Abstinence automobile !

Les Églises du Luxembourg et d’Allemagne se saisissent du problème du réchauffement climatique pour pousser leurs ouailles à abandonner leur voiture durant le Carême du 20 mars au 19 avril prochain.

« Chacun et chacune peut essayer d’adopter un style de vie respectueux de l’environnement. En ce qui concerne notre mobilité par exemple. Dans nos pays la voiture est toujours le moyen de transport préféré. Et ceci malgré les quantités gigantesques de dioxyde de carbone produites par la circulation automobile. Et malgré les surfaces énormes de terrains occupés par la construction des routes« .

Pour faire face à cet enjeu, une coalition de groupes environnementaux, d’églises et d’organisations non-gouvernementales d’Allemagne et du Luxembourg planifie une abstinence de l’automobile du 20 mars au 19 avril 2011. L’idée derrière cette action est d’inciter les citoyens à planifier leurs transports en favorisant autre chose que la voiture personnelle durant cette période.

Les Églises co-organisatrices vous invitent ainsi à laisser votre voiture au garage le plus souvent possible pendant le Carême. Vous êtes par contre invité(e)s à remplacer pendant quatre semaines votre voiture par le vélo, le bus, le train ou en allant à pied tout simplement. Et s’il vous est impossible de remplacer la voiture, les Églises en question vous proposent « d’adopter un style de conduite écologique, tester ou acheter une voiture électrique, faire du covoiturage ou du carsharing… »

L’élément de motivation sous-jacent est la conversion du mode de transport; le but est de pousser les gens qui auront expérimenté l’abstinence à la voiture personnelle à persévérer le reste de l’année. Il y a même un tirage au sort pour ceux qui participent avec deux vélos à gagner. Les régions participantes sont le Luxembourg et, du côté allemand, les länder de Saarland et de Rheinland-Pfalz, et la ville de Darmstadt.

Le site allemand: www.autofasten.de
Le site français: http://blog.bistum-trier.de/autofasten/?page_id=15

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23 commentaires sur “Abstinence automobile !

  1. Gilles ChomelLÉCOLOMOBILE

    L’écologie est devenu la nouvelle morale religieuse de l’époque et Fabrice Nicolino nous dit que cette religion a maintenant son clergé !

  2. georges

    il me semble pertinent que l’église par les valeurs qu’elle se doit de véhiculer se mette en branle pour lutter pour la défense de notre environnement. Le respect de la nature peut en effet se justifier spirituellement en tant que la nature est une création de dieu au même titre que l’homme, et vouloir détruire l’oeuvre de Dieu c’est vouloir se placer illusoirement à son niveau, ce qui ne peut provoquer que la chute ,le chaos et le néant absolu.
    Chacun sa vision des choses mais le soutien d’instances religieuses me semble extrêmement profitable à l’avancée de la lutte contre la destruction aveuglement nihiliste de l’environnement qu’encourage la prégnance de l’idéologie capitaliste dans le monde occidental et dans les pays en développement.

  3. MinouMinou

    « l’église par les valeurs qu’elle se doit de véhiculer »

    Ahahahahahahahahah ! C’est tellement ironique qu’une religion, qui au plus profond de sa doctrine n’est que mépris de « l’ici-bas », haine de la vie, de la terre, de la santé, etc… se mette à l’écologie… autant dire : se nie elle-même ! C’est tellement ironique !
    Les monothéistes sont tellement stupides qu’ils ne comprennent même pas, qu’ils ne voient pas que ce sont eux, avec leur prétention et leur manie maladive de vouloir « se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature », qui ont mené à la destruction de la vie. Est-il possible d’être aveugle à ce point ???

    « l’oeuvre de dieu », Georges ?

