Les Dix Commandements de l’ayatollah de la voiture (lettre ouverte aux autorités)

Les Dix Commandements de l'ayatollah de la voiture (lettre ouverte aux autorités)

Chères autorités de l’exécutif, du législatif, du judiciaire, du médiatique (oui oui, je m’adresse aussi aux médias car ils ont un réel pouvoir, n’en déplaise au né trop tôt Montesquieu),

73 députés UMP ont signé une lettre envoyée à Monsieur François Fillon, Premier Ministre : l’objet de leur lettre est de relayer les attentes de leurs citoyens relatives à la sécurité routière. Pas de suppression des panneaux annonçant les radars !

Et c’est ainsi que Claude Guéant a annoncé la suspension (pas du permis) du retrait (non plus du permis) de ces panneaux annonçant les radars.

Avant que la majorité ne cesse d’enchaîner les couacs… En effet dans la journée du 25 juin 2011, on a entendu pas mal de choses sur ce qui serait finalement retenu, retiré, amendé, accepté, concédé. Dans la présente, nous ne parlerons pas de ce qui est retenu au bout du compte, nous ne le savons pas bien encore. Non, nous allons vous parler de… nous (rhôôô, quels nombrilistes, eux, alors !)… et aussi des autres, car nous sommes stigmatisés parce que différents des autres (et c’est vrai que nous avons une conception différente de certaines choses).

Les 73 députés ne veulent pas que le gouvernement cède aux « sirènes des ayatollah qui souhaiteraient, à les écouter, un monde sans voiture ». Qui ose donc imaginer un monde sans voiture, qu’on aille tout de suite le brimer ?

C’est vrai, quoi : la voiture, dont on sait qu’elle a profondément transformé notre société, ne saurait être remise en cause… Et pourtant, il y en a toujours qui ne veulent pas de ce messie métallique… De vrais ayatollahs, on vous le dit !!!

Pif paf pouf, nous nous présentons dans notre lettre à nous : voici devant vous des ayatollahs anti-voitures.

Notre ennemi à nous ? Les ayatollahs de la voiture.

Voici les Dix Commandements que respecte tout bon ayatollah de la voiture:

1er Commandement – Les ayatollahs de la voiture doivent polluer massivement

La pollution atmosphérique, celle qui peut causer des cancers par exemple mais aussi de l’asthme, des bronchites, des maladies cardio-vasculaires, des leucémies, l’autisme, des accouchements prématurés, la maladie d’Alzheimer, etc., est largement due aux transports motorisés et à la voiture.

La seule pollution automobile provoque autant de morts que les accidents de la route ; mais dire cela, c’est faire preuve d’un inconcevable extrémisme…

2e Commandement – Les ayatollahs de la voiture prônent l’économie du gaspillage

La seule construction d’une voiture, quel que soit le type de modèle et les performances environnementales affichées, nécessite peu ou prou 30 tonnes de matières premières (acier, fer, aluminium, plastiques, fluides, caoutchouc, etc.) et 300.000 litres d’eau (T&E Bulletin, n°89, juin 2000). Ajoutez à cela, la consommation d’essence de votre voiture et la consommation d’eau pour la nettoyer durant toute une vie d’automobiliste, multipliez le tout par environ 1 milliard de voitures en circulation dans le monde d’aujourd’hui et vous aurez une idée du gaspillage généralisé de l’économie de l’automobile. Sauf que les prévisions du FMI tablent sur 3 milliards de voitures en circulation en 2050, et qu’à terme, pourquoi tous les Indiens, les Chinois ou les habitants des Pays du Sud n’auraient-ils pas droit, tout comme vous, à une ou deux voitures par foyer ?

Où est l’extrémisme ? Penser que tout ceci n’est pas raisonnable ou penser que le monde ira beaucoup mieux avec 5 milliards de voitures en circulation ?

3e Commandement – Les ayatollahs de la voiture prônent la destruction

Pour satisfaire leur « liberté de circuler » en voiture, les ayatollahs de la voiture sont prêts à détruire les paysages naturels et agricoles, ruraux et urbains, pour réclamer toujours plus de routes et d’autoroutes qui provoquent toujours plus de coupures (les corridors biologiques sont une notion entérinée dans les concepts de « trames et verte et bleue » du Grenelle de l’Environnement), de disparition d’espèces animales et d’essences végétales, d’asphaltage et de bétonnage des territoires, pour en arriver toujours au même point, à savoir la congestion automobile qui nécessitera encore plus de routes et d’autoroutes !

Où est l’extrémisme ? Penser que tout ceci n’est pas raisonnable ou penser que l’automobile individuelle transportant en moyenne seulement 1,2 personne par voiture est le mode de déplacement le plus efficace au sein d’une société composée de dizaines ou de centaines de millions d’individus ?

