La finance a-t-elle tué le covoiturage?

Alejandro-Cartagena-car-pooling

Pour une fois, parlons de covoiturage, cette activité qui consiste à effectuer un voyage en voiture entre plusieurs personnes se connaissant ou pas, dans le but de partager les coûts de carburant. Cette activité, vieille comme la voiture, est aujourd’hui en train de devenir une pompe à fric pour quelques business angels de la Net économie.

Si on parle assez peu de covoiturage sur ce site, c’est d’abord lié au fait qu’une voiture remplie d’automobilistes qui  payent pour leur trajet, cela reste une voiture. Évidemment, les fans de covoiturage diront que « partager une voiture », c’est moins de voitures sur les routes et c’est donc bon pour la planète, l’environnement et les petits oiseaux.

Certes, sans aller jusqu’à dire que c’est bon pour la planète, c’est en tout cas moins pire que des files de voitures sur les routes avec une ou deux personnes seulement. Par ailleurs, il y aurait même un « rôle social » du covoiturage, fondé sur le partage, la discussion, les rencontres, etc.

Pourquoi pas, mais on peut aussi voir le covoiturage comme un transport en commun sans les avantages. Faire par exemple un trajet Paris-Bordeaux à quatre ou cinq dans une voiture, serrés comme des sardines, nécessite une bonne motivation quand, dans le même temps, un trajet en train permet de se lever, d’aller aux toilettes ou prendre un café au bar…

En fait, malgré ce que disent les partisans du covoiturage, le véritable avantage du covoiturage réside plutôt dans son faible coût par rapport au prix toujours plus élevé des billets de train.

C’est pourquoi, depuis très longtemps, c’est-à-dire à l’époque de la pré-histoire d’Internet, le covoiturage avait déjà ses adeptes. A vrai dire, ces adeptes étaient peu nombreux et devaient communiquer par des petites annonces dans les journaux gratuits…

Avec Internet et sa Aïe-tech, divers sites et autres plate-formes de covoiturage sont apparus pour relancer le concept du covoiturage dans un contexte de crise économique perpétuelle et de pollution permanente.

On a vu alors une période héroïque se mettre en place avec de nombreux sites collaboratifs fondés sur la mutualisation, la coopération et le partage. L’idée, c’est qu’on allait révolutionner l’économie et la consommation, coco! Certains appelaient cela la « consommation collaborative« .

Puis, des petits malins de la Net économie sont arrivés et se sont dits en gros: « bon, maintenant, comment on monétise tout ça? »

C’est exactement ce qui est arrivé avec le covoiturage et dont la brève histoire sur Internet est racontée sur Médiapart. Au départ, il y avait plein de sites plus ou moins bricolo tendance geek-libertaire. Puis, un site a émergé de la mêlée, du nom de covoiturage.fr pour ceux qui connaissent. Le site était toujours gratuit et a fini par concentrer 95% des trajets en covoiturage.

En situation de quasi-monopole, ses dirigeants ont compris qu’il était temps de passer aux choses sérieuses. Déjà, ils ont changé de nom, et trouvé que BlaBlaCar, cela faisait plus sérieux pour monétiser leur concept.

A l’aide de plateformes de crowdfunding qui se refinancent les unes les autres, ils ont levé de plus en plus de fonds et fait appel à des actionnaires de plus en plus gros, très très loin du concept initial libertaire du covoiturage.

Aujourd’hui, leurs aventures font la une du Figaro, tout un symbole! On parle de dizaines de millions d’euros apportés par des sociétés philanthropiques comme Index Ventures, Accel Partners, ISAI et Lead Edge Capital…

Et on y apprend que désormais, c’est non seulement payant, mais qu’en plus ils se sucrent à tous les niveaux, avec de multiples commissions différenciées. Le plus drôle, c’est que désormais c’est comme la SNCF, les passagers ne payent pas tous le même prix en fonction de la date de réservation!

Et le nouveau crédo de BlaBlaCar, c’est l’export à l’international avec un nouveau concept: un site au départ gratuit pour attirer les gogos puis on bascule dans le tout payant pour faire cracher les covoitureurs. En fait, c’est simple, vous commencez par tuer la concurrence en utilisant la gratuité, puis vous instaurez le tout-payant pour lancer la machine à cash.

