Bagnoleux Vs Bagnolards

Uber contre les taxis, les taxis contre Uber… C’est quand même assez jouissif de voir les uns taper sur les autres et vice-versa. A vrai dire, les deux camps ont tort, mais cela se fait au détriment d’une réelle solution de mobilité utile à tous.

La semaine dernière, les taxis ont semble-t-il gagné une bataille, à défaut d’avoir gagné la guerre, avec le retrait unilatéral et sans doute provisoire d’Uber du marché français.

Les taxis, c’est une profession féodale ultra-réglementée, avec numerus clausus, licences hors de prix… et tarifs qui vont avec. Et pourtant, les taxis ont sans doute un rôle à jouer le cadre du système de mobilité sous réserve d’une modification profonde de la profession.

Le problème, c’est que le meilleur argument contre les taxis est porté par les taxis eux-mêmes. Trop chers, rarement aimables, encore moins disponibles, souvent introuvables… la liste des griefs est longue. En cause, un système féodal voulu par la corporation et appliqué par l’Etat qui contrôle le nombre de taxis en circulation afin de maintenir les tarifs à un haut niveau.

Résultat: le taxi peut servir à certaines catégories de population aisées à la rigueur, mais tous ceux qui en auraient le plus besoin, les étudiants, les pauvres, les sans-voiture, etc. peuvent toujours rêver de prendre un taxi un jour.

Dans le même temps, on trouve désormais de nouveaux acteurs comme Uber qui, pour faire exploser leur potentiel boursier et à terme leurs bénéfices, sont prêts à tailler des croupières à une profession sinistrée. Et comme dans la « nouvelle économie » d’Internet on a vraiment des idées de génie, leur objectif est de transformer Monsieur tout le monde en chauffeur Uber.

Vous cliquez sur votre smartphone et un gus débarque dans la seconde pour vous charger, sans aucune garantie en matière d’assurance, de sérieux, de sécurité, de contrôle, etc. Le gus en question a peut-être fait une journée de travail complète dans un bureau avant et enchaîne à la suite ses 10 courses Uber: pas grave, il va vous prendre en charge « avec sérieux et sécurité »…

Uber, c’est le règne de travail déréglementé, illégal et sans contrôle. C’est aussi un véritable rêve de capitaliste: avoir comme employés des milliers de chauffeurs sans aucune contrainte en matière de droit du travail puisque ce ne sont pas vos salariés.

Donc, d’un côté on a un système ultra-réglementé, les taxis, et de l’autre un système ultra-libéral, Uber… Entre la peste et le choléra, vous choisirez?

Pourtant, le taxi est sans doute un outil utile dans le cadre du système global de mobilité, mais certainement pas sous sa forme actuelle ou sous sa forme ubérisée.

Ce qu’il faut, c’est un système partiellement libéré qui permettrait de multiplier le nombre de taxis par 3 ou par 5, avec un code couleur clairement identifiable, sans contrainte d’horodateur, mais avec des contrôles sur les chauffeurs et sur les véhicules en termes de sécurité. Mais, pour cela, il faut des fonctionnaires pour contrôler tout ceci, vous savez cette profession en voie de disparition suite aux cures massives ultra-libérales. Dans le même temps, il faudrait profiter à plein des système temps réel de géolocalisation sur les smartphones.

Alors oui à un système qui utilise la géolocalisation en temps réel pour obtenir rapidement le taxi le plus près de soi quand on en a besoin et oui à un système qui multiplie réellement le nombre de taxis tout en diminuant leur coût sans sacrifier à la sécurité et au nécessaire contrôle d’une telle activité professionnelle.

Avec des taxis présents partout à un coût raisonnable, on peut même envisager que des automobilistes addictifs finissent par se débarrasser de leur voiture. On pourra toujours rétorquer que cela constituera un apport de plusieurs dizaines de milliers de voitures en ville, mais en complément de mesures de réduction du trafic automobile (péages urbains, voies piétonnes, voies bus et taxis, suppression du stationnement, etc.), un seul taxi permet du fait de sa configuration d’utilisation, de remplacer plusieurs voitures.

Et en outre, si une voiture appartient à un seul automobiliste, le taxi peut quant à lui vous rendre service n’importe où et n’importe quand. Une réforme profonde de l’organisation des taxis est donc la seule solution qui permettra de promouvoir et de défendre cette profession si utile. C’est aussi un des moyens offerts à la diminution de la place de la voiture en ville. Pour le reste, il y a la marche, le vélo et les transports en commun…

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

8 commentaires sur “Bagnoleux Vs Bagnolards

  1. Loic

    Non propriétaire de voiture et adhérent à une scoop de partage de voiture CITIZ, j’aimerai bien utiliser le taxi (ce serai complémentaire) , mais effectivement c’est trop cher et surtout mal organisé et inadapté (disponibilité , accueil…) !

    Ca me fait mal de voir arriver une mercedes turbo 250 ch siége en cuir… pour faire 4 Km vers la gare. Car je ne veux ni de ce luxe ni de cette dépense non écolo.

