Ecologie, automobile et les mots pour le dire

Le langage est la capacité d’exprimer des opinions. Un écrit « dit » ce qu’il dit avec ses mots et rien d’autre. J’appelle un chat un chat, un individu qui tue un tueur avec une arme, un soldat sous les ordres qui tue un tueur légal avec une arme et un automobiliste responsable d’un accident mortel, un tueur avec une automobile.

Ces trois actions peuvent être responsable de terreur. Ce n’est là ni un abus de langage ni une tournure spécieuse.

En 1966, Bertrand Russel et Ken Coates tinrent, avec le soutien et la participations de nombreux prix Nobel de la Paix, un Tribunal International des Crimes de Guerre.

A part les Etats-Unis et leurs alliés ou inféodés politiques, peu de personnes contestèrent ou reprochèrent l’utilisation impropre et irrégulière, car « autochoisi », du terme « tribunal » ou l’expression « crimes de guerre » pour qualifier la conduite des Etats-Unis au Vietnam.

La terreur est l’action d’une personne ou d’un groupe, institué en pouvoir légal ou non, qui par des actes prémédités et répétés (voire de simples menaces), portant atteinte à l’intégrité des personnes, cherche à obtenir un avantage sur un autre groupe considéré comme un ennemi et avec qui la cohabitation territoriale n’est pas envisagée, pour lui imposer sa loi ou sa pratique, sans se soucier des moyens ni de la barbarie engendrée.

L’histoire a montré que des terroristes d’hier peuvent devenir des héros de demain. Les vainqueurs écrivant l’histoire. Des tueurs restent des tueurs pour l’éternité.

Quel que soit leur destin dans l’histoire, l’action qui en résulte est justement nommée terreur par ceux qui la subisse. Et seuls ceux là ont une légitimité à la qualifier.

La terreur est semblable à la chaleur, elle est invisible, on ne peut pas la détecter avant qu’elle ne se manifeste, elle s’écoule toujours du plus chaud vers le plus froid, du fort vers le faible au moment oû elle est appliquée. Elle s’ajoute toujours et ne se retranche jamais.

L’effet recherchée sur une personne, un groupe ou toute une population, est la fuite, physique ou moral (ne plus prendre partie pour l’ennemi du terroriste, rejoindre son camp ou fuir). Elle est qualifiée d’ « aveugle ». Les morts et les blessés sont rarement les Etats-major, mais toujours et éternellement la « piétaille ».

Ainsi en est la politique de défense de la France, la stratégie « anticité » : faute d’être assez puissante, elle fait peser une menace de nucléarisation sur des populations qui ne seraient pas en mesure de faire renoncer leur propres militaires ou tyrans à l’usage en premier de cette arme. Est-ce outrager la langue française que de qualifier cela de terreur ?

Depuis près de cent ans l’émergence et la suprématie de la civilisation de l’automobile individuelle, moyen de transport pour les populations qui se disent développées, par la somme des actions individuelles et collectives qui l’ont permise, a causé la mort direct de plus de 30 millions de personnes, en a blessé 20 fois plus et, indirectement par la pollution, a « écourté » la vie de plusieurs dizaines (et peut-être centaines) de millions d’autres et entraîne des bouleversements climatiques mettant en danger l’équilibre actuel de la biosphère, selon les récentes évaluations sur les effets de la pollution dus à ce moyen de transport destiné à soulager le fardeau de l’homme.

Le résultat est sous nos yeux : les êtres vivants ont été exclus des routes, voies et chemins millénaires fondateurs des civilisations humaines et de leur capacité d’échange. La loi (le code de la route, qui ne date que des années 1920), les radio-télévision d’Etat, les établissement d’enseignements et les institutions (sécurité routière) prodiguent un enseignement qui rend responsable et tend à culpabiliser le faible de sa présence dans le « champ de mouvement » d’une automobile. C’est pour son bien, n’en doutons pas.