    Mais le chrétien l’exècre, l’oeuvre de son dieu ! Pourquoi aspire-il si ardemment au Paradis, à l’au-delà ? Dans la Bible, l’existence est une « vallée de larmes ». Et en effet, ceux qui ne supportent rien, ni les saisons, ni le hasard, ni la mort, la maladie, ni la marche à pied, ceux-là ont fait de la vie une « vallée de larmes », en remplissant « l’oeuvre de leur dieu » de bagnoles, machines impoétiques qui souillent, justement, « l’oeuvre de leur dieu » qui était si poétique. Ils ont réussi ! Ils l’ont corrigée, « l’oeuvre de leur dieu » (pourtant parfaite selon eux – y’a comme qui dirait une incohérence) jusqu’à la défigurer, jusqu’à en faire une tartine de bitume radioactive. Bravo ! Alleluia ! Mais ils seront sauvés par leur dieu, Amen.

  4. CarFree

    Ah Minou, j’attendais ton intervention sur un tel sujet et je m’étonnais qu’elle ne vienne pas plus tôt! 🙂
    Sur les « valeurs de l’Eglise » en rapport avec l’environnement, n’oublions pas l’incroyable « Padre Cup » qui constitue le championnat de karting des prêtres!
    http://carfree.fr/index.php/2010/06/06/vive-la-padre-cup/
    Comme le dit la Bible: « Je poursuis ma course pour essayer de saisir le Christ » (Phi, 3,12). L’histoire ne dit pas s’il s’agit d’une course automobile ou carrément de la course infinie de l’homme vers toujours plus de croissance dans un monde fini…

  5. georges

    ah je la connaissais pas celle là, la Padre cup, ils sont vraiment à côté de la plaque
    Toutefois revenons à nos moutons, ici l’église allemande ne prévoit pas d’organiser une course de kart, ils en appelle à ne pas utiliser la bagnole, c’est plutôt positif, n’en déplaise aux contempteurs systématiques et hors sujet de la religion catholique.

  6. MinouMinou

    « Hors sujet », ahahahah ! Pourquoi hors sujet ? Arguments s’il vous plaît ? Non, zéro argument ? Comme c’est étrange…

  7. MinouMinou

    Hors sujet aussi, j’imagine, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme de Max Weber ? Hors sujet La généalogie de la morale de Nietzsche ? Hors sujet Par-delà bien et mal ? Hors sujet L’Antéchrist ? Hors sujet Le Gai savoir ?

    Les penseurs, ça sert rien qu’à faire chier. Alors que les vérités révélées, c’est pratique, avec elles pas de discussion possible.

  8. georges

    en l’occurrence ici ton discours anti-monothéiste n’ apporte que peu de constructivité par rapport au contenu de l’article. Surement que ça te rendrait malade de reconnaître l’aspect positif de leur action sur la lutte contre le bagnolisme car remettrait en cause des idées arrêtées ( car les penseurs que tu cites se référent à une histoire qui s’arrête en 1920, depuis l’histoire s’est poursuivie) et qui refusent la confrontation avec une réalité invalidant des théories dépassées.

  9. MinouMinou

    « l’aspect positif de leur action sur la lutte contre le bagnolisme »

    Ben voyons ! un peu comme l’aspect positif d’un tueur qui éponge le sang de sa victime, quoi.
    Et non, les penseurs que je cite ne se réfèrent pas à une histoire qui s’arrête en 1920. Ils se réfèrent à quelque chose d’universel, aux valeurs bi-millénaires du christianisme qui a changé la face de toute la terre ; du christianisme qui, marchant de front avec le capitalisme, a changé et détruit toutes les cultures de la terre, tous les peuples, toutes les civilisations.

    Pour dire des conneries pareilles tu n’as pas dû lire une page de ces penseurs. Mais bon, je comprends : il n’y a ni vérités révélées ni pages de coloriage dans leurs livres, ça ne facilite pas la tâche d’un chrétien, ça…

    « les penseurs que tu cites se référent à une histoire qui s’arrête en 1920, depuis l’histoire s’est poursuivie »

    En effet, l’histoire s’est poursuivie, et exactement de la façon que Nietzsche avait prévue. Nous vivons le nihilisme qu’il annonçait dès 1880 : « Il y aura des guerres comme il n’y en a jamais eu sur terre ». Ou encore (1888) :

    « Ce que je raconte est l’histoire des deux siècles prochains. Je décris ce qui vient, ce qui ne peut plus venir d’une autre manière : l’avènement du nihilisme. Cette histoire peut être relatée dès maintenant : car c’est la nécessité elle-même qui est ici à l’œuvre. Cet avenir parle déjà par mille signes, ce destin s’annonce partout : pour cette musique de l’avenir toutes les oreilles sont déjà affinées. Notre culture européenne tout entière se meut depuis longtemps déjà, avec une torturante tension qui croît de décennies en décennies, comme portée vers une catastrophe : inquiète, violente, précipitée : comme un fleuve qui veut en finir, qui ne cherche plus à revenir à soi, qui craint de revenir à soi. »

    Mais tout ça c’est du blabla de philosophe, n’est-ce pas ?

