Pour la paix et la démocratie, lâchons la voiture

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Au rythme de succion des moteurs à explosion, des chauffages au fuel et des industries, il devient de plus en plus évident que l’âge du pétrole ne fera plus long feu. C’est embêtant car notre dépendance est bien ancrée et les alternatives pires (nucléaires, biocarburants) et/ou irréalistes dans le cadre de nos modes de vie actuels.

Certains voient alors poindre les menaces de crises graves, de guerre civile, du chacun pour soi à la mode Mad Max pour récupérer le dernier baril. On pourrait presque entendre dans ces discours, « commencez à acheter des armes », « il faudra un gouvernement fort ». A quoi et qui sert un discours pareil ?

Le problème est que les prévisions créent le futur de toutes pièces. De même que le développement et la croissance existent car on les prépare, les voitures et autres pompes à fuel existent car on a préparé le terrain pour elles, va-t-on aussi croire et préparer une terreur civile pire que les terreurs actuelles ?

Tout ça parce qu’on croit que l’humain ne supporte pas les changements de société. Quelle drôle de théorie quand même ! Pour ne donner qu’un exemple : la révolution de l’informatique vient de nous arriver en quelques années. On peut affirmer au contraire qu’en ce début de siècle les changements n’arrêtent pas de s’accélérer. Oui mais, va-t-on dire, « la voiture c’est pas pareil », « les gens ont un lien affectif très fort avec leur voiture, ils ne pourront la lâcher comme une vulgaire moulinette à viande ».

Et pourtant… les gens ont bien lâché en quelques années toute la société basée sur le cheval, le mulet et l’âne, alors qu’il y avaient des liens affectifs très forts. Une incroyable dévalorisation de ces équidés s’est orchestrée et propagée dans la société alors que ce sont des êtres vivants forcément bien plus affectueux et attachants que des carcasses en tôle.

Est-il si irréaliste que l’on puisse lâcher un tas de ferraille lourd, cher, puant, polluant, moche, excluant, inéquitable, gros et isolant d’individus et qui plus est totalement dénué de sentiments, sauf ceux d’une amplification de la haine irrationnelle d’un conducteur stressé au volant ? Cela ne semble pas sérieux. Pour la voiture et le camion, une dévalorisation subtile n’est même pas requise : il suffit d’un regard franc et juste sur les atrocités et les horreurs liées à cet objet emblématique.

Voiture et camions sont des éléments clés de notre dépendance au pétrole, par leur taille, leur aspect visible et leurs implications. Avec eux on peut réduire, par effet domino, une bonne part du système technico-social des horreurs : les supermarchés, les stations essence, les camions de fuel, les productions non-locales et autres délocalisations, les éloignements d’amis par l‘étalement (r)urbain, l’enferment des enfants, une bonne part des systèmes « fer » et « BTP », la mondialisation, les OGMs, les effets de l’effet de serre, les parkings, les routes, les autoroutes, les aéroports, les pétro-gouvernements autoritaires, les avions, j’en passe forcément… Il suffira d’une ponction ridicule sur ces monceaux d’économie pour les alternatives. Par exemple, de larges espaces urbains valant aujourd’hui une fortune seront disponibles pour les piétons, les parcs, les jardins, les jeux d’enfant, les marchés, les repas de quartier, les pistes cyclables, et le maraîchage. A quand une démocratie participative permettant de discuter réellement de l’usage de l’espace public ?

Choisissons notre futur : une société de rencontres conviviales et d’économies relocalisées OU une continuation de la société routière et de son lot prévu de rationnements pétrolifères et de guerres ?

Sortons de nos croyances morbides en la « pétro-apocalypse » pour exprimer le plus largement et clairement possible une dévalorisation salutaire des carapaces pétro-propulsées. Tout politicien, individu, citoyen, acteur, journaliste, maître d’école, professeur, guichetier (…), responsable et conscient des enjeux se doit de répercuter cet appel concret :

« Arrêtons tout de suite de posséder, de conduire, de produire et d’étaler ces voitures et camions qui mettent en péril notre société. »

Carcassonne, 9/2/2005
François Schneider
Article paru dans le journal « La décroissance »
Image: Affiche de propagande nazie pour l’automobile

François Schneider

A propos de François Schneider

Chercheur en environnement spécialiste de l'analyse du cycle des matériaux dans les processus industriels

7 commentaires sur “Pour la paix et la démocratie, lâchons la voiture

  1. stoppeur

    Si seulement la « bagnole » pouvait perdre ses qualités de séductrice fatale! Et qu’on vienne à trouver un autre mode de transport plus séduisant pour qu’elle ne soit plus utilisée comme transport d’explosifs en masse.Mais a lors,que deviendraient les terroristes sans elle?!!!