Si plusieurs piétons ou cyclistes (qui n’ont déjà pas le « droit » d’utiliser toutes les routes publiques) prétendent aller de front, c’est un affront insupportable pour l’automobiliste, le camionneur et autres motorisés, qui les menacent et les accusent de ne pas « vouloir partager ». Cela peut être entendu à longueur d’antenne et lu à longueur de journaux. C’est pourtant une rupture du principe d’égalité constitutionnel qui garantie que chacun à droit à un traitement égal. Or, sur une voie publique, si vous êtes une famille de 4 personnes en déplacement, vous n’avez pas les mêmes droits, selon que vous utilisez vos pieds à 5km/h, 50 kg de bicyclette à 20km/h ou 1000 kg d’acier à 90km/h. L’Etat qui a entre autre à charge de protéger les faibles, rempli cette mission dans ce cas en les punissant et en les excluant. Les assurances, dans le cadre des lois et règlements, peuvent les rendre en partie responsable et leur faire obligation de « réparer » l’engin qui les a détruit. Les autorités chinoises et soviétiques faisaient payer à la famille la balle du supplicié

Se trouvent bien là tous les éléments constitutifs d’une terreur. Un groupe s’accapare ce qui était à l’usage de tous. Il utilise un engin puissant auquel on ne peut pas s’opposer sans risque, même en étant dans son « droit ». Sa réponse collective est de vouloir étendre cette pratique absurde à tous : sur les trottoirs, dans les champs et les chemins des bois, sur toutes la planète comme un terrain de jeu dans des raids. Envers les autres, un seul cri : « dégage ou j’t’écrase ! ».

Grâce à l’utilisisation d’un engin valorisé lorsqu’il est « correctement » utilisé par les personnes ayant droit et dont la puissance dépasse toujours son simple utilisateur et le renfort d’une organisation sociale et légale qui encadre le bon usage et en tire de l’intérêt et du profit pour ceux qui en bénéficient : les fabriquants, les vendeurs et les possesseurs.

Il en résulte la mort et la barbarie pour ceux qui subisse les « dérèglements », les dégâts « collatéraux », et ne respectent pas le bon usage. Pour ceux qui ne veulent pas ou plus participer à l’horreur quotidienne, c’est l’ostracisme, le rejet et l’obligation de se plier à la loi du mieux armé.

Il peut être argumenté sur le fait « volontaire » de l’usage de l’automobile. Une automobile est un objet très récent au regard de l’histoire humaine. Je ne connais personne qui soit contraint de s’en acheter une et de s’en servir sous la menace d’une arme.

Nous, les riches, c’est à dire les possesseurs d’une automobile individuelle ou familiale, sommes tous individuellement et collectivement responsable de son usage. Renvoyer celui-ci dans le champ de la « fatalité » ou de l’ « obligation » qu’aurait telle ou telle catégorie de personnes, « inéluctablement » contraint à son usage est un simple et franc mensonge. Lorsqu’il s’agit d’une personne en charge du politique, cela devient une complicité de fait avec l’horreur. Une preuve de l’intoxication profonde de notre mode de vie, ainsi « naturalisé ».

Appartenir au « Peuple de l’automobile » (d’après l’expression d’Hosea Jaffe) est un choix des riches et non pas une fatalité. Ne pas en posséder est actuellement l’état de plus de 4,5 milliards d’habitants de la planète.

Ce sont toujours les privilégiés qui défendent au nom de l’intérêt des plus faibles ou des plus pauvres un mode de vie qu’ils ne souhaitent pas vouloir quitter et qui apportent les arguments pour continuer à vouloir disposer et désirer chacun cet objet auquel il est fondamentalement impossible à tous d’accéder.

Qu’un grand nombre des sans voiture de la planète n’ait comme un de leur voeux le plus cher que d’en posséder une montre seulement que notre civilisation n’a pas su communiquer autrement qu’avec le mensonge et l’imaginaire quant au but recherché et au moyen de l’atteindre.

On peut se dire écologiste. On peut posséder une automobile.

Mais pourquoi pourquoi vouloir marier les deux qui sont, si les mots ont un sens, incompatible ?

Comme tout intoxication, il n’y a pas de solution immédiate de sevrage applicable à tous ou à chacun dans son cas particulier, à un instant T magique. Il y a d’abord la nécessité d’accepter son caractère aliénant, a-écologique, structurellement mortifère de part sa nature et profondément inéquitable et destructeur.

C’est donc avant tout dans la conceptualisation d’un monde sans voiture, par le débat et les outils du débat, que doit commencer la désintoxication.

Bruno Clémentin

Bruno Clémentin

A propos de Bruno Clémentin

Président de l'Institut d'études économiques et sociales pour la Décroissance Soutenable.

