« Ils seront tous abattus »

Nous avons perdu. Mais c’est seulement parce que nous nous sommes battus. Nous avions cru pouvoir protéger des arbres et nous nous sommes trompés. Sur le large passage du tramway, « ils seront tous abattus ! »

Nous avions cru pouvoir présenter quelques arguments sérieux pour les préserver et nous nous sommes trompés (1). Tous sans restriction seront abattus et bien au delà du simple passage du tramway.

Nous avions cru en l’utilité publique de la commission d’enquête publique et nous nous sommes trompés. De nos multiples remarques, que nous considérions comme pertinentes, aucune n’aura été retenue, tous les arbres sans restriction et bien au delà du tracé du tramway seront abattus.

La commission d’enquête publique a rendu un « avis favorable sans restriction », le tramway a obtenu sa déclaration d’utilité publique avec l’ensemble de son contingent macabre. Dans la ville de « Tour(s)plus » et du « Sitcat », plus de mille arbres vont être abattus pour satisfaire la totalité du « projet véhiculé » par le tramway.

Comment avons-nous pu, à ce point nous tromper ? Comment avons-nous pu croire que l’on aurait pu protéger des arbres contre le tramway ?

Avec un « avis favorable sans restriction » pour pouvoir abattre plus de mille arbres sur le tracé du tramway la commission révèle à quel point nous nous somme trompés
.
Nous avons perdu parce que nous avions cru pouvoir préserver des arbres.

La rue appartient désormais aux forces de l’ordre et aux engins de chantier. Mille arbres pourront être abattus.

Nous avons cru immonde que l’on puisse en si peu de temps abattre autant d’arbres et nous nous sommes encore trompés.

Nous avons cru pouvoir nous opposer à l’arbitraire en nous tournant vers la commission d’enquête et nous nous sommes encore trompés.

Nous avions cru pouvoir protéger des arbres en faisant part de nos remarques à la commission d’enquête.

Comment avons-nous pu croire une chose pareille ? Comment avons-nous pu totaliser autant d’erreurs pour ne jamais percevoir l’issue fatale de notre combat ? Avons-nous, encore en notre faveur quelques circonstances atténuantes pour expliquer une si longue obstination dans l’erreur la plus totale ?

Nous n’étions pas les seuls innocemment égarés dans l’erreur. Beaucoup ont cru aussi comme nous en l’utilité publique de la commission d’enquête publique.

D’autres habitants de la ville ont cru aussi qu’ils pouvaient utilement se tourner vers la commission d’enquête publique.

Eux aussi ont cru pouvoir convaincre la commission d’enquête du bien fondé de leur doléances S’ils n’ont pas perdu parce qu’ils ne se sont pas battus, eux aussi se sont trompés.

Mais en rendant un « avis favorable sans restriction » la commission d’enquête ne révèle-t-elle pas de fait sa totale inutilité publique ?

Beaucoup de personnes se sont déplacées et ont cru pouvoir être entendues. Absolument personne n’a été entendu.

Nous avons tous été réunis en un troupeau et nous nous sommes tous orientés vers elle comme dans un piège et c’est ainsi que nous avons été pris comme dans une boite noire a broyer des doléances sans espoirs.

Son « avis favorable sans restriction », c’est comme si personne ne s’était déplacé, comme si personne n’était venu faire des remarques sur les problèmes du tramway.

Tout c’est passé comme si la commission d’enquête publique avait été faite en vue de ne satisfaire que les procédures nécessaires au dossier.

Nous avons été pris encore une fois dans une sorte de simulacre de démocratie participative pour satisfaire une formalité administrative nécessaire au tramway (2).

En ayant cru pouvoir sauver des arbres par nos remarques auprès de la commission d’enquête nous nous sommes donc doublement trompés et nous avons doublement perdu. Parce que les arbres seront abattus au nom de la « déclaration d’utilité publique ». Plus de mille arbres abattus en toute légalité au nom de « l’utilité publique » dans la ville de Tours.

C’est l’unique résultat promulgué par la commission d’enquête. Puisqu’il était illusoire de croire que malgré les multitudes des critiques pertinentes sur son tracé, le tramway aurait été menacé.

Nous qui nous sommes battus nous rejoignons donc les rangs de tous les perdants dans la ville. Ceux de tous ceux qui ont perdu parce qu’ils se sont battus et au delà d’eux nous nous retrouvons regroupés avec tous ceux qui ont tout perdu sans pour autant avoir pu se battre.

Les arbres seront abattus. Ils ne se sont pas battus et c’est bien à la fois de leur perte avec la notre qu’il s’agit dans « l’avis favorable sans restriction » de l’enquête publique. Leur mise à mort est bien l’unique chose obtenue par ceux qui considèrent nous avoir vaincu.

Plus de milles arbres seront livrés aux engins de chantier en victoire de ceux qui nous ont combattu.

Nous regarderons tomber les arbres sans rien pouvoir faire parce ceux qui souhaitaient leur cadavre, les ont obtenu sans exception avec « l’avis favorable sans restriction » donné par ce qui s’est appelé pendant l’été 2010 la « commission d’enquête publique » pour le tramway.

Nous avons totalement tout perdu. Notre action pour préserver des arbres dans la ville, n’aura pas été plus efficace que le regard profond d’un Oran Outang questionnant le monde des hommes en voyant par milliers tomber autour de lui les arbres et à perte de vue disparaître sa forêt sous ses yeux nous demandant « Pourquoi ? »

Mais qui sont ceux qui nous ont vaincu ?

« Avis favorable sans restriction » pour de futurs massacres.