  2. CarFree

    La société Gesellschaft zur Vorbereitung des Deutschen Volkswagens mbH (littéralement SARL pour la préparation de la voiture allemande du peuple) fut fondée en 1937 en Allemagne (sous le régime nazi) et développa ce qui deviendra la Volkswagen Coccinelle.

    En 1938, Hitler décide d’afficher le caractère politique du projet en baptisant la voiture “KdF”, du nom d’une organisation nazie. KdF est l’abréviation de Kraft durch Freude, une expression difficilement traduisible mais qui, s’appliquant à une voiture, ne signifie pas “La force par la joie”, mais l’automobile dans le plaisir, ou le plaisir automobile…

  3. LomoberetLomoberet

    Vielen Dank CARFREE
    Die Gesellschaft mit begrenzte HAFTUNG (GmbH) war mir schon bekannt, genauso PKW (Personal Kraft Wagen)
    Trozdem hab’ich Heute etwas neues gelernt.
    Ich war im 1937 zu jung zu lesen

  4. Jean-Marc

    On peut très bien choisir de se passer de voiture ou d avion; par contre, pour certains qui n’ont pas anticipé le changement, celà risque de leur être imposé lors de crises aigües, dues aux prochaines hausses de prix; imposé dans la douleur, avec risque de rejet parfois violent.

    On l a dejà partiellement vu lors de la grève des raffineries en octobre 2010 (de gens énervés dans les queues à la pompe, d autres tournant d’une pompe à une autre).

    On vient de le revoir en nouvelle-calédonie :
    http://berthoalain.wordpress.com/2011/08/07/hausse-des-tarifs-aeriens-quatre-morts-dans-les-emeutes-de-mare-nouvelle-caledonie-6-aout-2011/

    le tarif du transport aérien local augmente => blocage de l aéroport par des usagers mécontents => déblocage musclé entrainant, dans l affrontement entre bloqueurs et débloqueurs, 4 morts et de nombreux blessés.

    Comme dit dans l’article, c est à nous de faire en sorte que la transition soit douce, en réduisant notre dépendance au pétrôle dès maintenant, et en aidant à la mise en place de solutions alternatives [agriculture bio, achat direct ou chez de petits commercants (pas en zone commerciale destinée à la voiture), usage du vélo en ville, TEC,…].

  5. Jean-Marc

    Une vision très proche de celle de François Schneider, par Hervé Kempf :

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/04/28/anticipation_1692708_3244.html

    Après avoir décris les perspectives peu réjouissantes d’avenir entre « la politique oligarchique » (la haine et la cata)et la « sociale démocratie » (moins pire… mais allant aussi dans le mur), d’un point de vu écologique,

    il conclu par :
    (copie du paragraphe final, car l’article ne restera pas accessible aux non-abonnés) :

    « Il faudra alors, enfin, accepter l’adaptation à la crise écologique. La clé en sera de réorienter une part de l’activité collective vers les occupations à moindre impact écologique et à plus grande utilité sociale – la maîtrise de l’énergie, un nouvel urbanisme, l’agriculture, l’éducation, la santé, la culture… Cela entraînera la création d’emplois, tandis que la socialisation du système financier empêchera la stérilisation d’une part de la richesse collective. Les inégalités seront drastiquement réduites. Cela rendra équitable, donc supportable, la baisse de la consommation matérielle, d’autant plus que biens communs et collectifs seront nettement améliorés.

    Au bout du chemin, un monde en paix avec la nouvelle réalité des limites de la biosphère. Mais qu’il est long ! »

    Le pb, c’est qu’avant d’arriver -si on a de la chance- à cette étape, il y aura des tensions très très dures (c.f. ses 2 paragraphes précédents).

    « il y aura »… ou plutôt « il y a », c.f. mon message précédent, sur l aéroport néocalédonien :
    des tensions qui peuvent entrainer morts d’hommes…

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