Une catastrophe parmi tant d’autres catastrophes

La glorieuse histoire des États-Unis, vue sous l’angle de l’écologie avec pour fil conducteur l’énergie… (Quatrième partie).

Le « Miracle Originel » du « Développement »

Coup d’bol, coup d’bol ! Coup d’bol en série, la chance a souri au grand voyageur aventurier. C’est ainsi que tout ça a commencé et l’Europe s’est envolée…

La « Découverte de l’Amérique » est pour l’Europe occidentale, le « Miracle Originel » du « Développement » industriel. Bien avant que les États-Unis ne s’individualisent et que le chapelé interminable des guerres mondiales ne fasse de ce pays la première puissance économique et le gendarme de la planète ; la « Découverte de l’Amérique » a été l’événement fondateur du capitalisme industriel. Avant même l’avènement de la machine à vapeur, pour l’Europe occidentale des Temps Modernes, il valide, en tout, une organisation sociale hiérarchisée entièrement centrée sur les guerres de conquête et sur une économie de pillage mondialisé des richesses…

Pour les peuples indigènes et les écosystèmes, cette « découverte » peut être considérée comme un événement apocalyptique… Leur histoire encore naturelle s’arrête net. Pour eux, « plus rien ne sera comme avant ». Leur sort se décide définitivement « hors sol », on le réfléchit savamment dans des capitales occidentales situées à des distances inimaginables pour eux. Pour satisfaire les besoins constamment croissants du développement économique de l’Espagne, de l’Europe puis de l’Angleterre et enfin des États-Unis, tout est mis systématiquement en exploitation.

A l’origine un problème infiniment simple, au début des « Temps Modernes » l’Europe a besoin d’Or, pour accroître encore plus le volume de son commerce…

Coup d’bol, la traversée s’est bien passée, sans encombre… Pas de naufrage, pas d’avarie sérieuse, aucune tempête n’est venue s’opposer au Grand Navigateur et aventurier. Pas de « calme plat » trop prolongé, éprouvant pour le moral des troupes, les vents dominants ont été suffisamment porteurs pour maintenir les équipages constamment à la manœuvre sur les navires.

Coup d’bol pour le Grand Navigateur, il « découvre », ou plus modestement il arrive sur une terre. Ou encore et plus exactement, une terre imprévue se présente à lui.

Coup d’bol pour l’Espagne et le Portugal, cette terre qui se présente au Grand Navigateur n’est ni l’Inde ni la Chine.

Coup d’bol pour l’Europe, par cette découverte, elle peut changer d’époque et faire son entrée dans « Les Temps Modernes ». Cette terre qui n’est ni l’Inde ni la Chine est un immense continent encore plus grand que la Chine et l’Inde réunies.

Coup d’bol pour l’avenir des « Temps Modernes » et de la future « Époque Contemporaine », cette terre, restée quasi « vierge et sauvage », ne « demande qu’à être valorisée ».

Coup d’bol pour le « Développement » et la « Richesse des Nations », cette immense terre inconnue était déjà « découverte » ; bien avant l’arrivée de Christophe Colomb le « Grand Navigateur ». Elle était habitée par des hommes, une espèce animale très particulière, douée de langage articulé et capable de travaux manuels…

Coup d’bol pour Christophe Colomb le « Grand navigateur », l’Europe, le « Développement » économique et la « Richesse des Nations », les habitants de cette terre sont abondamment ornés de métaux précieux. La terre est richement pourvue d’or et d’argent, les deux métaux « précieux » déterminants pour le développement économique du « vieux continent ». Le « Grand Navigateur » ne rentrera pas bredouille de sa téméraire aventure vers l’inconnu. Pour l’Europe entière il est maintenant porteur de « La Bonne Nouvelle ».

Coup d’bol pour l’Europe des « Nations Civilisatrices », les peuples ne sont que des « peuplades indigènes sans âme ». Ils ne croient pas en un « Dieu unique et tout puissant » et surtout, ces « incroyants » n’ont pas encore atteint un grand niveau de « développement » technique dans la maîtrise de l’énergie. Leur puissance de feu reste encore très inférieure à celle de la Chine ou de l’Inde et encore bien loin derrière celle de l’Europe.

