Pas de place pour l’automobile particulière dans la société de la « simplicité volontaire »

France-Inter vient de rediffuser le 17/04/2010 son émission pionnière et fondamentale qu’elle avait consacrée en Octobre 2009 à la décroissance intitulée: « Etre plutôt qu’avoir, le pari de la décroissance » La ré-écouter.

Cette émission est très importante parce que des décisionnaires du monde économique y abordent le grand sujet de la décroissance qui, jusqu’à peu, était tabou dans la bouche des économistes « sérieux ». Jusqu’au mois d’octobre dernier, on n’entendait cette thèse que dans les milieux libertaires relativement confidentiels, or, cet été, le MEDEF a consacré un séminaire à ce sujet.

Parce qu’il y est question d’automobile, je vous retranscris, ci-dessous, l’interview que le Québécois Serge Mongeau a donnée à France-Inter suivie de mon analyse de ses propos:

Dominique Dambert: Vous pensez aussi que les énergies renouvelables et que les automobiles moins gourmandes en caburant, finalement, c’est un peu du bricolage?

Serge Mongeau: Exactement! en fait, beaucoup d’initiatives qui se prennent sous le prétexte du développement durable, c’est des choses qui, finalement, ne font que retarder les échéances. Ce qu’il nous faut c’est pas des autos qui consomment moins d’essence, c’est une société où on n’a pas besoin d’autos, donc, où nos villes vont être faites différemment, où on va avoir de la proximité des services, où on va pouvoir se déplacer activement avec la bicyclette et à pied: c’est ça qu’il nous faut. Si on se lance dans la transformation du parc automobile, c’est énormément d’énergie car il faut savoir qu’un cinquième de l’énergie qui passe dans la vie d’une automobile passe à la construire et à la détruire ensuite, qu’elle soit à l’électricité ou à l’essence; Donc, on n’a pas dit grand chose.

D.D.: Pas d’automobilistes et pas d’industrie automobile, c’est pas d’emplois, encore moins d’emplois qu’il y en a actuellement!

S.M.: Non! c’est pas ça qu’il faut dire, c’est d’autres emplois: si on a une société où on commence, par exemple, à vouloir faire durer les choses et à les réparer, ben, à ce moment là, il va y avoir des gens qui vont se retrouver dans ces métiers de réparation qui sont en train de disparaître. Il n’y a pratiquement plus de cordonniers parce que c’est tellement moins cher de s’acheter des souliers qui ont été fabriqués dans le tiers monde, qui sont transportés parce que les transports sont à des prix qui n’ont pas de sens et parce que les ouvriers qui les ont faits sont exploités. Donc, si on réparait les choses, on créerait des métiers. La transformation d’une société de décroissance, ça va entraîner, d’une part, la création de nouveaux emplois et, d’autre part, le besoin pour tout le monde de travailler moins longtemps si on partageait le travail. Au Canada, il y a plus de 20% des gens qui travaillent 50 heures par semaine ou plus alors qu’il y a un taux de chômage quand même assez élevé. Mais, si il fallait même, on pourrait avoir un revenu de citoyenneté qui permettrait à des gens de choisir de ne pas avoir d’emploi rémunéré mais de travailler quand même pour la communauté dans des services bénévoles…

D.D.: La décroissance? c’est le nouveau rêve américain?

S.M. Ben non! écoutez: c’est pas le « rêve américain »! Au contraire, les gens réagissent très mal à l’idée de décroissance en croyant que ça va être la pauvreté.

D.D.: L’austérité !

S.M. Non! c’est pas ça: si on veut parler d’austérité, eh bien! parlons comme Ivan Illitch d' »austérité joyeuse », qu’on a choisie, et c’est ça le principe de base de la simplicité volontaire: c’est que c’est volontairement que je mets de côté un certain nombre de consommations. Ca n’est pas la même chose du tout quand c’est volontairement que, par exemple, on met de côté sa télévision alors que involontairement on peut pas avoir de télévision parce qu’on a pas l’argent pour l’acheter: c’est toute la différence au monde.

