« Bougez autrement »

Comment la Semaine européenne de la mobilité nous tient en laisse et pourquoi contrer dès maintenant son probable succès.

Dans quelques mois aura lieu la semaine européenne de la mobilité. Cette opération se déroule dans le cadre du développement dit « durable », dont les incomparables bienfaits nous autorisent à tout ignorer des conséquences d’une illimitation du développement comme de sa durée. C’est donc dans un concert d’imprécations à sa gloire, qui détourne nos consciences des interrogations susceptibles de nous rapprocher de la raison, que le ministère français de l’écologie nous demande de « bouger autrement ».

Remarquons avant tout que, suivant une implacable logique, l’empire de la mobilité ne nous invite pas à calmer notre bougeotte. Comment, en effet, pourrions-nous rester chez nous alors que la bonne croissance nouvellement socialiste a besoin de nous ? En faisant cela, nous risquerions de réduire le volume des échanges propres à la relancer. En tant qu' »éco-citoyens responsables » nous allons donc adhérer à la frénésie du mouvement sans en interroger l’utilité, quitte à rajouter quelques trajets des plus exotiques à notre palmarès de la mobilité en allant au supermarché à pied ou à l’usine d’armement ou de voitures à vélo, entre autres exemples. S’il ne dit pas un mot des destinations les plus inadéquates, le ministère de l’écologie nous prêche malgré tout les diverses solutions d’une alternative qu’il n’aurait pas hésité à qualifier de révolutionnaires à l’époque où le mot pouvait encore signifier quelque chose.

Il énumère donc en premier lieu la marche et le vélo, dont l‘évidence écologique désarme immédiatement la critique des ayatollahs verts que nous sommes. Et nous voici tellement flattés d’être mis au tableau d’honneur des alternatives (quel immense progrès des mentalités!) que du recours suivant aux véhicules « décarbonnés », quelques-uns d’entre nous, encore tout étourdis de la vile flatterie, en oublieront instantanément leurs convictions anti-nucléaires.

Dans la hiérarchie des alternatives prônées par le ministère, viennent ensuite les transports collectifs en site propre dont la propriété est de ne jamais empiéter sur le domaine réservé à la voiture de sorte que les dits sites soient propres à continuer d’éventrer et de trouer les montagnes, de vermoulurer les sous-sols des villes, de faire déverser des millions de mètres-cube de béton et de goudron et d’aligner des milliers de kilomètres de câbles et de rails. Ainsi la semaine européenne de la mobilité va-t-elle relancer la croissance du TGV qui court au nucléaire et coupe au plus court et sans arrêt entre deux mégapoles et celles des pistes cyclables que l’on goudronne sur les banquettes de terre de chaque côté des anciennes routes nationales qui prennent ainsi leur revanche expansionniste sur les autoroutes qui les ont détrônées.

Combien parmi nous vont se joindre à ce concert parce que la voiture individuelle est un tel monstre qu’on en viendrait à justifier toutes les alternatives, quelque soit la négativité de leur impact social ou environnemental? Combien vont inscrire leurs actions dans ce cadre en oubliant que ces actions qui seront répertoriées et comptabilisées par le ministère de l’écologie, serviront au final et au plus haut niveau des causes auxquelles nous pouvons être viscéralement opposés comme celle du nucléaire et du TGV? Pouvons-nous être certains que, d’un éventuel succès de cette semaine, l’écologie ministérielle, avec toute la perversité qui la caractérise au sein d’un gouvernement obnubilé par la croissance, ne va pas accélérer les chantiers les plus dévastateurs du transport public jusqu’à justifier la reprise des hostilités à Notre Dame des Landes par exemple?

C’est la raison pour laquelle il faut absolument en appeler au boycott de cette opération d’enfumage.

A propos de Gwenael

Auteur et acteur, fondateur de la Station-Théâtre

2 commentaires sur “« Bougez autrement »

  1. jurise

    eu, ouai enfin, nous allons pas tous rester bloquer dans ca petite ville ou village de campagne. car le velo c’est cool mais faire 3000 km en velo pour allez voir la famille/amis/autre pendant les 15 jours de vacances ce n’est pas gérable! l’écologie OK, limitons les dégâts, mais faut quand sortir de son quartier, la vie ne s’arrête pas a 50km autour de chez soit, et le monde est magnifique a découvrir!

  2. Jean-Marc

    @Jurise

    Le vélo (avec ou sans saccoche, avec ou sans remorque-enfant ou remorque-colis) est idéal pour les trajets en ville quotidiens.

    Or, sauf banlieusards lointain, suburbain, et rurbain, il s’agit de la majorité de nos trajets.

    Après, si 3-4 fois dans l année, on prend le train (avec éventuellement un vélo-pliant solide dans le sac, pour faire plus vite la transition entre les gares et le métro lors du changement à Paris) pour aller ailleurs, celà ne pose aucun pb.

    Le pb… c est que le train-omnibus, étant de moins en moins utilisé pour certains petits trajets banlieue proche-ville centrale (et inversement), arrivée en train dans une petite ville est en train (sans jeu de mot) de devenir de plus en plus difficile…
    Mais ce n est pas en n’utilisant pas le train, qu’il risque d’y avoir des (ré-)ouvertures de lignes (fermées ces dernières années).

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