Portland, la Copenhague américaine

La crise du prix du baril de pétrole n’épargne personne, pas même les États-Unis et leurs carburants si longtemps bon marché. Pour autant, la prise de conscience est encore timide à l’échelle d’un pays aussi vaste. Mais une ville en particulier semble tirer son épingle du jeu. L’on y croise un nombre conséquent de cyclistes « commutant » matin et soir, des pistes cyclables larges et sécurisées, des commerces bio avec de vastes parkings vélos…

Bref, ça ressemble à Copenhague ou toute autre ville d’Europe du Nord, les canaux en moins… et cette ville, c’est Portland, située sur la cote nord-ouest des États-Unis, dans l’état de l’Oregon.

Extrêmement polluée à la fin des années 80 à cause d’une industrialisation massive, la ville engage alors un virage à 180°, et prend des décisions qui vont littéralement transformer son visage en l’espace de deux décennies.

L’on doit cela notamment au gouverneur Tom McCall, qui, au début des années 60, réalise un documentaire intitulé « Pollution in paradise » sur la pollution de la Willamette River, servant à l’époque d’égout pour les usines de Portland.

L’éveil des consciences commence, et les différentes formations politiques qui vont se succéder à la tête de la ville, vont petit à petit réussir à faire de Portland un exemple en terme de développement durable pour tout le reste des États-Unis.

Aujourd’hui, c’est grâce au sénateur Earl Blumenauer, élu à la chambre des représentants, que le vélo a trouvé sa place dans la ville. Dès son élection en 1996, il a étroitement travaillé avec les lobbies cyclistes de Portland pour faire (re-)sortir les vélos dans les rues de la ville.

En collaborant avec un bureau de planification urbaine, Alta Planning & Design, la municipalité de Portland a littéralement remodelé la ville, créant un nombre conséquent de kilomètre de pistes cyclables.

L’on est ainsi passé d’à peine 130 km en 1992 à plus de 435 km en 2008, avec près de 10% des déplacements s’effectuant à vélo! Et selon Roger Geller, du bureau des transports de Portland, tout ça s’est fait pour le prix d’à peine un mile d’autoroute!

Depuis lors, la culture du vélo s’est parfaitement ancrée dans le quotidien des habitants de Portland et fait même partie de leur identité. Même les tour-opérateurs vantent les mérites d’une citée visitable à vélo, « comme à Paris » (en français dans le texte).

Première ville américaine à avoir réintroduit le tramway, le vélo y est aussi accepté, en tout temps, ainsi que dans les autobus, munis tous deux de supports bicyclette.

Les abords du réseau cyclable de Portland foisonnent d’espaces verts, cafés (certains offrent aux cyclistes le café!), commerces, ateliers vélo, et bien sûr de stationnement sécurisé, dont certains ont remplacé des stationnements voiture. L’été, les cyclistes peuvent se désaltérer sur les fameux Benson Bubblers, ces fontaines à eau à quatre branches emblématiques de la ville.

Portland ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, et d’ici à 2030, la ville souhaite faire encore grimper la part modale du vélo à 25%, et ce avec un ambitieux programme de déplacement vélo qui va davantage densifier le réseau cyclable.

Pour en savoir davantage, je vous invite à aller regarder cet excellent reportage Arte qui s’est penché sur les nombreux aspects de « la plus européenne des villes américaines« , comme Portland aime à se nommer elle-même.

Source: http://www.weelz.fr/

Crédits photos : CM Keiner, Ktesh, Gregraisman, Lindsay Tyler, Will Vanlue, Beach650.

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Le 1er Web Magazine du Vélo Urbain

9 commentaires sur “Portland, la Copenhague américaine

  1. Anartoka

    Ce que ne dit pas l’article c’est la gentrification de la ville (un cas d’école)… Bref, le vélo pour les riches, les pauvres chassaient à la périphérie…. sans mobilité.

