Automobile et travail sont deux caricatures idéologiques

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Billet plein de gros mots où je vais tenter ce rapprochement « grand écart » entre violence routière et souffrance au travail (pour ne pas dire « souffrance routière et violence au travail »).

Les concepts les plus contestables sont les concepts les plus partagés: lorsqu’un nouveau-né vient au monde, ces 2 choses (travail et automobile) lui seront données comme évidences: son destin naturel sera d’acquérir un rôle productif dans la société et une automobile pour l’exercer.

La notion de « métier » est une notion éminemment morale: tout « bon » citoyen doit contribuer par sa peine et sa sueur au « bon » fonctionnement de la société.

La valeur morale du travail est un héritage historique millénaire qui en fait son immense prégnance sur la société actuelle et, ceci, depuis des siècles. Au début du vingtième siècle surgit cette invention de l’automobile dont la formidable extension économique sera portée par l’idéologie historique du travail.

De nos jours, nous ressentons bien les souffrances, les violences et contre-violences (répression) qu’engendrent ces 2 concepts. Par ce billet, je vais essayer d’analyser où coince le mécanisme de ce couple automobile/travail qui n’a de fonctionnel que l’apparence.

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Ce mécanisme, basé sur 2 évidences, ne peut plus fonctionner parce que les représentations sociales de ces 2 concepts sont en complet décalage avec le monde économique réel et les contraintes écologiques.

Le travail

On doit distinguer plusieurs acception de ce concept:
– travail productif et rentable
– travail improductif et rentable
– travail productif et non-rentable
– travail ni productif, ni rentable mais épanouissant pour soi et/ou pour la société

Loin de moi l’idée de vouloir critiquer la valeur-travail mais plutôt celle de prendre du recul pour mieux l’analyser et mieux l’objectiver. Pour désamorcer la violence sociale, il me semble de la plus haute importance de bien distinguer les notions de travail productif et de travail épanouissant qui ne se recoupent pas et qui ont tendance à s’éloigner l’une de l’autre.

De nos jours, et à l’inverse des siècles antérieurs, la machine économique productive n’a absolument plus besoin d’une main-d’oeuvre pléthorique pour les quelques raisons suivantes:
– mondialisation
– concentration de la production
– rationalisation productive
– automatisation
– délocalisation

L’automobile

On a l’habitude sur carfree.fr d’évoquer toutes les contraintes qui pèsent sur le commerce automobile aussi, je me contenterai d’énumérer les principales tendances du marché automobile:
– urbanisation de la population
– répugnance des villes à accueillir des voitures
– prise de conscience chaque jour accrue des nuisances automobiles
– prise de conscience chaque jour accrue des bienfaits des altermobilités
– hausse du prix des carburants
– répression routière qui rend l’automobile chaque jour plus grotesque.

La morale écologique

La morale écologique est une morale historiquement très récente qui subvertit l’idéologie de la croissance.

A titre personnel, j’ai une vision optimiste de la marche du monde et j’estime que nous devons conserver tous nos acquis scientifiques et technologiques pour résoudre les immenses défis du changement climatique et de l’explosion démographique à l’échelle de la planète.

Je pense que la solution à ces problème n’est pas dans la remise en cause de la structure de la machine économique, de ses rouages (la propriété, l’investissement, les règles du marché, la publicité et tout ce qui fait l’efficacité libérale) et de son carburant (le profit). Je pense plutôt que la solution est dans la meilleure prise en compte des évolutions sociologiques et des nouvelles contraintes planétaires.

Nous devons mettre en cause ce couple automobile/travail devenu infernal, incontrôlable et totalement inapproprié à l’avenir de la société.

Loin de moi l’idée de remettre en cause l’évolution scientifique de la société. Nous devons valoriser moralement la communauté scientifique d’autant plus que l’activité de la communauté scientifique échappe à la notion de rentabilité à laquelle celle du travail nous avait habitué aux siècles antérieurs. Quant au reste des activités non-rentables: elles sont merveilleuses: c’est tout ce qui fait le lien social (la danse, le web communautaire, les activités ludiques les sports et les arts).

Maintenons la structure libérale du productivisme pour libérer la majorité des humains vers les tâches non-rentables à court-terme de la science et définitivement non-rentables du lien social. Reléguons la production aux robots.

La solution sociale réside, bien sûr (c’est la seule issue), dans l’instauration d’un revenu d’existence minimum garanti quels que soient l’âge ou l' »activité ».

