Quinze jours, avec sursis!…

Le rôle d’écrasé est assurément beaucoup plus douloureux et pénible que celui d’écraseur. Il n’en est pas moins vrai que le rôle d’écraseur n’est pas non plus un rôle très gai… Il y a des écraseurs qui sont sincèrement à plaindre, tout en étant moins à plaindre que leurs victimes. Il y a des écraseurs qui ont tout fait pour n’écraser personne, qui ont été prudents et sages…! Une circonstance imprévue, un hasard malheureux, une fatalité – et parfois l’imprudence d’un passant – font d’eux des écraseurs dolents et désolés.

Il y a des écraseurs qui sont de braves gens, qui n’ont pas eu de chance…

Mais il y a, en vérité, d’abominables écraseurs, des écraseurs que l’on peut tranquillement considérer comme des bandits de grands chemins, comme de vulgaires assassins… Ce sont les écraseurs qui se sauvent après avoir écrasé quelqu’un, qui se sauvent sans porter secours à leur victime, qui se sauvent comme des apaches qui ont « dégringolé un pante »…

Au sujet de ces bandits de l’auto, nous sommes tous d’accord. Ce sont des misérables pour lesquels on ne saurait avoir de pitié… Ils méritent la prison, le bagne, la guillotine si l’on veut. Ce sont les derniers des gredins et des lâches…

On voudrait que tous ces écraseurs fugitifs fussent aussitôt pincés et punis implacablement…

Malheureusement, il est souvent difficile de les trouver et de les saisir…

Ah si seulement on en tenait un !…

Soyons satisfaits. On a tout de même pincé, à Paris, un de ces forbans. Il avait écrasé une vieille femme, un soir, à Javel. Après quoi, il avait filé, non pas en douce mais en quatrième. Il s’en fichait bien, le monsieur, de la pauvre femme qui gisait maintenant sur le pavé, les membres rompus, le crâne fendu. Il s’en fichait bien lui, il ne voulait pas avoir d’histoire. Il s’était donc sauvé, dare-dare, son coup fait, son mauvais coup…

On a fini par l’identifier, le monsieur!… On a fini par le connaître… On a fini par obtenir ses aveux formels… On l’a fait comparaître, enfin, devant des juges…

Vous pensez bien qu’on l’a salé, celui-là, cet assassin!…

Oui… Oui… On l’a salé… Avec à peine un tout petit grain de sel…

On l’a condamné – tenez-vous bien! – à quinze jours de prison avec sursis!… Et voilà!… Et l’on nous parle de la vie chère!… La vie d’une pauvre femme est rudement bon marché… Là-dessus, on nous annonce qu’on va publier en haut lieu un charmant petit guide du piéton… J’en suis fort aise… On ne manquera pas, dans ce petit livre, d’aviser le piéton que sa peau vaut à peine celle d’un petit chien fox: quinze jours de prison avec sursis – au maximum!…

Il vaut beaucoup mieux, dans l’état actuel de notre jurisprudence, assassiner quelqu’un avec une auto qu’avec un browning…

… Quinze jours, avec sursis!…

Maurice Prax
Le Petit Parisien
Mercredi 31 octobre 1923

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4 commentaires sur “Quinze jours, avec sursis!…

  1. dan

    Dommage de n’avoir pas plus d’info sur ce délit , date , noms, lieux exacte….

    Quitte a faire un article , autant donner les détails.

  2. PMeBc

    Trouvé et arrété plusieurs jours plus tard. Impossible de savoir si l’écraseur était ivre ou drogué. C’est peut-être un des buts de la fuite.

    Je ne veux pas de guillotine ni 40 ans de prison pour ces salauds. Ils (elles) ont probablement aussi des familles qui ne méritent pas d’être privées de leur père ou de leur mère. Ce que je voudrais c’est que ces inconscients ne conduisent plus jamais. JAMAIS. Et que ça se sache.

  3. Pédibuspedibus

    Pas évident de se représenter un bagnolard de 1923… ! Mais il y aurait fort à parier que le même objet produit le même comportement, à près d’un siècle de distance, avec cette espèce de sentiment de toute puissance qu’il donne quand on se glisse derrière son volant de direction :

    la même sensation que le nourrisson ressentirait dans son univers suivant Piaget, Bowlby et consort…

    Quant à la peine de mort pour le criminel, à toutes les époques, soyez raffinés siouplait…! Alors tout à fait preneur de la proposition précédente. Donc simplement la confiscation de l’objet du délit – au moins pour commencer une juste indemnisation de veuvage et/ou d’orphelinage… -, la suspension à vie de l’autorisation de conduire un engin à moteur et une surveillance bienveillante pour contrôler ça…

  4. Letard

    Bonjour à tous,

    En Belgique, j’ai proposé au ministre fédéral une solution très simple contre les récidivistes, mais il peut être utilisé pour des gens pris en délit de fuite.

    C’est l’installation d’une boite noire dans l’automobile qui enverrait à un centre de contrôle la position du véhicule qui roule à chaque kilomètre.

    Il pourrait être ainsi fait un suivi à distance, un suivi de tous les automobilistes pris pour délit de fuite.

    Pur moi, cela pourrait diminuer de beaucoup les délits de fuite.

    Qu’en pensez-vous, s’il vous plaît? Merci.

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