Réinvestissons le périphérique parisien

Le périphérique parisien constitue sans doute le symbole de la ville-automobile des années 1970. Ce rêve pompidolien du 20ème siècle est devenu un cauchemar anachronique au 21ème siècle, une coupure urbaine faite de bruit, de pollution, d’émissions de CO2, d’accidents et de détours pour les piétons et les vélos. Un autre périphérique est possible qui soit réellement périféérique.

A l’occasion de la journée sans voiture, Anne Hidalgo, la maire de Paris, déclarait récemment dans les colonnes du Parisien: « Un jour, le périphérique ne sera plus une autoroute. » Elle précise toutefois que ce sera sans doute « dans très longtemps. »

Le problème, c’est qu’on n’a plus le temps. Si le fait qu’une maire de Paris puisse faire aujourd’hui une telle déclaration représente déjà une avancée certaine, on ne peut se satisfaire d’avoir à attendre « très longtemps » avant de transformer le périphérique en quelque chose de véritablement vivable et adapté aux enjeux du 21ème siècle.

Il faut donc que les citoyens se saisissent de la question du périphérique parisien pour envisager sa reconversion. Faut-il lancer un concours d’idées, un site web participatif ou tout simplement inonder les boites mail des élus du Grand Paris afin de faire pression pour que les choses changent?

En 2016, le groupe écolo de Paris avait eu le mérite de lancer le débat sur la transformation du périphérique parisien, en particulier en produisant le visuel ci-dessus.

Pour eux, à l’horizon 2030, « le périphérique peut devenir un lieu de rencontre et d’activité, une véritable liaison entre Paris et la banlieue qui regrouperait un peu de circulation, des mobilités douces, des espaces verts, des commerces, etc. Un véritable espace à réinvestir ! »

Si l’on sait depuis longtemps qu’il faut en finir avec les autoroutes urbaines, la question est de savoir ce que l’on doit faire de ces espaces.

Certains chercheurs comme Jeff Kenworthy, professeur en développement urbain durable de l’Université Curtin en Australie, proposent tout simplement de « détruire les autoroutes pour construire des rails. » Dans le cas parisien, il y a déjà la Petite Ceinture qui ne demande qu’à être réaménagée pour le transport ferré de voyageurs…

L’autre option, c’est de transformer le périphérique parisien en immense coulée verte avec espaces naturels et lacs, voire jeux de plein air. L’avantage, c’est d’offrir un peu plus de nature en ville en lieu et place de cette balafre autoroutière. Cela pourrait devenir éventuellement un spot de biodiversité avec réintroduction d’espèces menacées.

Si on veut rester dans le « raisonnable », on peut déjà envisager de transformer le périphérique tout simplement en boulevard urbain avec une voie de circulation automobile dans chaque sens, un tramway ou des couloirs bus et des pistes cyclables et trottoirs confortables pour les piétons.

Une autre option intéressante serait de transformer le périphérique en rivière offrant de magnifiques promenades aux parisiens. Et pourquoi pas avec des guinguettes au bord de l’eau? Cela vous paraît complétement fou? Pourtant, c’est ce qu’a fait la ville de Séoul en Corée du Sud, en remplaçant en 2005 une voie express surélevée par une promenade urbaine le long d’une rivière (voir photos ci-dessous).


Voyons maintenant quelques photographies de l’aménagement actuel…

Vous préférez toujours le périphérique parisien actuel?

 

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

9 commentaires sur “Réinvestissons le périphérique parisien

  1. vince

    Programme alléchant, mais qui suppose d’avoir abandonné en grande partie la voiture.

    Moi je suis prêt, je préfère mettre 3h à pied dans les décors ci-dessus qu’une heure en voiture.

    Dans le bled où j’habite il n’était pas rare autrefois qu’une personne fasse 10km à pied pour aller bosser, les enfants allaient à la cantine à pied le midi à 2km maintenant c’est un bus (il faut discuter avec les petits vieux…), sans parler du vélo bien sûr.

    Le moteur, l’obésité, la laideur du monde…..on arrête quand ?