12 commentaires sur “Ecologie, automobile et les mots pour le dire

  1. feenix

    j’ai près de 43 ans. Jusqu’à il y a 1 an je n’avais jamais eu de télé (ni internet), jusqu’à il y a 3 mois je n’avais jamais eu de voiture. et pas pour ds raisons pécuniaires, pas conviction, refus, volonté écologique, etc…
    que s’est-il passé ?
    Sans doute, l’instinct de mort que porte et diffuse et nourrit notre civilisation a travaillé en moi à mon insu….pour m’amener à faire comme tout le monde… à mourir en partie à moi même…

  2. titus50

    et bien
    je vient de lire ce ramasi de débilitées et ma journée est gachée
    mon pauvre garçon, vous devriez faire un procés(a vous lire vous en etes capable) a vos aieuls qui vous on fait naitre en ce siecle, vous auriez du vivre au 15 eme siecle (ou avant) car etre a ce point déconecté du monde, il n’y a que cette raison pour l’expliquer
    il faut consulter !!!!
    comparer un accident de la route même s’il y a eu faute au type qui apuie sur la détente d’une arme avec l’intention de tuer releve de la psychciatrie
    je ne vous salut même pas

  3. Pim

    Faudrait il déceler un brin de décroissance chez l’ancien premier ministre JP Raffarin (et actuel vice préz de l’UMP) : La taxe carbone, « ce n’est pas pris chez les Français pour aller dans les caisses de l’État, c’est quelque chose qui pénalise une énergie pour aller vers d’autres énergies », a-t-il assuré. Ce n’est « pas une taxe » à proprement parler, « cet argent qu’on va récolter, on va le redistribuer », a-t-il dit. « Il y a un moment où il faut peser sur la consommation (…) il y a un moment où il faut consommer moins de pétrole », a martelé le vice-président de l’UMP.
    (Source Le Point).
    Ou alors ce n’est qu’une raffarinade ?

  4. RANDOLET Michel

    A Bruno Clémentin:où tu vas chercher tout ça?Ce qui est sûr,c’est que la Société de Consommation a vraiment perverti l’Homme et ses « vertus »!Pou rquoi se priver,quand les autres se font plaisir sans se soucier de rien…? Là est la question…J’ai eu une éducation à la fois religieuse et laïque.Au début,tout gamin ou ado et même après,j’ai cherché longtemps à compren dre;ça pouvait m’empêcher de dormir et me rendre agressif(verbalement)… Aujourd’hui,je résume la bêtise humaine(c’est bien de ça dont il s’agit,non ?)ainsi:elle n’a pas de frontière;mais encore:<>. »Grâce » à la Société de Consommation,la Planète se meurt…Les plus faibles sont menacés en tt premier.Pour éviter pire,il faut s’impliquer coûte que coûte…!

  5. Pim

    @Michel : « elle n’a pas de frontière;mais encore:.”Grâce” à la Société de Consommation,la Planète se meurt…Les plus faibles sont menacés en tt premier.Pour éviter pire,il faut s’impliquer coûte que coûte…! »
    J’ajouterais aussi que la société de consommation donne l’illusion aux consommateurs que plus ils achètent, plus ils possèdent, meilleurs ils deviennent. Lorsqu’ils achètent, ils le font au nom du « bien de l’économie », de l’intérêt public. Plus pervers encore, si t’achètes une Renault Eco2, on te fait croire que c’est bon pour l’environnement! C’est bien fichu la lobotomisation tout de même!

  6. RANDOLET Michel

    Lorsque j’entends et je vois à la télé les pubs débitées pour vendre des ba gnoles et du matériel de téléphonie,des ordinateurs et des produits pour le soin du corps,je me demande si on arrivera à circonscrire la bêtise humai ne et ses dérives « meurtrières »…Ca entretient l’envie de toujours se faire plaisir,même quand le budget ne suit pas…Et alors,on recourt au crédit-re volving pour boucher les trous…En Allemagne,tous les banquiers se sont mis d’accord à l’unanimité pour couper le robinet du crédit à ceux qui s’y sont noyés ou ne sont pas loin de l’être…Mais en France,seules 2 établis sements(celles qui prêtent aux autres)se sont opposés à ce système,et depuis,on en est resté là.Voilà la tendance en France…Comment contrer ce laisser-aller,ce j’m’en foutisme général?En votant avec sa tête;et + …