En France, on est déjà à la seconde étape… et le covoiturage devient presque une activité commerciale comme une autre. Il semblerait même que certains en font une activité professionnelle, en alternant les trajets plusieurs fois par jour avec des voitures remplies de gentils covoitureurs qui payent avant même de monter dans la voiture.

Tout ceci illustre la naïveté profonde à la fois des partisans du covoiturage et des partisans de la nouvelle économie collaborative en mode 2.0. Certains diront que ce sont là les « dérives » naturelles d’une prise de contrôle d’un projet « utopique » par un fonds d’investissement tellement capitaliste. Plus prosaïquement, on appelle cela, à défaut d’être précis, la « récupération par le système ».

Citons le Monde diplomatique qui a bien décrit le phénomène il y a quelques mois:

Puis s’est produite l’évolution typique des start-up du Web : on se bat pour s’imposer comme la référence incontournable de la gratuité, et, une fois cette position obtenue, on impose aux utilisateurs une facturation à travers le site, « pour plus de sécurité », en prélevant une commission de 12 %.

Le covoiturage va-t-il périr sur l’autel de la finance? Rien n’est moins sûr… des covoitureurs excédés par le virage mercantile du covoiturage ont lancé une nouvelle plate-forme associative et gratuite, Covoiturage-libre.fr. C’est pour l’instant un petit canard au milieu des requins du covoiturage, jusqu’à ce qu’il devienne peut-être le site numéro 1 du covoiturage, avant d’être racheté par les plus gros actionnaires de la Net économie?

Alors oui, la finance a très probablement tué l’état d’esprit du covoiturage, mais comme le covoiturage tue sans doute aussi le train.

Photo: ALEJANDRO CARTAGENA

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

18 commentaires sur “La finance a-t-elle tué le covoiturage?

  1. Pédibuspedibus

    bien vu l’Ancien…!

    a percé à jour ces sales capitalisses…!

    comme aurait dit le bon vieux Dr Destouches…

  2. Vincent

    De toute façon, il faut bien trouver un moyen de financer l’infrastructure (serveurs + bande passante + temps de développeur) une fois qu’un site commence à avoir du monde.

    Au choix : pub, abonnement ou commission.

  3. Jean-Marc

    Il existe un très ancien système de co-voiturage, ne nécessitant ni smartphone, ni ordinateur, ni rien d autre qui se connecte à internet :

    un pouce levé,
    ou un pouce levé +le nom d’une destination écrit au gros marqueur dessus,

    et là, l avantage, c est du covoiturage 100% sans financer blablacar ou autre.

    inconvénient :
    on sait quand on part.. on ne sait jamais quand on arrive.

    et, si on veut, à la pause, on peut payer un café et un croissant à son chauffeur…


    précision, pour les personnes qui se sentent rassurer par blablacar, car le pseudo de leur chauffeur est connut de blablacar, et qui appréhenderait demonter dans la voiture d’un inconnu :
    une photo avec son telephone, de la plaque + de la tête du chauffeur, fait de façon ostentatoire, avec envoie de la photo à un conjoint/parent/ami,
    et vous êtes autant en sécu (voire plus) que sur blablacar

  4. Pim

    @Vincent : je ne crois pas que vu le peu de dev que demande ce genre de site, et le peu d’hébergement, une commission de 12% sur l’ensemble des trajets soit justifiée.
    demande à Marcel le cout mensuel de carfree pour l’hébergement.

    @Jean-Marc : ce que tu décris là est du stop. A mon sens c’est très différent. il s’agit de demander une place dans une voiture au bon vouloir du conducteur et ce gratuitement : de la « charité en quelque sorte ». Le principe du covoit, en dehors de tous les pseudos arguments écologiques qu’on lui prête est de partager des frais entre conducteur et passager(s). C’est un principe louable et très anticapitaliste non?
    hélas repris sur une plate forme ultra commerciale etc etc bla bla bla. Un comble!

  5. Jean-Marc

    « C’est un principe louable et très anticapitaliste non? »

    Les coupons de réduction sur la dernière machine jetable apple ou nespresso sont-ils une action louable et anti-capitalistique ?