  10. georges

    parfois je me demande si tu n’es pas un émissaire d’une grande compagnie pétrolière payé pour venir diviser les rangs de la poignée de résistants à l’automobile tout en faisant mine de défendre la cause.
    Bref, je suis hyper sceptique sur le ton systématiquement polémique et agressif de tes interventions. Peut être aurais-tu simplement besoin de faire un petit tour en vélo pour te défouler?

  11. MinouMinou

    Et moi je suis hyper sceptique quant à ta capacité à ne pas te dérober devant les arguments rationnels. Tu n’as pas de contre-argument, tu fuis comme un lâche.
    Diviser les rangs ? Vite, au secours, le loup est dans la bergerie ! Soyons tous d’accord sur tout ! Que pas une queue ne dépasse ! Serrez les rangs ! Non mais tu rigoles ou quoi ? Encore heureux qu’on est pas d’accord sur tout. Quand je vois, par exemple, que certains veulent nous sauver du progrès… par encore et toujours du progrès, mais un progrès propre, un progrès éthique, blablabla, j’estime que j’ai le droit de faire part de mon désaccord. J’ai le droit de dire : la modernité, qu’elle soit capitaliste ou socialiste (la première est la pire, à mon sens) a défiguré la Terre, la Terre de tous les hommes, la terre de ton cher créateur. Et en termes de modernité, de dévastation, j’entends aussi bien l’industrialisation que l’art industriel, que la laideur des objets modernes, ainsi que de leur reproductibilité technique.
    Mais là encore, tu ne verras pas le rapport entre la mort de ton dieu, la mort de tous les dieux même, et la reproductibilité technique, parce que ça fait mal à la tête d’ouvrir un autre livre que la sainte Bible, Allelu-u-u-u-i-a ! L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin, par exemple, c’est encore hors sujet, n’est-ce pas ?

    L’Église agit exactement comme le capitalisme, vous usez vos dernières cartouches, en comptant sur la naïveté de vos consommateurs d’espoir. L’essence du christianisme, comme l’essence du capitalisme, est incompatible avec l’écologie. Plus : c’est la négation même de l’écologie. Vous pourrez vous travestir et vous repeindre de toutes les couleurs que vous voulez, ce sont l’essence même, le dogme même, les valeurs mêmes de votre religion qui ont mené, en grande partie, au carnage écologique.
    Tant que vous refuserez d’ouvrir un livre de philosophie, vous ne pourrez répondre que par la fuite, comme tu viens de le faire en me suggérant d’aller faire un petit tour en vélo. Va donc faire un tour dans le dogme de ta religion. Lis, bon dieu !

  12. georges

    bon tu me prends pour un croyant alors que j’ai jamais dit l’être mais peu importe. Tu peux répondre à ma question : l’initiative des églises du Luxembourg et d’Allemagne est-elle bienvenue, oui ou non? (on s’en fout un peu de la doctrine dans le cas présent)