  7. RANDOLET Michel

    Je te rejoins sur ces arguments;et je poursuis dans la foulée de mon com mentaire qui précède celui-ci:très acquis à une moralité très portée sur le partage,je crois que le NPA,les Verts,le PC et,pourquoi pas les « Socialis tes » devraient lancer une campagne pour les élections régionales,du genre :<>Car,pour défendre l’ emploi en France,il faudrait d’abord défendre le niveau de vie de ceux qui ne touchent que 30,50 ou 100€/mois pour fabriquer pas cher et remplir les poches des actionnaires en revendant chez nous 3 ou 4 fois le prix de re vient…Le pauvre hère qui récolte le latex des pneus de bagnole s’épuise entre 12 et 16h/jour pour un « salaire »(écolo…!)de 20 à 50€!

  8. RANDOLET Michel

    Mais là où la bêtise humaine atteint des sommets,c’est quand un « métal lo » de DACIA bosse 10h/jour pour 250€/mois…!C’est écolo,ça?Je suis en rage et en nage quand,chez les Verts,on me dit qu’il ne faudrait pas en ve nir à des mesures trop radicales pour,à la fois faire repartir la consomma tion ;et passer à une société respectueuse de la Vie sur Terre…Je m’atten dais,après les élections européennes à un peu plus de solidarité envers l’ Europe du Sud,émergente,dont le Portugal,qui après plus de 30 ans de « bons et loyaux services » en Europe,dans le bâtiment,voit ses ouvriers se disséminer sur tout le continent;alors que des Polonais et des Moldaves s’ implantent au Portugal pour les remplacer!Au fait,sais-tu quel est le pays le + producteur de voitures en Europe?La Slovaquie(si je ne me trompe)…

  9. RANDOLET Michel

    En voyant les « malheureux » salariés de Molex être licenciés,je deviens fu rax:ils sont allés se remonter le moral chez les Moulinex,qui ont connu la même mésaventure en 2001…Voilà à quoi conduit l’insouciance des cito yens-consommateurs…tant qu’ils ont de quoi consommer:à la politique de l’autruche!Regardons du côté de la Bretagne,où les pêcheurs devenus « sé dentaires » sur la terre ferme,se sont reconvertis en « éleveurs » de porcs…Il ne faudrait surtout pas aller leur prêcher la « bonne parole »,ça pourrait les rendre fous!Et que dire des producteurs de lait,des producteurs de fruits et légumes qui déperrissent à vue d’oeil:on fabrique du Camembert avec du lait de Pologne;et les Marocains d’Andalousie « perçoivent »,au mieux,500€/ mois sur lesquels ils doivent payer l’hébergement fourni!

  10. RANDOLET Michel

    C’est plus qu’évident:ça ne peut pas continuer comme ça…Non seulement c’est immoral;mais ça ne permet pas à l’Europe et aux pays émergents d’ envisager des lendemains meilleurs;mais plutôt le contraire,et l’installation d’un « climat » social et météo détestables!Au risque de me répéter,il faut en passer par un peu de bon sens et de solidarité:en Chine,en Inde et pou rquoi pas en Afrique,leur confier la fabrication de panneaux photovoltaïque, au lieu de laisser construire des barrages hydroélectriques qui vont détra quer encore plus le climat et jeter de leurs terres de misérables paysans il lettrés.Voilà comment je conçois l’Ecologie tous azimuts:l’installation de la Taxe Carbone,c’est non seulement stupide,mais ça sera rapidement im populaire,voire contre-productif…Et après?

  11. Laurent

    Hier soir je marchais dans mon quartier de banlieue et j’ai croisé un hérisson qui longeait la haie de mon jardin, je me suis approché de lui et j’aurai voulu pouvoir le convaincre de ne plus traverser de route, malheureusement vu le quadrillage intensif du territoire cela ne lui est pas possible et je crains fort qu’il finisse en chair à pâté sous les roues d’une automobile.
    Quand à la taxe carbone elle se serait avérée plus faible que le reversement pour une majorité de ménages dont la consommation est inférieure à la moyenne, en effet la consommation du ménage médian est inférieure à celle du ménage moyen.

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