    Permettre à un automobiliste de moins dépenser en se déplaçant en voiture, c est l aider à se maintenir dans le système auto :
    on diminue une des 2 seules choses qui incitent vraiment les automobilistes à passer à un autre mode de déplacements

    On favorise le « tout auto » (idem pour l auto-partage et la location), sans permettre à d autres d expérimenter d autres modes de déplacements, donc sans permettre de faire émerger/de faire se développer les solutions alternatives…

    (les 2 causes de report modal, d abandon de la voiture, sont le prix du déplacement en voiture, et SA santé à SOI; le temps gaspillé en auto n est pas pris en compte, ni le temps de travail gaspillé pour payer l auto (c.f. Ivan Illich) car un automobiliste croit dur comme fer, qu’il gagne du temps en voiture, dans les embouteillages qu’il crée, en ville… et oui… il a de sacrées oeillières…)

    il FAUT, au contraire, augmenter le coût, par une plus forte taxation des carburants et des véhicules, pour avoir plus de reports modaux, et ainsi une ville plus vivable, plus apaisée et plus vivante;
    et, de l autre coté, favoriser la gratuité des TEC et l indemnité kilométrique à vélo, afin que le différentiel coût élevé de l auto/faible coût du vélo et des TEC urbain soit agrandit…

    Surtout que les automobilistes sous-estiment tjrs le coût de leur voiture :
    ils calculent le coût d usage (le coût de l essence + huile), sans prendre en compte les frais fixes (ni l usure/entretien plus rapproché), vu qu’ils n envisagent pas de se passer de voiture/d éliminer ces frais fixes.
    Si bien qu’ils trouvent la voiture pas chère, par rapport au train…

    (celà peut etre vrai à 5; mais, si on prend tout en compte, ce n est que rarement vrai à 3.. et jamais à 2….)

  6. Jean-Marc

    autoquote :
    On favorise le “tout auto” (idem pour l auto-partage et la location), sans permettre à d autres d expérimenter d autres modes de déplacements, donc sans permettre de faire émerger/de faire se développer les solutions alternatives…

    il faut lire :
    « On favorise le “tout auto” (idem pour l auto-partage AUTO et la location AUTO), sans permettre à d autres d expérimenter d autres modes de déplacements, donc sans permettre de faire émerger/de faire se développer les solutions alternatives… »

    car l auto-partage de vélos et la location de vélos, saccoche, remorque, vélos-cargo sont, au contraire, des moyens de favoriser le report modal, par le test et l usage de moyens alternatifs.

  7. Pim

    @JMarc :
    pour les coupons, c’est du marketting et ca n’a rien à voir avec le partage des frais d’un système ou d’un autre.
    l’attitude louable dont je parlais était bien celle de partager les frais d’un système n’importe lequel, de faire du « collaboratif » en quelque sorte, en dehors du fait que ce soit de la bagnole.
    Donc je ne reproche rien au principe de co-voiturer ou de co-quelquechose.

    ensuite, tu peux reprocher (et tu le fais très bien et à juste titre) plein de choses à la voiture et au système bagnole et choisir de lutter contre. C’est très différent du « partage ». D’ailleurs la bagnole, c’est bien le principe meme de l’individualisme.

    Une politique efficace antibagnole par exemple serait clairement d’en augmenter les couts, et pourquoi pas aussi ceux du covoit, mais pour ce dernier point je doute que ce soit la 1ere mesure à prendre contre la bagnole.

  8. JAN

    Je suis d’accord avec plusieurs idées avancées dans cet article et dans les commentaires qu’il a suscités.

    En revanche je vois aucune raison de s’indigner du caractère lucratif de Blablacar. Permettre à des gens qui ne se connaissent pas de covoiturer sur un trajet c’est une activité comme une autre. Ceux que ça choque n’ont qu’à se tourner vers des sites gratuits (ou en créer un s’ils n’en trouvent pas). Dans ce cas ils devront très probablement supporter les publicités parasitaires.
    Maintenant si on préconise l’abolition de l’économie de marché il est évident qu’on ne peut que regretter la marchandisation du covoiturage. Mais alors on entre dans un autre débat qui, de mon point de vue, ne concerne pas directement le site Carfree.