  13. MinouMinou

    Bien sûr qu’elle est bienvenue ! Le christianisme vert est aussi bienvenu que le capitalisme vert ! Peu importe les « initiatives » que le capitalisme invente pour survivre, son essence reste inchangée. Il en va de même pour le christianisme. L’essence du christianisme : je te parle de son essence, de ses valeurs fondamentales, de ses valeurs les plus profondes, à savoir : la glorification du paradis au détriment de « l’ici-bas » ; le Jugement dernier comme but à atteindre, instaurant pour la première fois dans l’histoire la notion de « sens de l’histoire », donc de progrès ; le mépris de la chère « création de Dieu » ; le mépris du corps ; l’obsession et l’acharnement à désigner la nature comme étant principalement ennemie, adversaire, à vouloir s’en rendre « comme maîtres et possesseurs ». Et n’y a-t-il pas plus grand mépris de la vie et de l’homme que de dire que le corps est « impur », que l’homme est souillé du péché dès la naissance ? « Mépriser la vie sexuelle, la souiller par la notion d’«impureté », tel est le vrai péché contre l’esprit saint de la vie », disait Nietzsche. Ce mépris du corps, de la santé, à mon sens, se retrouve dans le bagnolisme : marcher est devenu une torture. L’existence est devenue une torture, un enfer, une « vallée de larmes ». Tout n’est que mépris de l’existence dans le christianisme. L’Église peut donc prendre toutes les belles initiatives qu’elle veut, les valeurs qu’elle inculque à ses ouailles son nihilistes, son dogme est nihiliste, le christianisme est une religion obsédée par la mort : voyez l’obsession du martyre, de la crucifixion, voyez les tableaux des artistes allemands du XVe siècle, se délectant à peindre le corps du Christ en putréfaction, des Christ verts (sans jeu de mots). Ah ! le dieu mis en croix, quel beau symbole de vie !

    Conclusion : non, on ne s’en fout pas de la doctrine « dans le cas présent ». En tous cas, pas moi, de la même façon que je ne me fouts pas de la doctrine du capitalisme, peu importe les artifices qu’il est capable d’inventer pour ne pas mourir. Vous avez le droit d’être dupe, j’ai le droit de ne pas l’être et de ne pas me satisfaire des ruses chrétiennes. Si l’Église avait vraiment l’intention de remettre en cause l’état des choses, non seulement elle se prononcerait clairement et radicalement contre le capitalisme, contre le productivisme, contre la croissance (c’est-à-dire en ayant le « courage » de prononcer les mots capitalisme, productivisme et croissance), mais en plus elle devrait consentir à débattre avec ses contradicteurs, à écouter ce qu’ils ont à dire. Mais le défenseur d’une vérité révélée ne peut pas faire ça, puisque justement il défend une vérité révélée. Or le débat n’est pas compatible avec une vérité révélée.
    À qui souhaiterait comprendre ce qu’est le christianisme, je conseille de lire Nietzsche.

  14. Tommili

    Sous couvert de christianisme, les espagnols, les portugais, les anglais ont massacré les amérindiens qui ne faisaient chier personne.
    J’ai aimé la controverse de Valladolid, le film, pas besoin de lire Nietzsche pour voir que c’est de la merde, comme d’ailleurs toutes les religions et les autres sectes à la con.
    Le Vatican, ce repaire d’escrocs et de pédophiles ensoutanés a toujours trempé dans des affaires louches, collusions avec les loges secrètes, fricoté avec la mafia etc…
    Aux Philippines, pays de morts de faim chroniques où l’église catholique est toute puissante, la contraception est interdite (source documentaire Arte), croissez et multipliez, y a rien à bouffer mais c’est pas grave, jésus y pourvoiera, qui multipliera pains OGM et poissons au mercure, si vous crevez vous irez au paradis toute façon.
    Donc, j’emmerde les curés, les ayatollahs et les gourous de tout poil. Je préfère lire l’Echo des savanes et la Rubrique-à brac. Amen.

    (Tout le monde sait çà mais moi çà me soulage…Merci quand même Minou.)

    (

  15. MinouMinou

    Pas besoin de lire Nietzsche pour comprendre que c’est de la merde, je suis absolument d’accord Tommili, mais Nietzsche peut aider à comprendre à quel point la perversité du christianisme dépasse l’imagination. Il décrit très bien, par exemple, comment la doctrine chrétienne arrive à travestir le ressentiment en amour de l’ennemi, en pardon des offenses. En effet, souvent le chrétien dit « je ne juge point : Dieu s’en chargera, héhéhé… ».
    Ce n’est qu’un petit exemple et je ne suis pas de taille à bien l’expliquer, c’est pourquoi je dis que Nietzsche peut apporter beaucoup à la compréhension des mécanismes « psychologiques » du christianisme.