    J’ai fait un  séjour à Séoul est la bas il y a des taxis (pleins) de 3 catégories. Les gros (pour les riches , les touristes crédules et ceux qui se le font payer) , ensuite la catégorie moyenne et enfin l’économique : de mini véhicule type mini van . C’est rudimentaire mais pour faire 1/2 heure de trajet c’est parfait.

    Moi je deviendrai un client régulier de ce type de taxi éco , mais le moins possible de nos taxis d’aujourd’hui.

     

     

  2. p

    D’une part, il ne faut pas sous-estimer Uber. Oui, c’est une entreprise fondée sur une idée simpliste pour court-circuiter le marché des taxis. Mais si Uber voudra continuer à croître après avoir mis en l’air les taxis traditionnels (car ça arrivera), il leur faudra trouver d’autres secteur de croissance. Et c’est là que les investissements qu’ils auront reçu auparavant serviront pour proposer une flotte de voitures autonomes et sans conducteurs, n’appartenant pas à des particuliers, des vraies voitures partagées à disposition de tous.  Je pense que dans le futur Uber réussira à concilier ces 2 mondes dont vous parlez, au détriment de l’emploi. Et aussi celui des piétons/usager doux, lorsque nous ne pourrons plus utiliser l’espace public comme nous le voulons, car l’infrastructure sera modelée pour la ‘sécurité’ des voiture autonomes.

    D’autre part, dans la plupart des pays moins développés, il existe des systèmes de transport semi-commun à bas prix. Ex: taxi-servis au Liban, qui prend des passagers en continu ou des minibus en Asie comme noté par Loic. C’est Uber avant l’heure, mais il faut des lois laxistes pour que ça puisse exister. Bon en général pour la sécurité, il faut repasser 😉

    Est-ce qu’on le veut ?

     

  3. Vincent

    MR > > En cause, un système féodal voulu par la corporation et appliqué par l’Etat qui contrôle le nombre de taxis en circulation afin de maintenir les tarifs à un haut niveau

    Quelle preuve avez-vous que les autorités limitent le nombre de taxis pour maintenir les tarifs à un niveau élevé?

    C’est sans doute pour d’autres raisons:

    – sécurité : états des véhicules, respect du nombre d’heures travaillées, respect des tarifs, etc.

    – électoralisme : le numerus clausus + fermer les yeux sur la revente illégale des licences accordées gratuitement à l’origine

    J’ai lu que l’Irlande, confrontée au même problème historique, l’avait réglé en rachetant les licences avant de supprimer le numerus clausus. Mais rien que pour Paris, à hauteur de 20.000 licences * 200.000€, ça fait déjà 4 milliards d’euro…

    Il faudrait voir la situation dans les pays où les licences de taxi sont accordées sans numerus clausus : plus d’accidents/arnaques?

    > On pourra toujours rétorquer que cela constituera un apport de plusieurs dizaines de milliers de voitures en ville, mais en complément de mesures de réduction du trafic automobile (péages urbains, voies piétonnes, voies bus et taxis, suppression du stationnement, etc.), un seul taxi permet du fait de sa configuration d’utilisation, de remplacer plusieurs voitures.

    Faut voir : dans les grandes villes, comme la plupart des gens n’ont déjà pas de voitures, le trafic individuel est celui de banlieusards, qui n’ont aucune utilité de taxis.

    Si on réduit le prix de la course, le trafic taxi risque de simplement remplacer du trafic métro/bus/vélo, soit pas du tout une bonne idée. On voit déjà le phénomène avec Autolib : très majoritairement des gens qui n’avaient pas de voiture et prenaient donc les transports en commun.

  4. Loic

    Il existe déjà des solutions EN FRANCE par exemple en Martinique (département français) les taxis-Co.

    C’est des breacks ou camionnettes qui sur un trajet prés défini partent avec un minimum de passagers. on attends donc que le véhicule soit rempli.

    C’est régulier et économique et là on ne tombe pas dans le tout voiture mais dans l’optimisation des déplacements en voiture.

    Il faut bien comprendre que le taxi est là pour être la solution si vous ne pouvez prendre ni le vélo ni les transports en commun. Car trop chargé , pressé, handicapé,….,  ou bien que les transports en commun n’existe pas ! Et même sur Marseille c’est possible , oui oui ! ou dans n’importe quelle campagne.

  5. RG

    Je trouve que la tarification des taxis est à la hauteur de ce que coûtent l’automobile et son maniement : un luxe (et le luxe, c’est bon).

  6. Vincent

    RG > Je trouve que la tarification des taxis est à la hauteur de ce que coûtent l’automobile et son maniement : un luxe (et le luxe, c’est bon).

    +1. Quand on sait qu’une caisse, même utilisée au strict minimum quotidien, coûte autour de 2.000-3.000€/an tout compris (achat, assurance, carburant, etc.), on comprend pourquoi le taxi est aussi cher.

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