Gilles Chomel,
Les voies vertes en 06-ouest:
www.LecoLomobiLe.fr
Labo d’idées sur l’auto du futur:
www.LACPA.fr

Gilles Chomel

A propos de Gilles Chomel

Administrateur des sites Agonie automobile, LécoLomobiLe et du Laboratoire Alternatif et Coopératif de Prospective Automobile

4 commentaires sur “Automobile et travail sont deux caricatures idéologiques

  1. Gilles ChomelGC

    Sur mon blog, pour mieux préciser ma pensée, j’ai rajouté cette conclusion:

    La souffrance au travail ne provient pas de mauvaises conditions de travail internes aux entreprises mais de l’idéologie de l’utilité productive imposée à tous les individus alors que l’appareil productif ne peut pas les accueillir. C’est cette inadaptation entre offre et demande d’emploi qui génère l’angoisse que l’on constate de nos jours.

    Avec le temps, l’efficacité productive, c’est, à quantité égale de produits ou de services, de moins en moins d’hommes et de plus en plus d’automatismes. A cela s’ajoute la morale écologique qui tend à réduire la quantité d’objets ou de services à consommer.

  2. Gilles ChomelLécoLomobile

    Merci Carfree: je vais essayer de me le procurer ou de le lire d’une manière ou de l’autre. Mais tu sais que je ne suis pas contre, a-priori, le progrès des sciences et des technologies. Ma position, c’est que la scientifisation de la société contrôle mieux le processus industriel.

    Par « scientifisation de la société », j’entends la démocratisation des sciences et des techniques grâce à des sites comme carfree ou lacpa.fr. C’est le critère de la science qui est le critère primordial. Notamment toutes les sciences, mêmes les plus « molles » dont l’écologie qui est une science au départ.

  3. Jean-Marc Sérékianjms

    Cet article comporte des idées qui relèvent de la pensée technocratique et du « capitalisme vert »
    « A titre personnel, j’ai une vision optimiste de la marche du monde et j’estime que nous devons conserver tous nos acquis scientifiques et technologiques pour résoudre les immenses défis du changement climatique et de l’explosion démographique à l’échelle de la planète. »
    C’est exactement ce que pense Anne Lovergeon la patronne du Nucléaire : « Pour lutter contre la menace du « réchauffement climatique » on ne pourra pas se passer de la haute technologie et en particulier du Nucléaire »
    Gunther Anders qui a réfléchie sur le devenir de l’humanité à l’Age Atomique, en est arrivé à l’idée que sur le plan théorique les « acquis scientifiques et technologiques » un fois réalisé dans l’histoire, se conservent d’eux-mêmes. Il devient inutile de s’en soucier, même si l’énergie et les armes atomiques sont abandonnées par tous les états, la menace nucléaire survivra parce qu’elle a déjà existé une fois.
    « Je pense que la solution à ces problème n’est pas dans la remise en cause de la structure de la machine économique, de ses rouages (la propriété, l’investissement, les règles du marché, la publicité et tout ce qui fait l’efficacité libérale) et de son carburant (le profit). Je pense plutôt que la solution est dans la meilleure prise en compte des évolutions sociologiques et des nouvelles contraintes planétaires. »
    Là encore Gunther Anders a critiqué, dès les années 1950, l’illusion de la séparation des fins et des moyens. Dans « L’Obsolescence de l’homme », il montre comment « la structure de la machine économique, de ses rouages » et en particulier comment la télévision et l’automobile sont des instruments de création et d’asservissement de « l’ homme de masse »
    « Loin de moi l’idée de remettre en cause l’évolution scientifique de la société. Nous devons valoriser moralement la communauté scientifique d’autant plus que l’activité de la communauté scientifique échappe à la notion de rentabilité à laquelle celle du travail nous avait habitué aux siècles antérieurs. Quant au reste des activités non-rentables: elles sont merveilleuses: c’est tout ce qui fait le lien social (la danse, le web communautaire, les activités ludiques les sports et les arts). »
    Nous avons aujourd’hui de multiples exemples où la « communauté scientifique » est entièrement asservie à la « notion de rentabilité » et plus généralement de compétitivité. L’industrie des pesticides depuis au moins 50 ans, l’industrie de l’armement scientifique depuis déjà un siècle, l’industrie pharmaceutique depuis au moins 50 ans. L’industrie des OGM depuis déjà un quart de siècle.
    Et plus près de nous l’industrie des nanotechnologies où des bataillons de l’élite scientifique travaillent pour mettre au point et sur le marché une multitude de produits aussi débiles qu’inutile, des « chaussettes qui ne sentent pas mauvais » et de nouvelles crèmes « anti-ride »
    Je conseille donc à Gille Chomel de faire l’effort de lire du philosophe Gunther Anders
    « L’Obsolescence de l’homme » et « Hiroshima est partout »

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