Les compressions de César

César Baldaccini, dit César, est un sculpteur français né le 1er janvier 1921 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et mort le 6 décembre 1998 à Paris 7e. Il fait partie du mouvement des Nouveaux réalistes, né en 1960. Il est également le créateur du trophée en bronze de la cérémonie des César du cinéma français.

Il commence à réaliser des sculptures en soudant des morceaux de ferraille en 1952 et se fait d’abord connaître avec des sculptures soudées solides d’insectes, d’animaux divers et de nus. Mais, c’est grâce à ses compressions qu’il devient célèbre, et en particulier ses compressions de voitures.

César assemble des tôles déformées en 1958. À cette occasion, il découvre chez un ferrailleur où il a l’habitude de se fournir en ferrailles pour réaliser ses sculptures soudées, une presse hydraulique américaine qui compresse les carcasses de voitures pour en faciliter la manutention. La même année, il commence par aplatir une Dauphine.

Ça a été le coup de foudre. Tout de suite, j’ai eu envie de l’utiliser. D’abord je m’en suis servi de manière brute, si j’ose dire. La presse allait au-devant de mes souhaits, elle se saisissait du matériau, le broyait et le transformait en d’énormes balles calibrées d’un poids variable ; j’étais anéanti devant cette machine qui transformait des voitures en paquets de ferraille de plus d’une tonne.


César, Compression de Dauphine, 1960

À partir de fin 1959, César centre son travail sur la technique de la « compression dirigée » qui devient sa marque de fabrique: à l’aide d’une presse hydraulique, il compresse divers objets sous forme de parallélépipèdes, d’abord de petit format avec des rubans de cuivre et des tôles, puis des voitures entières.

Au Salon de Mai de 1960 à Paris, il expose « Trois tonnes » une œuvre constituée de trois voitures compressées, qui fait scandale. Il doit cependant attendre que la galerie Mathias Fels présente ces œuvres transgressives en 1969 pour qu’elles soient reconnues par le monde de l’art.

En 1961, Jean Lafont, ami de leur mécène commune Marie-Laure de Noailles, lui offre sa première voiture (une ZIM soviétique toute neuve, la seule en circulation en France), que César lui renvoie compressée, ayant perdu 90 % de son volume. D’autres automobiles vont aussi subir le même sort. Cet acte d’appropriation se veut un défi à la société de consommation et le rapproche des Nouveaux réalistes, dont il fait partie aux côtés de son ami Arman et auquel son nom est souvent associé.

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Subtile combinaison du choix et du hasard, la Compression « Ricard » appartient à la période des compressions dirigées, dont l’aspect formel est déterminé par le mode de chargement de la presse et par la sélection des matériaux en fonction de leurs qualités plastiques. César réalise ici un volume à la forme élémentaire et abstraite d’une radicale simplicité, issue de l’éclatement, de la taille et de la déchirure du métal.


César, Compression « Ricard », 1962

En 1986, il présente à la Fondation Cartier des compressions monumentales de Peugeot 205 Turbo 16 de Jean Todt, accidentées dans des rallyes automobiles (Les Championnes).


César, Les Championnes, 1986

César ne compresse pas seulement des voitures, en fait de nombreux objets industriels ont servi à ses compressions, y compris des vélos…. Il compresse ainsi toutes sortes de matériaux: tissus, papiers, et même bijoux en or que les femmes du monde lui apportent et qu’il rend compressés en cube à porter autour du cou.


César, Compression de vélos, 1990, 100x75x90cm

À la Biennale de Venise en 1995, il expose une montagne de compressions, œuvre monumentale intitulée 520 tonnes.


César, 520 tonnes, Biennale de Venise, 1995

En 1998, sa Suite milanaise est réalisée avec une série de voitures Fiat neuves qui, une fois compressées, sont passées dans les chambres à peinture de l’usine Fiat de Turin, aux couleurs de la gamme de l’année.


César, Suite milanaise, 1998

On le voit, les compressions de voitures de César ont un aspect esthétique certain et les constructeurs de voitures comme Fiat ne s’y sont pas trompés. Ils ont rapidement vu le potentiel des compressions « artistiques » de César pour sublimer leurs voitures et les rendre intemporelles. D’objets industriels standardisés et sans âme, les voitures compressées de César accèdent au rang beaucoup plus prestigieux « d’oeuvres d’art. »

Comme certaines femmes fortunées qui apportaient leurs bijoux à César pour qu’il les compresse, les constructeurs de voitures faisaient la queue pour se faire compresser leurs modèles les plus emblématiques.

D’un autre côté, il est difficile de ne pas voir dans ces blocs d’acier compressé une sorte de témoignage archéologique d’une société de l’automobile décadente.