  9. GeorgesK

    le problème de l’émergence du covoiturage comme système institutionnalisé c’est le virage de la sncf vers le yield management et des prix complétement prohibitifs quand on s’y prend à la dernière minute; donc le covoiturage au début c’est pour échapper à la prise en otage du monopole de la Sncf qui apriori en pâtit évidemment : http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0203613823111-le-succes-de-blablacar-bouscule-la-sncf-1020995.php
    le problème soulevé c’est que blablacar est en train de converger vers le même modèle offre demande et les prix vont inévitablement converger vers le haut à moins que le législateur n’intervienne comme ce fut le cas pour la sous-location (on ne peut pas sous louer plus cher que son loyer et se faire du bénéfice sur ai n b par exemple depuis le 27 mars 2014 http://democratie-reelle-nimes.over-blog.com/article-comment-faire-pour-utiliser-airbnb-sans-violer-la-loi-123713299.html )

    Mais Le covoiturage qu’il soit capitalisé ou fait à la bonne franquette n’est que la conséquence de la mutation « concurrentielle » de la sncf et du train en France.
    Même efficace et pas cher le covoiturage n’est pas à louer car promouvant une image positive de la voiture (certes partagée) par contraste avec le train devenu élitiste et inabordable! Cependant rien n’est perdu il reste encore des gares et des ter, à nous de faire pression pour sauver ce qu’il reste à sauver au niveau du transport ferroviaire…

  10. GeorgesK

    @jan ad block exsiste et c’est un incroyable outil de résistance contre l’envahissement de la pub sur internet

  11. Jean-Marc

    Le partage et le covoiturage, j ai du mal à voir le rapport :

    on a UN utilisateur propriétaire d’une voiture, et en plus chauffeur, et des personnes qui le financent => tu ne vois pas un léger déséquilibre entre les différents intervenants ???

    celui qui POSSÈDE la voiture, qui a plus de biens, qui choisit les aménagements du véhicules, est aussi souvent choisit la radio, les pauses, l itinéraire,…,…
    est financé par ses passagers.

    Celà ressemble plus à un passeur de frontières payé par des clandestins, qu’à du partage..
    (c est du covoiturage, les clandestins cachés dans un pickup? d ailleurs, chauffeur-covoitureur, comme chauffeur de clandestins, sont des « nouveaux métiers », illégaux, mais rentables, pratiqués par des gens ne déclarant pas leurs revenus : pas de grande différence entre les 2…)

    Celà s approche du crowfunfding (pleins de petits qui acceptent de financer un gros), bien plus que d’une SCOOP ou un GAEC, avec mise en commun de l argent de TOUS, ou que d’une tontine…

    En sachant que la tontine, scoop, Gaec, crowfunding et covoiturage sont des mises en commun d argent et/ou de moyens pour un projet… un projet pour tous (tontine, scoop ,Gaec) ou seulement pour « certains » (crowfunding et covoiture),
    et qu’aucun d entre eux n est deja du vrai partage…

    (au contraire des ateliers de DIY, aux échanges de savoirs entre bénévoles/adhérents dans un atelier de LHC, à l amélioration de logiciels libres, ….)


    le covoiturage peut sembler bien,
    car MOINS PIRE d avoir 4 covoitureurs + 1 chauffeur que d avoir 5 chauffeurs seuls dans leur voiture indiv.,

    mais, c est la même logique.

    et surtout moins bien que les solutions alternatives :
    le vélo, marche, TEC, ou même le stop

    De même, dans le « logement temporaire », le couch surfing peut sembler bien,
    car c est MOINS PIRE que de payer l hotel ou le camping, des structures totalement artificielles, avec du personnel assujetti à tes besoins (c.f. Djerba ou autres 5 étoiles dans des pays sous-développés)

    mais c est la même logique du toujours plus de tourisme :
    il FAUT faire New-York et Barcelone, et Melbourne,..
    (seulement, à moindre coût, et un peu moins déhumanisé/dépersonnalisé)

    et surtout moins bien que le woofing ou le camping sauvage, avec parfois demande d hébergement contre remerciement ou service (vaisselle, ou autre).
    Ceci, sans oublier d autres solutions, comme les squats, ou l hébergement chez des amis/de la famille.

  12. Jean-Marc

    « Maintenant si on préconise l’abolition de l’économie de marché il est évident qu’on ne peut que regretter la marchandisation du covoiturage. Mais alors on entre dans un autre débat qui, de mon point de vue, ne concerne pas directement le site Carfree. »

    Perdu :
    le système voiture,
    avec une infrastruture très chère,
    payés par les citoyens et non les utilisateurs,
    payés par tous pour que les plus riches puissent le plus en profiter,
    pose un vrai problème de NON-redistribution des richesses.