Le « Miracle Originel » du « Développement » Européen est là tout simplement. La puissance de feu des peuplades indigènes n’atteint pas celle des « armes à feu ». Dans le développement de la métallurgie, leur puissance de feu est seulement celle de l’exploitation des métaux précieux. Juste suffisante pour être très intéressante en terme de « rapport de force » en faveur des « Nations Civilisatrices » Européennes…

Que se serait-il passé si Christophe Colomb n’avait été accueilli que par une dense et impénétrable jungle grouillant de mille et un animaux et parasites hostiles ?

La seule fièvre contagieuse ayant violemment foudroyé les européens de cette époque héroïque n’a été que celle de l’or et de l’argent. Fièvre chronicisée pendant plusieurs siècles. Elle s’est par contre révélée affreusement mortelle et épidémique, décimant par millions les populations indigènes « heureusement dépourvues «d’âme » », pour la « bonne conscience » de l’Europe. Comme l’a savamment démontré la salutaire « Controverse de Valladolid »…

Par chance pour Christophe Colomb, l’Europe et la « Richesse des Nations », la Terre inconnue qui se présente à lui, est déjà habitée par des êtres appartenant à l’espèce Homo sapiens…

Que se serait-il passé si la puissance de feu des « peuplades indigènes » avait été supérieure à celle de l’Europe ou au moins égale à celle de la Chine de l’époque ?

Par chance pour Christophe Colomb, l’Europe, la « Richesse des Nations » et le « Développement », la puissance de feu des peuplades indigènes était nettement inférieure à celle des « Nations Civilisatrices » (ou plus exactement des nations qui le deviendront par auto-proclamations).

Alors « Christophe Colomb découvre l’Amérique ! » et les Amérindiens découvrent « La Civilisation ».

La suite de l’histoire est connue de tout le monde. C’est le triomphe du capitalisme dans sa logique de conquête et sa mondialisation perpétuelle. Cet épisode originel, « La Découverte de l’Amérique », mille fois écrit, est toujours célébré comme une grande aventure humaine « universelle » dans les livres d’histoire (de L’Histoire Officielle). Mais, pour s’en remémorer les grandes lignes occultes et l’aborder sous un autre angle de vision, on peut la lire dans la « contre histoire », celle écrite dans « Les Veines ouvertes de l’Amérique Latine » (1). On y découvre comment, avec quelle raffinement dans la cruauté, l’Europe des « Temps Modernes », l’Angleterre au 19e siècle et surtout les États-Unis au 20e siècle ont pu disposer et s’approprier avec des investissements somme toute dérisoires toutes les « richesses naturelles » de Amérique du Sud « Post-Colombienne »…

« Le développement est un voyage qui compte plus de naufragés que de navigateurs »

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(1) Eduardo Galeano « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine », collection « Terre Humaine » Ed. Plon 1981. Ce livre est une mine d’informations concrètes et précises montrant quel a été le prix humain et écologique en Amérique Latine du « Développement » économique européen puis Américain..
Les sous-titres des deux parties du livre sont évocateurs des désastres humanitaires dans cette région du monde, secondaire au développement économique.  L’envers du décor et contre-partie du « Développement » européen et nord américain : « La richesse de la terre engendre la pauvreté de l’homme », « Le développement est un voyage qui compte plus de naufragés que de navigateurs ».

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

6 commentaires sur “Une catastrophe parmi tant d’autres catastrophes

  1. Joshuadu34joshuadu34

    très bonne lecture, que celle que tu propose dans cette histoire revisitée, où plutôt réhabillée de vérité, de cette vérité « oubliée » volontairement par les manuels d’histoire… C’est pour dire, on en viendrait à espérer, le style étant agréable, pouvoir bientôt tourner les pages reliées de tes mots !