Mon analyse des propos de Serge Mongeau

Bien sûr! je partage l’essentiel de ces idées, c’est pourquoi j’ai fait l’effort de les dactylographier pour vous: le renoncement à l’automobile, évidemment, l’idée que le pétrole n’est pas assez onéreux et la notion de « revenu de citoyenneté ». Je porterais mes réserves sur l’idée de partage du travail ou la tarte à la crème des écolos sur la réserve des « emplois verts » qui compenserait le renoncement à certaines industries comme l’industrie automobile.

Ces idées relayées par Serge Mongeau sont pédagogiques (et en cela elles ont quand même un intérêt) mais elles ne sont pas réellement valables: C’est l’erreur des socialistes d’avoir confondu pédagogie idéologique et réalisme économique avec leurs 35 heures. Personnellement, j’ai une position plus libérale: celle de laisser les gens libre de travailler le temps qu’ils veulent: voire, de ne pas travailler du tout.


G.C.
Les voies vertes en 06-ouest:
www.LecoLomobiLe.fr
Labo d’idées sur l’auto du futur:
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Gilles Chomel

A propos de Gilles Chomel

Administrateur des sites Agonie automobile, LécoLomobiLe et du Laboratoire Alternatif et Coopératif de Prospective Automobile

5 commentaires sur “Pas de place pour l’automobile particulière dans la société de la « simplicité volontaire »

  1. Vélops

    Le concept de décroissance (du PIB) est douteux. Il suppose que le PIB reste un indice de référence, sans forcément juger de la santé d’une économie.

    Le PIB est condamné à décroître pour des raisons physiques, ce n’est donc plus l’indice dont nous devons espérer l’accroissement, à moins de vouloir aller plus vite dans le mur, et d’avoir encore plus mal lors du choc.

    Bien qu’il puisse sonner creux à certains, le concept de transition (cf villes en transition), est sans doute beaucoup plus fédérateur que le concept de décroissance.

    Le revenu de citoyenneté qui est évoqué se réfère à l’économie distributive, un système où un revenu d’existence est versé à chaque individu pour assurer sa subsistance. Un tel revenu peut être mis en place du moment qu’il n’est pas nécessaire que chacun travaille longtemps pour produire ce dont tous ont besoin pour vivre sobrement et convenablement.

  2. Alain

    Gilles Chomel me fait froid dans le dos, à critiquer la valeur « travail » défendu par la décroissance.
    L’industrie automobile se meurt et détruit déjà (et depuis au moins 20 ans) des quantités d’emplois et à l’écouter, les emplois verts seraient un leurre à les compenser. Mon pauvre Gilles, les emplois perdus dans l’automobile se compensent déjà dans un monde libéral (tel que le nôtre) et pourraient se compenser bien mieux dans un monde décroissant (parce qu’ils ne passeraient par forcément par la case « précaire forcé » comme c’est bien souvent le cas actuellement). La décroissance, c’est se mettre soit même dans une case présumée « précaire » mais voulue et consentie. Car vivre mieux, c’est travailler moins, gagner moins, se goinfrer moins, revoir ses besoins, re-construire la solidarité, partager.

    Le monde libéral que Gilles appuie, composé de robots avec la liberté de travailler plus, il ne devrait pas chercher à l’inventer car il existe déjà: c’est le notre!!! Et on voit ce qu’il vaut.. .Rien…. de la marde, comme on dit au Québec.

  3. lecteur

    paroles de Fillon le 22 avril 2010
     » l’automobile ce n’est pas un problème ,
    c’est souvent UNE solution  »

    devant l’automobile club je crois .

    parles de  » premier ministre » , organisateur du FAUX Grenelle 2007

  4. Gilles ChomelLécoLomobiLe

    Ne jouons pas sur les mots: « décroissance », « simplicité volontaire » ou « transition »: un consensus se dessine pour remettre en question la société de consommation. Personnellement, je suis favorable à cette évolution et je me méfie que la critique de la société du travail et de la consommation entraîne une critique de la société de la connaissance. Critiquer l’industrie ne doit pas nous entraîner à critiquer la communauté scientifique. Nous devons apporter un soutien lucide à la communauté scientifique qui se démarque de la société industrielle. C’est le reproche que je fais à J.Bové de s’en être pris à la communauté scientifique en lieu et place du capitalisme industriel et ce que je crois entendre de la bouche de Paul Ariès qui, sous prétexte de critiquer le « productivisme », s’en prend à l’évolution technologique.

    GC

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