    Bien sûr, il fonctionne aussi dans une économie capitaliste non libre comme la Chine.

    D ailleurs, sur carfree, on en a deja parlé :

    http://carfree.fr/index.php/2009/01/31/comment-les-riches-detruisent-la-planete/

    ou, mieux, ici :
    http://developpementdurable.revues.org/8263

    mieux, car on y parle du livre
    Hervé Kempf, 2007, Comment les riches détruisent la planète, Ed. Seuil, 147 p.

    MAIS AUSSI de sa seconde partie,
    de sa SUITE LOGIQUE, induite par les excès attendus et normaux de ce système :

    Hervé Kempf, 2009, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Ed. Seuil, 168 p.

    Lien à lire, il explique en partie, pour ceux qui ne l’ont pas déduit, le lien avec les deux.

    Précision :
    La solution existe déjà, celà s appelle l E.S.S.
    l économie Sociale et Solidaire.

    où on trouve les AMAP, les ateliers LHC, les asso de Logiciels Libres, et des milliers d autres assos.

    l E.S.S. a une économie et des créations d’emplois en croissance moyenne SUPÉRIEURE à l’économie « normale », à l économie de la bourse, qui, depuis 1992, augmente surtout en capital et redistributions auprès des actionnaires, mais bien moins en emplois, salaires et impôts (payés pour la communauté).

    Une économie tournée sur elle, qui s enferme et exclue d un coté (crée des chômeurs, et des burnouts, avec médocs et drogues pour tenir ses objectifs.. jusqu’au suicide final…c.f. foxconn/apple, orange, et autres)

    Une économie tournée vers les autres, vers tous, qui accueille, de l autre…
    (crée du lien social, de l insertion sociale)

    Celà ressemble à un monde magique, vu de l extérieur…
    mais en fait, vu, de l intérieur, c est encore mieux ^^

  13. JAN

    Je cite:

    « Perdu :
    le système voiture,
    avec une infrastructure très chère,
    payés par les citoyens et non les utilisateurs,
    payés par tous pour que les plus riches puissent le plus en profiter,
    pose un vrai problème de NON-redistribution des richesses. »

    Bien que l’arbitre Jean Marc ait annoncé ma défaite je ne m’incline pas et me permets même de répondre ceci:

    J’admets que le développement excessif du transport automobile est le produit naturel d’un système économique qui pousse à la consommation et au chacun pour soi: le capitalisme. Pourtant j’ai la faiblesse de penser que c’est le seul capable de nous donner satisfaction à grande échelle…pour peu qu’il soit strictement régulé dans un souci, notamment, d’atténuation (dans la mesure du raisonnable) des écarts de richesse et de préparation de l’avenir des générations présentes et futures (l’écologie, le sujet qui nous intéresse ici). Or c’est bien ce qui n’a pas été suffisamment réalisé jusqu’ici, loin s’en faut !

    Quand au modèle concurrent, l’économie planifiée, l’expérience nous a bien montré qu’il pouvait prendre une orientation tout aussi productiviste et donc facteur d’externalités négatives que l’économie de marché.

    C’est vrai que l’ESS constitue un compromis intéressant. Je pense surtout aux coopératives agissant dans le secteur concurrentiel. Mais ces dernières ne sont pas totalement généralisables et se trouvent (à quelques nuances près) animées par le même moteur que l’ensemble des entreprises: le profit. Veuillez m’excuser d’employer ce que vous semblez nombreux à considérer dans ce forum comme un gros mot.

  14. Jean-Marc

    (petite explication :
    « Mais alors on entre dans un autre débat qui, de mon point de vue, ne concerne pas directement le site Carfree »

    « Perdu […] http://carfree.fr/index.php/2009/01/31/comment-les-riches-detruisent-la-planete/  »

    « http://carfree.fr/index.php/2009/01/31/comment-les-riches-detruisent-la-planete/  »

    Petite explication :
    ce n est pas l arbitre J-M qui dit que tu as perdu,

    Mais c est le créateur de Carfree (pas moi), qui le montre, quand il a décidé de reprendre et de poster un article sur le livre d’Hervé Kempf

    (à moins que ce soit Hervé Kempf qui l ait posté lui-même ? et qu’il y ait juste eu une validation par Carfree, de l article ?)

    Ce n est pas moi qui est décidé que ce débat avait lieu d être ici,
    c est la présence de cet article (et d autres, tournant autour) qui le prouve.