    Sinon, et bien, encore une fois, et puisque je suis le premier à intervenir, comment ne pas citer, en plus de Galeano, Howard Zinn et son « histoire populaire des Etats-Unis », vision plus rouge, mais souvent teintée de vert… à la lecture elle aussi TRES interessante, même si, souvent, portant à la nausée face à la réalité crue des mots si souvent portés au pinacles mis en parallèle d’actes souvent éloignés de ce qu’on apprend à nos jeunes générations ! Pour ceux qui ne connaissent pas encore (il y en a ?), si vous pensez que Colomb était un brave découvreur, si vous pensez que la guerre de secession est le point de départ de la libération du peuple noir, si vous pensez que Eisenhower était un type extraordinaire interessé par le sauvetage des peuples opprimés, si vous pensez que Kennedy, telle une blanche colombe, aurait pu être le sauveur de l’humanité, évitez la lecture de ce livre ! La réalité étant, comme souvent, bien éloignée de l’image portée par les télés…

  2. Yôm

    L’histoire des Etats-Unis est effectivement celle du capitalisme « moderne », tel que nous le vivons aujourd’hui.
    Je viens de finir de lire « l’impossible neutralité » de Howard Zinn, et me réjouis de commencer « L’histoire populaire… » un de ces jours.
    Cependant, j’ai du mal à saisir sa pensée antimilitarsite.
    De son point de vue ( et de son expérience de bombardier à la veille de la fin de la deuxième guerre mondiale), je comprend aisément son opposition aux prospections armées menées par l’empire américain en Orient ou en Amérique du Sud tout au long de son histoire.
    Mais il m’a semblé qu’il ne cautionnait pas la résistance armée.
    Bien qu’il me semble évident de manifester pacifiquement en opposition à la guerre du Vietnam, de quelle nature devrait être la riposte des peuples agressés et exploités?
    Je regrette de n’avoir pas percée la pensée originale de Zinn à ce sujet. Si l’un de vous peut m’éclairer…
    C’est une éternelle question qui me trottait déjà dans la tête à la lecture de « L’entaille rouge » de Nelcya Delanoë.
    Cet ouvrage décrit l’expérimentation capitaliste sur les « sujets » amérindiens par les successifs présidents américains de 1776 à 1996 ou la victoire de la fourberie administrative sur la parole.
    Ou comment peut désamorcer, combattre la cupidité un peuple insensible au concept de propriété privée?
    Je n’ai jamais fini cette lecture, las.
    L’histoire des USA est une telle succession de massacres et de duperies, rien qu’à l’égard des autochtones.

    Aussi je suis toujours heureux de lire et de partager sur Carfree si ce n’est une rage, une indignation commune envers le capitalisme dont l’automobile est la figure de proue.

  3. MinouMinou

    Ah, si seulement nous avions des historiens comme Howard Zinn en France ! Hélas, tous collabos, tous dans les nues, à des années-lumières du présent et de l’avenir. Tous ont abdiqué leur rôle d’éducateur et leur devoir de non-neutralité. Cela dit, je serais ravi qu’on me prouve le contraire…

  4. Joshuadu34joshuadu34

    difficile à trouver, tu peux, quand même, te tourner vers un vieux bouquin, d’André Ribard : « la prodigieuse histoire de l’humanité »…

  5. Yôm

    L’histoire est aussi celle singulière d’un homme ou d’une femme à une période particulière.
    Mon histoire de France est celle des anarchistes du 19è siècle (« Le droit à la paresse » de Paul Lafargue, « La commune, histoire et souvenirs » de Louise Michel, « L’entraide » de Pierre Kropotkine…), celle de la résistance dans le pays occupé dès 1939 et jusqu’à l’application du programme du CNR.
    Comme le souligne Zinn, l’histoire est le prisme à travers lequel je vois le passé, vis le présent et prépare le futur.

  6. Joshuadu34joshuadu34

    Sinon, plus récents, mais aussi plus facilement trouvables :

    – tu as André Gorz (qui devrait, par sa contestation sociale ET écolo, plaire ici. Un petit mot de Gorz, d’ailleur : « Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villas sur la Côte: des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. »)

    – le bouquin de Catherine Coquery-Vidrovitch sur la colonialisation française

    – Mathieu Rigouste, aussi, avec l’excellent « l’ennemi intérieur »…

    Etc,etc…

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