  2. Tassin

    @ Anartoka :
    Oui, mais ce sujet est bien traité dans le reportage d’Arte 😉

  3. Jean-Marc

    Riches ? ou nouveaux riches (car n ayant plus de dépense d automobile) ?

    La gentrification n a pas besoin d’une ville cyclable pour exister…

    toutes les grosses villes, de paris à londres…. et en version accélérer actuelleemnt à berlin [la grande ville qui était (et reste encore) la moins chère… mais qui est en train d essayer de rattraper son retard…]

  4. Antoinetriporté

    plutôt riches tout court je dirais, dans le reportage on voit des boutiques de vélos (assez basiques à ce qu’on en voit, pas des vélos couchés ni tandems, mais des vélos « classiques » faits à la main certes) à 4000 € s’implanter, ce n’est pas tout le monde qui peut…

    vu qu’une ville cyclable apporte une meilleure qualité de vie, j’imagine que cela peut favoriser la gentrification s’il des mesures comme le blocage des prix de l’immobilier ne sont pas adoptées en même temps, dans le sens où les classes moyennes et bourgeoises, pouvant trouver dans le centre le calme et la qualité de vie qu’elles auraient autrement recherché en banlieue, auront plus tendance à s’y installer.

  5. JiBOM

    En effet, 4000 € le vélo, c’est cher. Et pourtant, combien de foyers qualifiés de modestes possèdent une voiture (voire deux) d’une valeur de 5000 à 15000 € l’unité avec une utilisation individuelle (conducteur seul) la plupart du temps ? Bien entendu, il parait plus correct d’acheter une voiture à 10000€ qu’un vélo à 4000€ mais dans l’absolu il faut être plus riche dans le 1er cas que dans le 2ème ! Et tout cela, c’est sans compter les frais d’assurance, de fonctionnement et d’entretien qui viennent encore creuser l’écart en faveur du vélo.

    Dans les souvenirs que j’ai de ma vie chez mes parents, les voitures (nous en avions 2) étaient souvent utilisées deux fois trop longtemps : on m’emmenait et on revenait « à vide ». Idem pour me ramener. Il était assez difficile de mieux « rentabiliser » les allées et venues. D’où l’avantage du vélo, accessible plus jeune et plus efficace sur le plan de l’indépendance individuelle et de l’énergie. Et malgré l’existence de vélos hors de prix, on peut facilement trouver de quoi équiper une famille entière sans se ruiner !

  6. Antoinetriporté

    je ne raisonnais pas en ayant en tête les prix d’une voiture, et effectivement, 4000 €, si on les compare au prix d’une voiture neuve, c’est donné, mais aux prix des vélos en général, pour un vélo basique, 4000 € c’est pas mal luxueux, et ça témoigne d’une autre clientèle que celle qui fréquente les ateliers associatifs de vélos aussi montrés dans ce reportage.

    Pour ma part, je n’ai pas le permis et roule depuis toujours à vélo, aussi les ordres de grandeur de la voiture me sont un peu inconnus. Quand je pense qu’un Yuba, vélo cargo efficace s’il en est, coûte 1450 € sacoches comprises tout équipé, j’ai du mal à penser que 4000€ le vélo classique ce soit autre chose qu’une lubie de collectionneur ou d’une personne prête à s’acheter du « luxe ».

  7. JiBOM

    « j’ai du mal à penser que 4000€ le vélo classique ce soit autre chose qu’une lubie de collectionneur ou d’une personne prête à s’acheter du « luxe ». »
    Je suis d’accord. Le principal avantage du vélo reste – et doit rester – la simplicité d’usage et le faible investissement. Avec peu de matière et une mécanique simple (et sans équipement particulier !!), un vélo peu déjà fonctionner. Je suis d’ailleurs bien heureux, quand il fait beau, de ne pas avoir à m’enfermer dans une boite ou m’emmitoufler dans des vêtements de protection à chaque fois que je me déplace, que ce soit en marchant ou en pédalant.

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