    D’autre part, Tommili, je ne pense pas qu’on puisse mettre toutes les religions sur le même plan. Il y a, il y eut des religions, des dieux qui n’exigeaient aucune obligation de croire, qui n’étaient pas aussi autoritaires et prétentieux que le dieu chrétien et musulman, par exemple. Il y a une différence totale entre les religions païennes et les monothéismes – en particulier les trois grands monothéismes –, à tel point que c’est le sens même du mot « religion » qui change de signification quand on parle, par exemple, de la religion grecque ancienne. Il y a un petit livre absolument extraordinnaire, qui explique ça très bien ; il m’a fait mieux comprendre la « religion » grecque ancienne, c’est celui de Walter Friedrich Otto : L’esprit de la religion grecque ancienne. Toi qui es ravi par la poésie d’Homère, je te promets que tu ne regretteras pas de lire ce petit livre.

  16. MinouMinou

    « J’ai aimé la controverse de Valladolid, le film, pas besoin de lire Nietzsche pour voir que c’est de la merde, comme d’ailleurs toutes les religions et les autres sectes à la con. »

    La civilisation/religion des Indiens d’Amérique était très profonde, très belle, poétique au plus haut point. Jamais une telle civilisation, une telle religion n’aurait pu aboutir aux carnages du christianisme, ce n’était pas une religion nihiliste. Les Indiens d’Amérique étaient à l’opposé radical de cette idée que la Terre appartient à l’homme, qu’elle est de la « matière première », que l’animal est « comme une machine », etc. Pour se défaire de cette idée reçue selon laquelle toutes les religions sont la même chose, je conseille aussi le chapitre XIX (« Surprises ») d’ Une histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn. Grâce à ce livre j’ai découvert un peu de l’immense poésie, de l’immense beauté de la civilisation/ de la religion des Indiens d’Amérique. Par contre, c’est très déprimant de voir ce que les Occidentaux en ont fait…

  17. Tommili

    Oui, je veux bien essayer de le lire, surtout que je les aime bien moi les dieux grecs (sauf ce faux-jeton de Poseïdon. Ma préférée c’est Athéna.)
    Mais j’aurais dû peut-être nuancer mes propos, à savoir que je fais la différence entre :
    une religion = le fait de se prosterner ferme, ramper pitoyablement en astiquant le parquet pour vouer un culte à un truc-un être-une entité genre dieu-allah-yahvé qu’on a jamais vu, qui fout les jetons, et dont a même pas la moindre preuve tangible de son existence, être crétins à ce point c’est à peine croyable, mais bon chacun se démerde avec ses propres fantasmes (putain on est en 2011, quand même merde…On a plutôt les preuves flagrantes de leur inexistence, à ces trois trouducs)
    et une croyance = genre le grand manitou des peaux-rouges,un vague machin qu’ils invoquaient plus ou moins pour le folklore et sans se prendre jamais au sérieux…Eux, les Amérindiens, se considèrent comme faisant partie intégrante de la Nature, toute vie est sacrée, la moindre fourmi, le moindre brin d’herbe, et çà çà me plaît, comme philosophie. Alors que les autres ne se sentent plus pisser et s’approprient etr bousillent cette Nature, mais de quel droit ?

  18. MinouMinou

    Je me doutais bien que tu sais cette différence, Tommili. Mais là encore, nous ne pouvons pas plaquer notre compréhension du mot croyance sur un passé, sur des peuples, des conceptions du monde que nous ne pouvons pas comprendre, précisément parce que notre compréhension du mot croyance est la nôtre, elle est moderne, nous sommes les modernes. « Croyance », « religion », « sacré », « poésie » étaient une seule et même chose, souvent, pour les polythéistes. C’est pourquoi W.F. Otto demande : « Comment peut-on vouloir interpréter le mythe à partir de l’existence qui l’a perdu ? »
    Bien sûr que nous en avons plus qu’assez des fanatismes religieux, des excités, etc. Mais faisons l’effort de voir le passé avec les yeux des hommes du passé. Nous n’avons pas les mêmes yeux ; ne soyons pas victimes de la croyance au progrès au point de nous moquer de toute « croyance ». Regarder avec condescendance tout mode de pensée « irrationnel », c’est légitimer cette hypertrophie de la Raison qui nous a mené à la catastrophe écologique.