    (même si, perso, je comprend et j’approuve ce choix logique de Carfree)

    le pb, n est pas le capitalisme,

    le capitalisme participatif, entrepreunorial, est pas mal, sur le papier (si on évite le paternalisme)

    mais le pb, c est le capitalisme financier de ces +/- 20-30 dernières années.

    Celui que Sarkozy en 2008, puis Hollande avant les élections de 2012, étaient censé s en occuper et réguler…

    (tiens, Wall Street vient d avoir son 13ème record d affilé, ce vendredi… pendant ce temps, de plus en plus d américains pauvres, obligés d avoir 2 métiers par adulte, et qui ne s en sortent pas : explosion des travailleurs-pauvres en situation précaire…. Youpi !)

    Le pb, c est quand,
    du fait des lois fiscales, pénalisant le travail, et favorisant la finance,
    par exemple (mais c est le cas de la majorité des grosses boites rentables, dans +/- tous les domaines)

    PSA gagne PLUS d argent par sa banque et par la finance, que par la vente de voitures, qui est une simple activité vestigiale et anecdotique…
    (c.f. http://reflets.info/comment-jai-decouvert-que-psa-fabriquait-des-automobiles/ )*

    OU, quand les plus grosses fortunes françaises récentes, le sont dans la distribution, pas grace aux marges, mais par la finance :
    car elles payent leurs fournisseurs à 60jours, des produits qui leurs sont payés comptant (ou à 3 jours maxi, pour les chèques) par les clients.

    C est cette énorme somme d argent, en attente de paiement aux fournisseurs, placée, et donc rapportant énormément, qui explique la fortune de la famille Mulliez (Auchan) ou de François Pinault.

    Ils pourraient même vendre à perte, à marge négative (ce qui est illégale) ou nulle (ce qui est légal) et juste être rentable par les placements…

    (c est d ailleurs ce que faisait un des meilleurs, plus gros et plus fort trafiquant d or… qui a été arrêté en 2013 ou 2014 :
    il ne gagnait RIEN par son traffic, ne prenant pas de marge, mais juste par les placements financiers..
    désolé, je n ai pas retrouvé d article en parlant :'(
    mais il s agit peut-etre de celui-ci :
    http://www.panapress.com/Un-important-trafiquant-d-or-arrete-a-Bruxelles–13-609337-17-lang4-index.html )

    Ce capitalisme financier existait deja il y a 40 ans, mais pas à la même échelle

    [c.f. un film de Costa-Gavras (je crois) des années 70, Trintignant ou Piccoli travaille dans une multi-nationale, et n arrive pas à être rentable, au niveau de la filiale france, car la filiale Lux/Irlande lui facture ses produits à des tarifs exhorbidants, lui empêchant de remplir ses objectifs, il demande alors à son chef internationale, dans une réunion avec une grande table de chefs de toutes les filiales par pays, pourquoi des produits de chine passent par le luxembourg (ou l irlande), pour être ré-expédier en france, au lieu d être envoyer directement en france.
    Son chef lui explique, que c est parce que celà permet de payer bcp moins de taxe d import, et de taxe sur les bénéfices, comme la filiale lux (irl) facture très cher à la france (département de Trintignant/Piccoli, qui n a donc pas de bénéfices, et est donc sermoné) les produits qu’elle achète à très bas prix à la chine, et donc fait tous les bénéfices; et donc que ce petit détour, dans la marche logique de l entreprise, lui rapporte plusieurs milliards par an, en non-paiement d impôts, en non-contribution au financement de la communauté]


    La finance, trop peu taxée, est en train de devenir une économie aspirante/asphyxiante

    Ce qui risque de tuer l économie…

    Qu’est-ce qu’une branche économique aspirante/asphyxiante ?

    illustration, avec les hydrocarbures :

    entre le Maroc, la Tunisie, sans gaz, d un coté,
    et l algérie de l autre…

    dès aujourd hui, et-pire- dans 10 ou 20 ans, où vaut-il mieux naitre et vivre ?

    dans un pays sans aucune industrie, qui se repose sur une rente, pour payer des flics et militaires, et pour avoir des tas de fonctionnaires inutiles
    (ce n est pas le cas de la majorité des fonctionnaires, dans le monde… mais, en algérie, et dans d autres royaumes pétroliers, on les payent pour s acheter une paix sociale..)

