La ZTL : la restriction d’accès au centre-ville à l’italienne

Rue de l’Avenir Suisse et France ont organisé une visite de terrain à Turin à fin mars pour voir l’efficacité des restrictions d’accès de l’automobile au centre-ville. Les participants franco-suisses sont revenus impressionnés par la démarche turinoise. L’acceptabilité politique et populaire  de la ZTL paraît meilleure que celle pour le péage urbain. Il n’y a pas de péage, le système est plus que remboursé par les amendes. A Turin, €20 millions par an pour un million de frais de fonctionnement. Cela ne résout pas tout, mais c’est un premier pas dans la bonne direction.

Retour sur la visite

Nées en Italie au début des années 90, les «zones à trafic limité» ont été progressivement adoptées par la majorité des villes de la Péninsule pour gérer la circulation dans les centres, avec des systèmes différents d’une ville à l’autre. Retour sur une visite récente à Turin, et sur un outil de gestion modulable qui commence, timidement, d’être exploité ailleurs.

La  ZTL est à l’origine conçue comme une mesure favorisant la préservation patrimoniale des centres anciens. Son utilisation s’inscrit aujourd’hui dans des plans de déplacement à l’échelle de la ville voire de la région urbaine, et poursuit des objectifs environne- mentaux de limitation des nuisances (congestion, pollution). Alternative potentielle au péage urbain, elle est basée sur un contrôle d’accès par caméra, modulé dans le temps et selon les types d’usagers, géré par des dispositifs informatisés.

Favoriser les transports publics

Les objectifs, les dispositions prises et les mesures d’accompagnement varient selon les villes. A Turin, il s’agissait prioritairement d’alléger la charge de circulation dans le centre de la ville et d’optimiser l’offre en transport public existante en favorisant l’avancement des bus et des trams.

Mandatée par la Ville, une entreprise privée a développé un très impressionnant système informatique, qui gère tout à la fois les accès à la ZTL, les carrefours à feux (priorité aux bus, gestion de la congestion) et l’information en temps réel aux usagers.

Des places revalorisées

La mise en place de la ZTL dès 2004 et son extension en 2010 participent aussi d’une volonté de revalorisation culturelle et touristique de la Ville. En témoigne le réaménagement de trois places emblématiques, longtemps dédiées au stationnement, désormais devenues piétonnes. L’opération a été rendue possible par des partenariats public-privé pour la création de garages souterrains (privés) sous les places publiques, compensé par la suppression de places en surface.

A Turin, les conditions d’accès dans la zone peuvent sembler complexes au non-initié: hors le début de matinée, où le transit est interdit entre 7h30 et 10h30, elles varient selon les secteurs voire les rues (réservées au transport public), les types d’usagers, les types de véhicules. Il existe même une ZTL nocturne pour le quartier chaud de Turin. Par ailleurs visant d’abord à maîtriser la congestion dans le centre, l’instauration de la ZTL ne s’accompagne pas d’un abaissement de la vitesse maximale autorisée, et la perspective ne semble pas envisagée. Par contre, dans d’autres villes italiennes, la ZTL est clairement liée à la zone 30.

A Nantes – et bientôt à Genève

Reste que l’outil est intéressant, et qu’il est adaptable. En France, Nantes l’a exporté et exploité pour la deuxième étape de transformation du Cours des 50-Otages, ce large boulevard à fort trafic, déjà réaménagé et limité à 30 km/h (voir RdA 4/2011). En Suisse, Genève va tout prochainement procéder à un essai à la rue du Rhône. Rien dans la loi suisse ne s’y oppose, aux dires de l’Office fédéral des routes, pour autant que l’on respecte le «principe de proportionnalité».

Pour en savoir plus voir le site de Rue de l’Avenir et le dossier sur les ZTL et la galerie de photos

Alain Rouiller

A propos de Alain Rouiller

Vice-président de Rue de l'Avenir Suisse

Un commentaire sur “La ZTL : la restriction d’accès au centre-ville à l’italienne

  1. Pédibuspedibus

    De telles mesures ne sont pas du luxe dans le piémont italien au vu de l’état de pollution atmosphérique extrême, en hiver en particulier, quand sévissent les conditions météo anticycloniques…

    Pour Milan, qui a également restreint l’accés automobile à un périmètre central, il est toutefois déplorable qu’un réseau dense de tram ne bénéficie pas de site propre et de priorité aux feux…

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