  2. Pédibuspedibus

    Pour le coup de l’anneau aquatique il faut voir la topographie du lieu, s’il existe quelques talwegs :

    auquel cas quelques arcs de cercle en bleu pourraient désormais agrémenter les cartes géographiques représentant la capitale…

    Sinon la meilleure requalification des autoroutes urbaines serait bien sûr d’utiliser leur plateforme pour augmenter le réseau ferré existant, et une offre qui ne suffit pas à satisfaire les besoins actuels, et encore moins la préparation de la transition des modes de vie, modes de déplacements compris…

  3. emmp

    Aaah, la Petite Ceinture ! Nostalgie, quand tu nous tiens ! Je revois les étincelles des câbles électriques qui scintillaient tandis qu’on roulottait en sautillant entre Péreire et Henri-Martin ! Quand on montait dedans, on faisait le vœu de ne pas finir électrocuté, et on descendait en faisant le « ouf ! » du survivant. Il ne restait plus que quelques kilomètres de ligne en service quand je l’ai un peu emprunté, et on se demandait déjà ce qu’on ferait du réseau tout entier, qui était en train de se décatir. Je ne comprendrai jamais pourquoi on n’a pas gardé cette ligne en meilleur état.

  4. Dae

    Bonjour,

    Je trouve ces considérations inappropriées: à vouloir sans cesse supprimer la laide automobile du paysage, on agit sans tenir compte de la vie quotidienne de millions d’usagers, qui se déplacent, vont au travail et font tourner la vie économique de la ville… A ce rythme, toutes ces personnes, dont une majorité écrasante vit en Banlieue tellement le prix du logement parisien est exorbitant, chercheront du travail ailleurs, étant finalement contraintes à une vie trop pénible au quotidien.  Ceci nous promet une ville fantôme garnie essentiellement de bobo parisien et de touristes, qui pourront, c’est sûr profiter à loisir des jeux d’eaux et des plages artificielles… On nage en plein délire!

    N’oublions pas que les réseaux de transports urbains sont déjà saturés, car la majorité des déplacements intra-muros se font de façon radiale, de banlieue à Paris ou l’inverse, et non de façon circulaire. A ce titre, vous oubliez de citer que la ligne de la petite ceinture n’a connue qu’une vingtaine d’année d’exploitation rentable, boostée par la guerre de 1870 et l’exposition universelle de 1889, et périclitant très vite lorsque les lignes de métro sont apparues… (Preuve s’il en est que le trafic le plus important est radial et non circulaire).

    A mon sens, il vaudrait mieux trouver des solutions à l’échelle macroscopique, afin de diminuer la population en région parisienne… C’est là qu’est le rôle de l’Etat: amménager le territoire… Il ne suffit pas de faire des espaces verts pour améliorer le bien-être de la population… Il faudrait déjà commencer par désenclaver l’Ile de France, en contraignant fortement les entreprises à se délocaliser dans d’autres régions qui se désertifient, et ne pas encourager la construction sans cesse accélérée de logement au titre « qu’il n’y en a pas assez »… On amplifie le problème de la surpopulation à tous les étages, et cela vous conduit à devenir autophobes parce qu’il y a trop de voiture, effectivement… Mais également trop de monde dans trop peu d’espace… (Avez-vous déjà essayé de voir une exposition ou un concert à Paris?)

    Pourquoi tout le temps taper sur notre liberté, celle de circuler, au titre que « c’était mieux avant »? Si vous vous tournez vers le passé, vous verrez qu’on a inventé le périph et les voies sur berge pour justement supprimer les bouchons intra-muros (qui, oui, existaient déjà!) et améliorer la circulation routière… Faut-il vraiment renier cet héritage de bon sens? Sans ces outils, le km de bouchon augmente logiquement, proportionnellement à la quantité de personne en déplacement, et la pollution avec elle (puisque chaque personne utilise son véhicule plus longtemps…)

    Alors, oui, mettre des jardins pour mieux respirer, je suis d’accord, mais le bien-être commence déjà par ne pas être entassés à tout bout de champ… Ne pas respirer les odeurs de son voisin dans le métro, ne pas faire 10km de queue à une expo, ne pas courir après le dernier Vélib disponible parce que tout le monde les emprunte au même endroit, ne pas devoir parler en temps de trajets, mais en distance, … et retrouver le temps de se prélasser au bord d’endroits comme celui-ci… Parce que quand bien même on ferait du périph un jardin, vous croyez franchement que vous aurez le temps d’en profiter dans votre journée?…

     