    D’une part, je pense que le « vague machin » c’est un peu caricatural, même si j’avoue trop mal connaître la ou les civilisations amérindiennes pour pouvoir en parler. D’autre part, tu reconnais toi-même qu’eux – peu importe leur « naïveté », leur « crédulité », leur « irrationalité », ou encore leurs guerres –, ils ont laissé derrière eux une terre habitable.
    Et puis quand bien même étaient-ils dans l’ « erreur »… N’y a-t-il pas des illusions nécessaires à la vie ? Le savoir, la vérité absolus ne sont-ils pas un terrible danger ? La science moderne, le progrès technique ne détruisent-ils pas toute poésie, tout mystère ?

    Sur les définitions et conceptions des mots croyance, mythe, culte, vérité, je me permets de mettre ici le début du 2ème essai posthume de W. F. Otto, « Mythe et parole », inclus dans les Essais sur le mythe :

    « Les discussions si animées auxquelles donnent lieu aujourd’hui le mythe et la prétendue « démythification » souffrent de sensibles lacunes, la première notamment étant difficilement concevable : on omet en effet presque universellement de s’interroger sur ce qu’est proprement le mythe, comme sur les phénomènes qui peuvent ou non en relever. La recherche scientifique des générations passées n’a conduit à vrai dire à aucun résultat auquel nous pourrions nous en tenir en toute tranquillité et que nous serions en droit de prendre pour base de toute investigation plus poussée. Bien au contraire : nous nous trouvons au milieu de la confusion la plus totale, comme le montrent précisément les propos actuels, pour lesquels le concept de « mythique » signifie à peu près périmé, dépassé, inactuel, au sens d’une vision du monde, et par conséquent dépassé et réfuté par la science moderne, ayant cessé d’être crédible pour l’homme éclairé d’aujourd’hui.
    C’est ainsi qu’on appelle « mythiques » des expériences et des observations dont de nouvelles expériences et réflexions ont démontré le caractère erroné. Comme, par exemple, que le soleil tourne autour de la terre, qu’il pourrait bien s’arrêter […], alors que la science astronomique nous a permis de mieux savoir ce qu’il en est, sans que pour autant nous soyons à vrai dire à même de nous libérer de la puissance de l’ancienne représentation : lorsque Hölderlin écrivit ses poèmes grandioses sur l’« Adolescent solaire » sur son déclin, on savait depuis longtemps ce qu’il en était « au juste » ! Et pourtant, qui ne serait saisi au plus profond de lui-même par cette image ! Voilà simplement un exemple de ces innombrables observations et avis réfutés par les progrès croissants de l’expérience scientifique. Les nommer « mythiques » est totalement absurde. Car serait « mythique », à ce titre, tout ce que nous ne pouvons plus croire de notre point de vue actuel ; « Mythos » serait donc un mot qui exprime ce qui n’est plus crédible, que nous avons à démasquer et à éliminer partout où le maintient encore la tradition – et quelle tradition !
    Il y a de quoi être étonné par la confiance aveugle (croyance au progrès) en la croyance aujourd’hui plus ou moins universellement répandue reconnaissable dans la plupart de ces jugements. Ainsi, l’homme éclairé d’aujourd’hui ne croit plis aux daîmones ni à leur action sur la vie corporelle et spirituelle de l’homme. Il est convaincu que la science aurait démontré l’erreur de cette représentation par son imparable explication causale de phénomènes hors du commun, et met cette explication causale partout où il a pu être question du démonique, sans même compter avec la possibilité que l’ancienne façon de se représenter les choses pourrait bien être fondée sur des expériences que la pensée scientifique n’est à même ni de confirmer ni de réfuter. […] Faut-il appeler cela un réel éclaircissement, ou bien plutôt un obscurcissement dû à l’opinion étourdie selon laquelle nous autres « savons », tandis que les Anciens, eux, étaient « ignorants » ? Quoi qu’il en soit, et même à supposer que la croyance aux daîmones, par exemple, ne fut, à l’instar d’autres croyances de ce genre, qu’une tentative erronée d’expliquer des phénomènes étranges, que notre science est à même d’expliquer de façon bien plus pertinente, il serait tout à fait dénué de sens de les appeler « mythiques ». »