    OU
    des pays à l économie diversifiée, active, avec une formation et une éducation de sa population ?

    ( autre lien intéressant, sur les hydrocarbures, pas sur la finance :
    http://carfree.fr/index.php/2011/02/28/les-automobilistes-aiment-les-dictateurs/
    la puissance financière du pétrole/gaz n apporte pas le bonheur aux populations qui ont « la chance » d en avoir sous leur pieds… : ni démocratie, ni prospérité, ni emplois : moins que les pays qui n en ont pas ! c.f. le Japon ou la Suède face à l Angola ou à l Algérie)


    p.s. le profit n est pas un gros mot…

    si c est un moyen pour faire qq chose,

    et non un but en soit
    (principe de la finance financière, de la bourse)

  15. Jean-Marc

    copié/collé loupé…

    Au début du commentaire,
    je ne voulais pas mettre le lien sur l article d Hervé Kempf 2 fois,
    mais mettre, la 2eme fois, juste avant l explication :

    « Bien que l’arbitre Jean Marc ait annoncé ma défaite je ne m’incline pas et me permets même de répondre ceci »


    autre chose :

    j ai retrouvé le trafiquant d or,
    en fait, il pratiquait l optimisation fiscale/la fraude fiscale, comme le patron de Trintignant/Piccoli, ou google, apple et amazon :
    il ne se rétribuait, qu avec la TVA non payée lors de l entrée dans un pays (l Inde) :

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/14/l-alchimiste-indien-de-tremblay-qui-transformait-l-argent-de-la-drogue-en-or_4383005_3224.html

    La marchandise pénétrait ainsi en Inde, premier importateur mondial d’or, sans s’acquitter de la TVA. L’argent de la drogue se retrouvait transmuté en métal jaune et vendu au cours local sur les marchés du Tamil Nadu.
    Sayed se rétribuait en empochant le delta de la TVA, soit 10 % de la valeur de la cargaison. Et s’offrait le luxe de blanchir « gratos »

  16. Haricophile

    Une petite correction : Autrefois il y avait le stop, et ça marchait plutôt bien. Sont arrivé les voitures rapides, climatisées et confortables (bien isolées de l’extérieur) auquel il faut ajouter un discours « sécuritaire » et des journaleux avides de gros titres gores qui ont fini par asphyxier la pratique. Toute une évolution sociale en fait, qu’on est loin de « sous les pavés la plage », ne reste plus de l’esprit des gens de cette époque que le holland-sarko-merkelisme. Mon Dieu comment en sommes nous arrivé là ? L’Humanité a-t-elle une mémoire de poisson rouge ? Brel aurait raison avec « l’auberge des 3 faisans » ?

    Donc Internet a redonné un coup de jeune à la pratique pour une autre génération, hélas « les gens » sont cons et au lieu de privilégier des pratiques communautaires, ils vont se réfugier chez les plus gros, riches et visibles qui les exploitent comme marchandises, Covoiturage mais aussi Apple, FaceBook, Google et compagnie.

    Bon, ils ne faut pas trop généraliser non plus, il reste des gens plus intelligents et constructifs comme par ici et qui redonnent un peu d’optimisme. N’empêche qu’un jour il faudra remplacer « too big to fail » par « too big to exist ».

  17. Train

    Je ne sais pas si le covoiturage tue le train, je ne prenais pas plus le train (voire pas du tout) quand le covoiturage était moins célèbre.
    Heureusement que ça existe parce que sinon jamais je n’aurais pu voir d’autres régions que l’ile de france vu les prix des billets durant les vacances.
    Je crois que le train se tue tout seul. Avec des prix plus bas plein de petits banlieusards qui restent dans leur banlieue durant l’été prendraient des billets de trains. On ne demande que ça de soutenir la SNCF ^^

  18. bonin

    Bonjour,

    ce n’est pas 12% de commission. Exemple pour un trajet de 6€ réservé 23h50 avant le départ j’ai payé 7,93€ soit 32% de frais.

    Ce que je reproche à blablacar c’est de ne plus te laisser le choix de la gratuité sous un fallacieux prétexte de sécurité demandé par le chauffeur ou le demandeur. Cela existe encore pour les trajets inférieurs à 75km. De plus ils mettent 5 jours pour te payer comme au temps des diligences.

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