Prime à la casse : une imposture environnementale

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A en croire ses laudateurs, la « prime à la casse » contribuerait à la protection de l’environnement. Leur raisonnement est simple pour ne pas écrire simpliste: cette prime octroyée à qui déclasse sa veille voiture pour en acheter une neuve permettrait de mettre sur nos routes des véhicules moins polluants. La réalité s’avère toutefois quelque peu plus complexe.

D’une part, les avancées environnementales de l’automobile sont loin d’être aussi grandes que l’industrie – qui lobbye d’ailleurs sans répit contre toute réglementation ambitieuse en la matière – ne veut le faire croire. Un véhicule neuf n’est donc pas toujours plus « propre » qu’un modèle ancien. C’est d’autant plus vrai que, comme le signalait un professionnel du secteur [1] « la prime économique est souvent investie dans des options supplémentaires et dans une version de luxe », des choix qui génèrent une surconsommation et donc une sur-pollution.

D’autre part, un véhicule ne pollue pas seulement lorsqu’il roule : fabrication et prise en charge en fin de vie représentent, selon les polluants, entre 30 et 43.000 kilomètres roulés [2] ! Il faudrait donc que les performances affichées par la nouvelle acquisition soient particulièrement brillantes pour compenser les impacts de cette énergie grise…

Mais il y a pire : les modalités d’application d’une prime à la casse peuvent en faire une véritable prime à la pollution ! En effet, si cinq Etats européens (sur les 13 qui ont instauré ce système) conditionnent l’octroi du pécule à l’acquisition d’un véhicule ne dépassant pas un certain plafond d’émission de CO2, il n’en va pas de même partout. Ainsi, en Allemagne, le conducteur qui se débarrasse d’une Volkswagen Lupo TDi 3L – la voiture la plus sobre jamais produite à l’échelle industrielle : consommation de 3 litres aux 100 km pour des émissions de 81 grammes de CO2 par km – pour la remplacer par une Porsche Cayenne Turbo – 14,9 l/100km, 358 gCO2/km – recevra 2.500 Euros puisés dans les deniers publics !

Cet exemple démontre par l’absurde la finalité réelle de la « prime à la casse », à savoir le soutien à une industrie automobile en perte de vitesse. L’environnement sert d’alibi au maintien sous perfusion d’un secteur ayant son avenir derrière lui car, que les constructeurs le veuillent ou non, le sauvetage de la Planète imposera tôt ou tard une refonte en profondeur de notre mobilité et une réduction drastique de la flotte automobile.

Au lieu de vouloir booster artificiellement la santé d’une industrie à bout de souffle, il conviendrait de préparer sans délai une nécessaire reconversion.

Carte Blanche parue dans La Libre Belgique des 12 & 13 septembre 2009

Source:  http://www.iewonline.be/

Crédit image: http://www.oussama.fr/

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8 commentaires sur “Prime à la casse : une imposture environnementale

  1. LomoberetLomoberet

    Si on jette un vieux vélo rouillé qui pert l’huile de sa chaine as-t’on droit à une prime à la casse pour s’acheter une machine légère et efficace avec cadre en carbone et pédales en magnésium ?

  2. Ludovic

    Pourquoi n’y a-t-il pas un lien vers le site et l’article d’origine ? Et qui est l’auteur ?

  3. URB

    Pourquoi vouloir un vélo plus léger et efficace avec cadre en carbone et pédales en magnésium ?

    Encore une façon de se distinguer des autres et d’afficher sa différence de niveau/réussite sociale.

    Si ce n’est pas pour ça, ça serait pour quoi alors ?

  4. Gilles ChomelLécoLomobiLe

    Très bon article. L’industrie automobile s’est formée dans l’enthousiasme du XXème siècle: le XXIème siècle la ramène à la dure réalité. Je ne sais plus qui disait récemment qu’il y a trop de constructeurs automobiles sur le marché européen et qu’il faudrait en supprimer au moins un….

  5. LomoberetLomoberet

    Pour se faire plaisir hé ! banane
    Le supplément d’énergie grise utilisée pour construire un cadre carbone et des accessoires de vélo légers est loin d’atteindre le gaspillage de carburant, de matières première et d’énergie grise que les ramollos de ton genre VOLENT aux générations futures !
    Tu t’en fout, t’as pas de gosses !
    C’est bien comme ça, parce que si ils héritaient de ton intellec, ça serait nâvrant pour l’avenir !

  6. Ludovic

    Salut Carfree,

    si, si, j’ai bien lu jusqu’au bout. Et justement, j’aimerais bien le citer dans mon prochain bouquin, l’auteur ! Mais il est indiqué « publié dans la Libre Belgique », sans lien. Et le reste ne précise pas l’auteur, ne mène pas vers l’original de la publication sur internet, etc. D’où ma question.

    Ludovic

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