L’Auto Homicide

Le piéton commence à se fâcher. En lisant les journaux de France et d’Algérie on est effrayé du nombre d’accidents mortels occasionnés par les automobilistes. Dans une seule journée à Alger il y a eu quatre accidents, avec deux morts et cinq blessés.

De l’autre côté de l’eau, on fait mieux: à Valence, seize; à Dijon, dix-huit; à Marseille, vingt-deux accidents en une même journée. Voilà, au moins, du bel ouvrage, des tableaux qui peuvent figurer au Salon de l’Automobile ! Et les bons chauffards marseillais, très fiers de détenir le record, n’ont pas dit leur dernier mot. Mais la race maudite des piétons qui, jusqu’alors, s’est tenue coite, commence à rouspéter. Elle ne veut plus encaisser sans riposter.

Aux environs de Blois, une auto écrase un gosse et file. Deux fermiers, témoins de l’accident, montent aussitôt dans leur torpédo, rattrapent les fuyards et les forcent à stopper. Puis, après leur avoir distribué une copieuse volée de gourdin, ils les mettent entre les mains des gendarmes.

Sur la route de Trouville à Honfleur, un chauffeur tue un bicycliste, écrase deux chiens courants et s’esbigne. Un chasseur, propriétaire des chiens, arme son fusil, vise et tire. Le carapateur est très sérieusement touché à la tête… et l’adroit tireur est acquitté avec les félicitations du jury.

Enfin, près de Bayonne, des automobilistes qui ont écrasé une vieille laitière et occis son cheval, sont réduits en bouillis par les villageois en fureur, transportés à l’hôpital, l’un des écraseurs succombe à ses blessures.

Et je trouve ça très bien. J’espère que ce n’est là qu’un commencement et que ces bons exemples seront suivis. Puisque ni l’administration, ni les tribunaux ne protègent les piétons contre les folies homicides des emballés, je souhaite que s’organise dans chaque localité de quelque importance une « Ligue contre les Chauffards » – « chauffards » étant pris dans le sens péjoratif — que ses adhérents s’entendent et agissent. Ils auront sans conteste l’approbation de tous, les automobilistes sérieux et prudents, qui ne veulent pas être confondus avec les dangereux déments qui brûlent nos routes à cent kilomètres à l’heure et lâchement s’échappent lorsque leur arrive une anicroche. S’il en était ainsi, vous verriez que les écraseurs changeraient d’allure.

L’Avenir de l’Est
Samedi 30 octobre 1926

3 commentaires sur “L’Auto Homicide

  1. JessicaB aka AnDroKtoNe

    Ça a un peu changé en presque 100 ans mais pas beaucoup, sauf que dorénavant si tu essaies d’occire un chauffard tueur c’est toi qui ira derrière les barreaux et pas lui.

     

    Puisqu’on le voit que parfois (souvent ?) les automobilistes tueurs de piétons et cyclistes sont acquittés par les tribunaux quand bien même ils ont été trainéEs devant la justice… Ce qui n’est pas toujours le cas !

     

    Il y a de quoi se poser la question sur « Que vaut la vie d’un piéton/cycliste ? » (par rapport au/à la St/Ste bagnolard).

    En vrai je suppute que la vie d’un piéton/cycliste ne vaut rien puisqu’il ne rapporte pas grand chose financièrement parlant (assurance automobile, taxes sur le carburant, TVA sur l’achat de la BAR (Boite A Roues), TVA sur tous les accessoires et pièces détachées de la BAR, TVA sur l’entretien de la BAR mais aussi le coût Hors Taxe de l’entretien de la BAR qui enrichi les garagistes, Construction + entretien + taxes des infrastructures routières dédiées à la BAR/Moto/PL…….)

  2. jol25

    Dans la justice, c’est surtout l’intentionnalité qui compte pour établir la peine.

    Si vous écrasez volontairement quelqu’un, et que c’est prouvé, vous serez condamné au même titre que si vous lui aviez tiré dessus.

    Si c’est un accident, et bien c’est un accident. Quand bien même vous avez joué avec la vie des autres. Quand bien même vous rouliez trop vite, bourré et/ou sous stupéfiants. Suivant les cas, ça ira en général de 12 mois avec sursis, à 24 mois, moitié sursis et moitié aménagée (bracelet). Ensuite, permis suspendu, vous pourrez toujours conduire les voiture sans permis à 75-80km/h, quand elles ne devraient pas dépasser 45. Ou, comme c’est la mode, rouler sans permis (et donc sans assurance). Certains se sentiront coupables et ça leur pourrira la vie, d’autres ne sourcilleront même pas (je me rappelle d’un procès où l’écraseur condamné s’insurgeait de sa peine au titre du fait qu’il était assuré, comme si ça désengageait sa responsabilité!)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Question anti-spam * Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.