    (Le livre idéal à mon sens pour se plonger dans la pensée de W.F. Otto reste L’esprit de la religion grecque ancienne, mais il y a aussi ces passionnants écrits posthumes intitulés Essais sur le mythe et Les dieux de la Grèce, dans lesquels Otto confrontre nos modernes concepts et définitions de « réalité » et d’«être » à celles que pouvaient avoir les Grecs.

  19. Tommili

    Non,non Minou, je m’exprime peut-être avec mes mots simples et pas aussi bien que toi.
    Je ne suis pas du tout condescendant avec ces civilisations dites « primitives », mais respectueux et admiratif, au contraire je suis convaincu que nous autres soi-disant les « modernes », avons beaucoup, non,TOUT à apprendre d’eux, car même si nous avons inventé quatre machines, les grecs connaissaient les mathématiques et l’astronomie, alors que l’église catholique plus tard,a tout fait pour plonger le monde dans les ténèbres et le chaos, les inquisitions, les croisades, les massacres, et l’islam s’acharne encore aujourd’hui à maintenir et approfondir l’ignorance j’ai la vague impression…
    Que de temps perdu.
    Mais je suis un bourrin et je vais me cultiver, promis. (déjà je fais mon possible pour soigner l’orthographe, à défaut de culture, tu vois, sinon on est vraiment foutus si on se laisse aller…)

  20. MinouMinou

    Je comprends ta première réaction, Tommili, même si ce n’est pas exactement ce que tu voulais dire. Il m’est arrivé, plus jeune, d’avoir la même, et plus : d’être un athée qui ne veut strictement rien entendre des religions, de l’irrationnel, etc. J’avais de bonnes raisons : mère catho tendance « Foi & Lumière », père de tradition autoritaro-musulmane avec passade Témoins de Jéhovah… (athée, je le suis toujours et c’est pour ça que je suis si désespéré.)
    Mais un jour j’ai eu une discussion avec quelqu’un qui connaissait assez bien la philosophie de Heidegger. Je lui dis que j’aimais bien Heidegger mais qu’il me gonflait sur les bords avec ses dieux grecs. (Antérieurement, j’avais lu Nietzsche sans l’avoir digéré, et j’en avais bêtement retenu la phrase « Dieu est mort, morts sont tous les dieux, maintenant nous voulons que vive le surhomme » (surhomme = surhumain, le type qui dépasse l’homme chrétien, l’homme nihiliste – pas Superman le type musclé ni celui qui gaze les Juifs, je précise, parce que nombreux sont ceux qui ont été tentés par ce genre de conneries). Bref, je n’avais pas encore compris que Nietzsche était lui-même admirateur des Grecs.) Et donc cette personne me dit simplement : « peu importe que ces dieux aient existé ou pas », et je ne sais plus quel fut le développement de son explication.
    « Mouais », me dis-je sur le moment. Je n’étais pas convaincu, je restai sur ma faim, mais sa conclusion m’avait « travaillé ». Je compris plus tard que les Grecs (ainsi que de nombreuses autres civilisations) n’étaient pas juste de « grands enfants », mais que leurs « croyances », leurs « superstitions » étaient profondes et belles. « Ces Grecs étaient superficiels – par profondeur », dit Nietzsche. Je comprenai surtout que mieux vaut tout, plutôt que l’absence de beauté produite par l’industrie moderne – parce que si l’homme ne vit pas pour connaître des expériences esthétiques, pour connaître la beauté, l’inutile, alors pour quoi ? Pour manger, dormir, s’accoupler, travailler ?

