Coin-coin

L’homme descend du singe, disent certains philosophes. J’avancerais plutôt qu’il descend du canard. En effet, la courbe que décrit la civilisation dans sa course à travers les âges paraît s’infléchir vers ce volatile domestique, revenant ainsi comme toutes les courbes à son point initial.

Plus nous avançons et plus le canard reprend possession de nous.

Je descends de mon sixième, et mon pied s’est à peine posé sur le trottoir qu’un son bien connu vient frapper mes oreilles: Coin-coin. C’est un canard? Non, c’est une voiture qui a emprunté son cri à cet oiseau. Plus loin, une autre voiture me corne son coin-coin pour m’avertir qu’elle veut bien ne pas m’écraser si je lui livre humblement passage. Voici une nouvelle automobile qui m’exprime par son bruyant coin-coin le regret qu’elle a de ne pas m’avoir écharpé. Et un camion ajoute son gros coin-coin à tous les coincoin qui ne cessent de retentir à mes pauvres oreilles.

Voulez-vous me dire pourquoi, si ce n’est comme je le dis plus haut, par atavisme, pourquoi le canard joue un rôle aussi important dans notre existence et dans l’évolution de l’automobiliste.

Car, en somme, personne ne le contestera, il existe d’autres animaux que le canard, et, sans être expert en biologie animale, je vous en citerai au moins une douzaine dont la voix n’est pas moins sonore que celle de ce palmipède.

Alors pourquoi tous nos cris, nos avertissements ne procèdent-ils que du canard?

N’avons-nous pas le rugissement du lion ou de la panthère, le hennissement du cheval, le braiment de l’âne, le hululement de la chouette, le chant du coq ou le chant du cygne, ce dernier particulièrement approprié aux effets de l’automaboulisme. Et le gloussement de la poule, et l’aboiement du chien et le bêlement du mouton, etc.

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Est-ce que tous ces cris-là ne feraient pas une heureuse diversion à l’éternel coin-coin du canard. Et ne serait-ce pas pour nos tympans fatigués une agréable distraction que ces appels variés qui nous transporteraient alternativement des jungles tropicales aux paisibles basses-cours de nos fermes, des sombres forêts aux riantes campagnes, tout en nous permettant de conserver le souvenir heureux de toutes les espèces animales que l’automobile détruit jour après jour.

Nos villes deviendraient un éden, un microcosme, un biotope où l’imagination pourrait voir réunis tous les êtres qui peuplaient jadis notre immense planète.

Et alors, sans exagération, ce serait un véritable plaisir de se faire écraser.

Antoine (Paris)

6 commentaires sur “Coin-coin

  1. pedibus

    bon allez mon vieux Marcélou, fait trop chaud pour te voler dans les plumes…

    sinon, avec l’électrification extractiviste de Ste-Gnognole, ça devrait être bientôt le chant du cygne d’un autre boucan, sans analogue dans le monde animal celui-là, le fameux vroum vroum…

    boaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

  2. jol25

    Notez qu’un vrai langage s’est établi avec ce moyen limité de communication, et que l’on est capable de discerner le coin-coin rageur de l’automobiliste énervé (pléonasme ?) du léger caquettement adressé à une connaissance entrevue sur un trottoir, avec pas mal de nuances entre les deux…
    Notez aussi du coup l’utilité (hum…) et l’application (hum hum…) de la loi dans ce cadre.

    Mais le sourire, lui, reste réservé aux humains hors de leurs boîtes de métal, et il désarme quand même largement la plupart des situations, contrairement au coin-coin qui exacerbe l’énervement.

  3. Yosra

    Read your blog in English and the duck analogy was so funny. I definitely wouldn’t mind being crushed by a duck in the city! In Cairo, Egypt, though, we’re so far from that.

  4. Bertrand

    Revenant de la pièce donnée depuis leurs fenêtres par les membres de la Comédie Française en opposition à la réforme des retraites, j’ai laissé traverser la place à un groupe de 3 ou 4 canards qui fièrement de leur pas de sénateur se dirigeait vers le Conseil d’État.
    La ville commençait à s’apaiser en cette veille de confinement et la faune sauvage reprenait ses droits.
    Ces volatiles n’ont poussé nul coin-coin pour faire valoir leur droit au passage protégé. Droit que j’ai respecté strictement, juché sur mon vélo tout en les prenant en photo.b

  5. pedibus

    ami-e-s carfristes prenez bien soin de notre ami Marcélou !

    cancanez encore pleins de commentaires relativement à nos palmipèdes, mais prenez garde à ce que notre vaillant timonier des mares immondes et marées d’automobilistes ne soit pas menacé par cette horrible maladie… :

    l’anatidaephobie !

    ça ne vous dit sans doute pas grand-chose, mais sachez que les victimes de l’affection sont terrorisées à l’idée qu’un canard (un animal de la famille des anatidae comme les oies et les cygnes, d’où le nom de la phobie) est en train de les observer d’un air malsain, quelque part dans le monde

    https://www.facebook.com/100050557146506/posts/pfbid02udr6q5vSv6Qc15smWyn2t9knL5YSksDpyxVhaiPGMpBpNLwJJ1tgqhX5328fzENCl/

     

    BOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

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