Lorsque cette « chronique d’un désastre » (3) avait commencé en janvier 2009 avec le massacre de l’allée de platanes centenaires du boulevard Tonnellé, on avait rapidement noté le caractère suspect de ces abattages itératifs. On avait aussi compris la nécessité de transpercer l’épais voile des apparences techniques présentées. Il fallait chercher au-delà d’elles la signification politique de ces mises à mort incompréhensibles.

Engagé sur cette piste, l’hypothèse d’un processus totalitaire s’était imposée car elle permettait de continuer à progresser dans cette recherche.

A cette époque on n’avait pas encore connaissance du tramway avec son contingent macabre de plus de mille arbres à abattre. Ou plus exactement encore, on connaissait l’existence d’un projet de tramway, mais comme tout le monde dans la ville, on n’était pas en mesure d’imaginer qu’il pourrait véhiculer un tel contingent macabre sur son passage.

Plus de mille arbre à abattre et ce n’est qu’un début. Car avec un « avis favorable sans restriction » accordé par la commission d’enquête publique, c’est sans conteste, une menace générale sur tous les arbres de la ville. Et plane déjà sur leur vie le spectre de la deuxième ligne de tramway.

En hiver 2009, quand a débuté cette réflexion sur les arbres dans la ville et qu’était posée l’hypothèse du processus totalitaire à l’œuvre derrière la multiplication soudaine des hécatombes, il fallait recueillir des faits isolés et dispersés, les rassembler et les questionner.

A cette époque il fallait à chaque fois éprouver l’hypothèse politique.

« Ils ont abattu les grands arbres de telle place ! » « Pourquoi ont-ils fait ça ? »

L’alignement des grands peupliers longeant la cité de tel quartier, a été rasé ! » « Pourquoi ont-ils fait ça ? » Pourquoi toutes ces mises à mort sur la place publique ? » « Pourquoi ces dépenses considérables d’énergie pour faire disparaître les grands arbres de la ville ? » « Pourquoi ces spectacles morbides d’arbres centenaires terrassés, couchés à terre, débités en tronçons dans un vacarme de guerre, presque tous les jours dans les rues de Tours ? »

« Le Ginkgo biloba du Jardin de la Préfecture a été abattu ! » « Pourquoi ont-ils fait ça ? »

A chaque fois la même démarche pour éprouver notre hypothèse. « Pourquoi ont-ils fait ça ? »

Plus de mille arbres à abattre en premier contingent macabre, et déjà plane sur l’ensemble de la « trame verte » patrimoniale, le spectre de la deuxième ligne de tramway.

« Mais qui sont donc ceux qui se glorifient de nous avoir vaincu ? »

(1) Tramway et arbres à Tours
(2) A hue et à dia
(3) http://carfree.fr/index.php/2009/06/26/un-jardin-de-la-france-en-beton-arme/

Première partie

Tours le 14 octobre 2010

Jms

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

7 commentaires sur “« Ils seront tous abattus »

  1. Ferdinand

    Terrible et remarquable article, comme tous les précédents sur cette terriblement triste histoire. Et où, malheureusement, tout ce qui est dit est vrai. L’enfer urbain n’est pas qu’une vue de l’esprit. Tout cela fait froid dans le dos.

  2. Robin_des_bois

    Si j’ai bien compris la municipalité profite d’abattre un maximum d’arbres quand ils ont une « bonne » excuse, comme ça il pourront accélérer leurs futurs petits bétonnages si rémunérateurs tout en faisant des économies sur le ramassage des feuilles! C’est bien ça? En fait c’est quasiment partout comme ça, un problème planétaire, et il y a une solution, c’est la décroissance : travaillons moins, visons plus petits en logement comme pour le reste, faisons moins d’enfants et les bétonneurs n’auront plus de clients!

  3. Joshuadu34joshuadu34

    lors de la commune, il existait un cri, que nous pourrions reprendre…

    CEUX QUI LUTTENT SERONT PEUT ÊTRE TUÉS, CEUX QUI NE LUTTENT PAS SONT DÉJÀ MORTS

  4. Joshuadu34joshuadu34

    comme quoi, même les plus grands auteurs s’appuient sur d’autres lorsqu’ils écrivent… La citation de la commune s’appuie, elle aussi, sur un autre auteur, Victor Hugo, et son « ceux qui vivent sont ceux qui luttent » (in « les châtiments » 1858)

  5. Joshuadu34joshuadu34

    Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
    Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
    Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
    Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
    Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
    Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
    C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
    C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
    Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
    Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
    Car de son vague ennui le néant les enivre,
    Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
    Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
    Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
    Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
    Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
    Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
    N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
    Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
    Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
    Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
    Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
    Ils sont les passants froids sans but, sans noeud, sans âge ;
    Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
    Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
    Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
    L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;
    Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
    Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
    Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

    Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
    Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
    Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,
    Rire de Jupiter sans croire à Jéhova,
    Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,
    Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,
    Pour de vains résultats faire de vains efforts,
    N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
    Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
    Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
    Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
    Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
    Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
    Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !

  6. G-rom

    Vous avez perdu parce que vous vous etres cru en democratie, mais meme si c’est ce qu’on veut nous faire croire on voit tous les jours qu’on est reste en oligarchie (quelques-uns decident a la place du peuple, et si le peuple n’est pas d’accord tant pis -> contradiction totale)

    La dictature c’est « ferme ta gueule », et la republique c’est « cause toujours »

    C’est comme les pseudos debats sur l’ ‘identite nationale’, les ogms etc…
    http://www.debatidentitenationale.fr
    http://www.debatpublic-nano.org

    ils savent qu’ils vont pouvoir faire tout ce qu’ils veulent et qu’ils s’en foutent de l’opinion de la populace, mais faire croire le contraire permet de calmer les gens, de canaliser leur protestation…

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