    Comme tu le dis, nous avons tout à apprendre d’eux. Nous avons perdu la chose la plus importante : l’inutile. (Je ne dirais pas, comme certains, que le connard qui va chercher son pain en bagnole à 1 km commet un acte inutile, au contraire : il est ultra-utilitariste.) Bon, après nous aurons toujours droit à l’éternel discours « oui mais les sociétés anciennes étaient esclavagistes », etc. À ceux-là il faut leur répondre, d’une part : esclavage, guerres, inégalités, barbarie n’ont pas disparus, mais ont été « délocalisés » ; d’autre part, il y a un constat irréfutable à mon sens : ces sociétés nous ont laissé une terre habitable. Le progrès social, c’est un autre débat.
    Donc oui, nous avons tout à apprendre d’eux : apprendre à voir l’arbre non pas comme du bois disponible pour nos machinations, mais comme un arbre, apprendre à voir l’arc-en-ciel non pas comme un assemblage de molécules, de CO², d’azote, de bidules et de machins, mais comme quelque chose de beau, d’enchanté, de magique, de sacré, de symbolique, etc. ; à voir le vent non pas uniquement comme source disponible pour produire je ne sais quoi, mais d’abord simplement comme le vent, etc. Peut-être que ce regard est perdu pour encore deux mille ans, peut-être pour toujours. En tout cas Tommili, ne parle donc pas de « défaut de culture »… car ce qui a mené à l’horreur moderne, c’est plutôt cette hypertrophie, cette accumulation de savoir, cette « aveugle fureur de collection », dénoncée par Nietzsche, qui exécrait les savants de son siècle : des « encyclopédies ambulantes ». Or la vie ne se collectionne pas, ne se calcule pas. Il faut apprendre à « bien-ne-pas-savoir », disait je ne sais plus qui.

  21. Tommili

    « Quel dégât nous fera un système qui nous étourdit avec des besoins artificiels en nous faisant oublier les besoins réels ?
    Comment peut-on mesurer les mutilations à l’âme humaine ? »

    Eduardo Galeano

    J’aime bien cette citation, que j’ai trouvée par hasard au début d’un film.
    Je crois qu’on se comprend Minou.
    Et plus j’avance, plus j’apprends, car en fin de compte, malgré ma grande gueule, je suis foutrement ignorant, et c’est pas de la fausse modestie.
    (dent et griffe, toujours)

  22. MinouMinou

    … Et de ce regard poétique sur les choses, de l’obsession morbide pour la « volonté de vérité », « la vérité à tout prix », de la fuite du divin, Keats disait dans son poème Lamia, en 1817 :

    Quant au jeune homme, vite, dépouillons pour lui
    Le thyrse, pour que ses yeux enquêteurs puissent nager
    Dans l’oubli ; et quand au philosophe,
    Que le chiendent et le haineux chardon portent
    La guerre sur ses tempes. Tous les charmes ne sont-ils pas
    rompus
    Au simple contact de la froide philosophie ?
    Il y avait un arc-en-ciel que nous vénérions autrefois au firmament :
    Nous connaissons sa trame, sa contexture ; elle est donnée
    Platement dans le catalogue des choses communes.
    La philosophie rognera les ailes de l’ange,
    Réduira tous les mystères par le fil et l’équerre,
    Videra l’air hanté, la mine qu’habite les gnomes. —
    Elle dépoétisera
    [découdra] l’arc-en-ciel, comme jadis elle fit
    Pour la tendre Lamia dissoute en une ombre
    .

    …et c’est ce qui s’est passé. Terre, soleil, vent, marée, arbre, tout n’est plus que ressource, que matière première.

    « Que ses yeux enquêteurs puissent nager dans l’oubli »… Nietzsche, poète et philosophe, plus tard, employa la même image :

    Jette dans l’abîme ce que tu as de plus lourd !
    Homme, oublie ! Homme, oublie !
    Divin est l’art d’oublier !
    Si tu veux t’élever,
    Si tu veux être chez toi dans les hauteurs
    Jette à la mer ce que tu as de plus lourd !
    Voici la mer, jette-toi à la mer,
    Divin est l’art d’oublier.

    Pour lui aussi, cette fameuse volonté de vérité « pourrait être secrètement une volonté de mort », et Keats, au début du siècle, avait anticipé le carnage qu’allait produire le savoir moderne. « La fin ultime [du savoir] — la civilisation — se perd de vue ; le moyen — l’activité scientifique moderne — barbarise… »

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