  5. BONNARD

     
    L’idée d’une ville « propre »est louable mais reste une véritable utopie. Dans la vraie vie, les zones urbaines génèrent des pollutions sonore, atmosphérique, chimique, etc… qui sont produites en majorité par l’industrie, les chauffages, et bien sûr les transports. Depuis des décennies,  les bassins d’emploi sont concentrés au sein  de méga(lo)poles devenues  surpeuplées. Les habitants ayant besoin d’exécuter quotidiennement des trajets de plus en plus longs (temps et distance) en utilisent tous les modes de transport disponibles tels que pieds,  vélos, métro, RER, autobus, voitures, camionnettes, scooters, moto etc… la liste est longue … ! Cette densité  est devenue telle que chaque trajet s’est transformé en cauchemar pour chaque usager. La cohabitation de tous ces modes de transport devient réellement problématique.   Plutôt que de stigmatiser tel ou tel moyen de transport en invoquant des arguments tous plus recevables les uns que les autres (pollution, nuisances sonores, grèves …), ne serait-il pas plus judicieux de traiter ces problèmes en amont  ?
     
    Le 20ième siècle a vu le développement de l’industrie et des moyens de déplacement, le 21ième est celui de la communication.  Les outils numériques modernes permettent de limiter en grande partie les déplacements. Le télétravail, par exemple, est un outil très efficace pour lutter contre toutes ces problématiques. Cet outil permet de réduire drastiquement les trajets domicile-travail pour de nombreux acteurs du secteur tertiaire (majoritaires en zones urbaines), et participe de fait à la décharge des réseaux de transports.
     
    Autre piste intéressante et pourtant peu à l’ordre du jour : la décentralisation ! Diluer la population sur TOUT le territoire national a beaucoup de vertus. Rééquilibrage économique sur tout le territoire par le développement de chaque région, coût du logement plus abordable et tout simplement meilleure qualité de vie ! Les infrastructures existantes permettent cette stratégie (TGV, autoroutes, internet…).
     
    En conclusion, on est en droit de se demander si ce ne sont pas les pouvoirs politiques qui nous conduisent volontairement dans cette impasse de la concentration urbaine. Qu’ont-ils à gagner ?
     
    60% de taxes sur chaque pleins de carburant par exemple. Création de taxes écologiques telles que vignettes CRIT’AIR,  taxe carbone, péages urbains … et tant d’autres. En stigmatisant et en culpabilisant la population, la pilule passe facilement…  La bagnole a bon dos, mais elle reste malgré tout un fabuleux outil de liberté !
     
     
     
    Un homme politique célèbre a dit un jour « …Les Français sont des veaux…
     

    Bonne réflexion.

     

  6. Vince

    « Plutôt que de stigmatiser tel ou tel moyen de transport en invoquant des arguments tous plus recevables les uns que les autres »

    Il n’y a strictement aucune comparaison entre les nuisances causées par la voiture (pollution, obésité, maladies cardiovasculaires, accidentologie, bruit) et celles causée par le vélo par exemple.

     

     « Les outils numériques modernes permettent de limiter en grande partie les déplacements. »

    Sauf que malgré l’essor des outils numériques le trafic routier continue d’augmenter. C’est une constatation.

     

    « En conclusion, on est en droit de se demander si ce ne sont pas les pouvoirs politiques qui nous conduisent volontairement dans cette impasse de la concentration urbaine. »

    Quand plus de 30% des déplacements en véhicules motorisés sont inférieurs à 2km, j’ai tendance à croire que le citoyen a sa part de responsabilité.

  7. Bernard G.

    Comme fait remarquer Pédibus, la topographie du périph’ fait que la  « rivière » de Marcel sera plutôt un véritable torrent déboulant des hauteurs de la Porte des Lilas vers la Seine dans le 12ème, et vers les lacs du Bois de Boulogne par le nord

    On n’installe pas forcément des guinguettes le long d’un torrent, mais il faut absolument y faire avant les JO de 2024 pour les épreuves de canoë-kayak. 🙂

  8. Axelos

     

    Je pense qu’il faut dans un premier temps préparer le terrain, éviter des scénarios similaires aux fermetures et réductions de voies de circulations récentes sur Paris (Voies sur Berges et Rue de Rivoli), ou les oppositions se font entendre bien plus fort que les arguments de la Mairie de Paris.

     

    Une solution toute simple serait de simplement « éduquer » les automobilistes en les poussant à pratiquer le covoiturage. Réserver la ou les voies de circulations sur la gauche aux véhicules contenants à minima deux ou trois personnes. Puis dès qu’assez de Franciliens prennent cette habitude, on supprime l’une des voies pour contenir une certaines pressions sur les récalcitrants qui continueront à être coincés dans les bouchons, jusqu’à ce qu’ils s’y mettent.

     

    Parallèlement les voies gagnées pourront être utilisés pour les TEC et/ou vélos.

     

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