Français sur cette question du bridage des moteurs et on avait constaté que le taux d’adhésion était de 80 % !

Source: http://www.liberation.fr/page.php?Article=319744

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