Comment « gagner » la guerre d’Irak, quand on est américain

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Banksy – Car

Fondamentalement ou à tous les points de vue, politique, économique, moral et historique, la guerre du Vietnam a définitivement été gagnée par les américains. Ce que l’Amérique voulait est totalement réalisé. Les milieux affaires s’activent « comme chez eux » dans ce pays « libéré », en « modernisation économique » accélérée. Le capitalisme et « les libertés de commerce et d’entreprise » y dominent l’activité économique.

Le Vietnam ne fait plus exception, il est entièrement intégré dans la mondialisation. La lutte héroïque des anciens combattants est reléguée dans les poubelles de l’histoire ou bien précieusement rangée dans les musées de la mémoire. Dans la vie quotidienne, on fait de « bonnes affaires », c’est exactement ce que voulait le gouvernement américain dans les années soixante… Même la firme Monsanto, célèbre producteur de l’agent Orange déversé sur le Vietnam pendant la guerre pourrait y faire des affaires en proposant aujourd’hui ses OGM et autres pesticides et produits chimiques…

« L’armée américaine est embourbée en Irak », « après une victoire éclair incontestable les troupes s’enlisent », « les rebelles résistent et mettent en échec l’armée la plus puissante du monde ». La barre des milles puis les deux et trois milles morts américains sont passées « comme des lettres à la poste », « l’enlisement est total », « l’Occident désarmé »… Tels sont les gros titres dans La Presse Occidentale et même les titres de livres à la recherche du « best seller ». L’inspiration des journalistes, à nous décrire « le bourbier irakien » est débordante, elle semble inépuisable, la guerre d’Irak fait écrire et vendre…

Mais fondamentalement l’Amérique a déjà « gagné » la guerre depuis longtemps, ou plus précisément elle n’en finit plus de la gagner cette guerre et encore plus exactement elle n’en finit pas de faire des affaires avec cette guerre.

Fondamentalement, ce ne sont que de simples soldats qui tombent, et comme dans toutes les guerres ce ne sont que les hommes qui meurent, civils ou militaires qui perdent la guerre et avec eux, ceux qui en sortent mutilés, estropiés, amputés, défigurés, moralement brisés pour la vie. Ni l’Armée des Etats-Unis ni les milieux d’affaires ne perdent quoi que ce soit dans cette guerre, bien au contraire. Cette réalité n’est pas nouvelle. Elle est vieille comme le « Monde civilisé », le commerce, les affaires et la guerre, sont depuis la haute antiquité comme les deux faces d’une même pièce.

Si le gouvernement américain représente autre chose que les milieux d’affaires américains, autre chose que les industries militaires américaines, si ce gouvernement représente aussi la Nation et le Peuple Américain, si il voulait vraiment « gagner » la guerre d’Irak, au sens d’en finir rapidement et définitivement avec les opérations militaires et les « pertes en soldats américains », que pourrions-nous lui proposer de faire, pour que son triomphe soit total?

La réponse est dramatiquement simple. Il lui suffirait tout simplement de « délocaliser son industrie automobile » en Irak. C’est l’occasion ou jamais! General Motors est devenu inadapté pour se sortir de la crise automobile, les salaires de ses employés toujours exorbitants pour une activité aussi nuisible qu’inutile, et les milieux d’affaires ne sont jamais très regardants sur l’origine des petites mains travailleuses.

Avec le « savoir faire » et l’efficacité technique légendaire des américains en ce domaine, en moins d’un an tout serait réglé. Promettre à « La Nation Irakienne » une industrie automobile « forte » et à chaque iraquien le « Rêve américain », « voici une idée qu’elle est bonne ! » « Une voiture pour tout le monde » pour les hommes et pour les femmes. Assurer « l’émancipation » de la femme irakienne par la voiture, « voici une idée qu’elle est bonne ! » Comme en son temps, l’industrie du tabac a permis « l’émancipation de la femme » américaine par la cigarette…

L’automobile permettrait de triompher définitivement de la « barbarie terroriste » comme en son temps elle a permis d’assurer la suprématie Américaine sur le « monde civilisé » et la mise au rancard des régimes communistes. Les Américains n’ont qu’à suivre l’exemple des constructeurs européens qui ont massivement délocalisé leurs usines en Europe de l’Est. Les travailleurs irakiens rejoindraient docilement les rangs de la mondialisation du STO par l’auto (1). Du Brésil à la Chine des travailleurs indiens, roumains et maintenant irakiens travailleraient en paix « main dans la main » à perpétuer « Le Rêve Américain »… Victoire totale pour l’Amérique, victoire totale pour le capitalisme, victoire totale pour l’Occident…

Mais peut-être que l’Amérique ne croit plus vraiment, à la réalité et la puissance du « Rêve Américain »…

Tours le 7 juin 2009 Jean-Marc Sérékian

(1) « La mondialisation du STO par l’auto »
http://carfree.fr/index.php/2009/04/24/la-mondialisation-du-sto-par-lauto/

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.