4e Commandement – Les ayatollahs de la voiture veulent une croissance énergétique sans lendemain

Il nous est souvent fait la remarque, à nous doux rêveurs, qu’il arrivera un jour où les véhicules rouleront à l’énergie propre qu’est l’énergie électrique. Nous sommes désolés de revenir sur le désastre de Fukushima si le délai de « décence » (cf. Jean-François Copé pour le parti au pouvoir, cf. Ségolène Royal pour le parti d’en face qui a aussi sa part de responsabilité dans les choix du nucléaire) n’est pas passé. D’ailleurs, il est assez dur de laisser un temps de décence suffisamment long si l’on doit attendre la fin des pépins :
http://www.lemonde.fr/japon/article/2011/05/24/tepco-annonce-que-les-reacteurs-2-et-3-sont-en-fusion_1526427_1492975.html

Cette voiture qui sera « verte » (pas selon nous, mais selon d’autres) et électrique roulera avec cette énergie dont nous ne contrôlons que peu les caprices, tout comme les automobilistes, de par la nature de leur véhicule, ne peuvent contrôler qu’une partie de leurs actes.

En outre, cette voiture électrique dont on nous dit qu’elle est « propre » émettra plus de CO2 que la voiture thermique si elle rechargée en période de pointe électrique, car il est alors nécessaire d’utiliser des centrales thermiques en appoint ! (étude ADEME, 2009).

Où est l’extrémisme ? Penser que tout ceci n’est pas raisonnable ou penser que le développement massif de l’automobile à l’heure où les réserves d’hydrocarbures s’épuisent, où le nucléaire montre toute sa capacité de nuisance et où les énergies renouvelables peinent déjà à fournir plus de 10% de l’énergie consommée à l’échelle mondiale (sans voitures électriques) doit être encouragé, subventionné et facilité ?

5e Commandement – Les ayatollahs de la voiture sont partisans de la puissance incontrôlée

Après la perte de contrôle du nucléaire et la perte des autres énergies (déplétion du pétrole, que l’on veut dangereusement pallier avec le gaz de schiste), nous vous demandons de considérer la perte de contrôle du véhicule. Dans le débat dont il est question actuellement, bon nombre d’automobilistes se sont plaints de ce que l’on ne peut regarder son compteur en même temps que la route. Il est vrai que nous n’invitons personne à loucher et nous comprenons donc qu’il est difficile de faire les deux choses en même temps exactement. Mais comment diable est-ce possible qu’il soit dangereux de jeter un coup d’oeil à son compteur (plus dangereux que l’excès de vitesse, selon certains dans l’argumentaire qui demande le maintien des panneaux annonçant les radars) ? Nous parlons d’un « coup d’oeil » ici. Eh bien, il faut croire (et nous, ayatollahs anti-voitures, le croyons) que les automobilistes vont à une vitesse beaucoup trop élevée (c’est le trafic dans son ensemble qui a une vitesse trop élevée pour les rectifications de conduite nécessaires en cas d’obstacle) pour pouvoir s’accorder un quart de seconde pour la lecture du compteur de vitesse. Nous pouvons même assurer que des piétons (qui vont à la vitesse de la marche, donc) ont en tout temps pu se mouvoir en même temps qu’ils élevaient leur conscience (le philosophe Aristote est appelé le « péripatéticien » pour ce qu’il réfléchissait, parlait et écoutait ses disciples en même temps qu’il marchait dans le quartier du Lycée, à Athènes) ou leur culture littéraire (oui, on peut lire un bouquin, tout en marchant, c’est d’une poésie inconnue pour l’arpenteur automobiliste du périphérique parisien) sans être dangereux pour autant. On ne peut pas en dire autant des automobilistes qui cultivent une haine entre semblables mais aussi envers les autres usagers de la voirie qui les ralentissent.

L’extrémisme est-il chez ceux qui contrôlent leurs faits et gestes en ne se servant pas d’outils hasardeux ? Ou chez ceux qui nous assurent que c’est leur engin qui tue, pas eux (subtile nuance dans la réflexion sur la technique que le XIXe siècle nous a apportée et que le XXe siècle nous a consacrée) ?

6e Commandement – Les ayatollahs de la voiture sont favorables à la violence et à la haine

Les insultes échangées à voix haute ou à voix basse, fenêtres baissées ou fenêtres ouvertes, rien que sur la place de l’Étoile à Paris, en une heure, sont à notre avis bien supérieures au nombre d’insultes proférées en une heure et demie de jeu sur chacun des 10 terrains de football d’un championnat à 20 équipes. Pourtant, nous savons combien une insulte au football peut avoir de retentissement, et combien la réponse violente d’une idole française peut heurter tous les éducateurs sportifs en charge d’entraîner les jeunes enfants le mercredi après-midi. Eh bien, pourquoi ne s’étonne-t-on pas plus de ces échanges verbaux entre adultes consentants pris dans un même trafic ? La violence d’un échange verbal, même si celui-ci ne se traduit pas en violence physique entre insultant et insulté (parfois, les insultes sont réciproques), a des répercussions sur notre énervement. Énervement qui conduit à des pratiques impulsives. Qui dit impulsif en voiture dit danger (revoir plus haut le paragraphe sur la puissance incontrôlée).

Les personnes qui arrivent au travail à vélo ou à pied sont en général les plus souriantes à l’arrivée sur le lieu du travail. La sécrétion d’endorphines n’est pas le fort de l’automobiliste. Pour le marcheur ou le cycliste, il est évident (les médecins n’iront pas contre cet argument) que son bien-être est lié à la pratique d’efforts légers (on ne demande à personne de faire le Tour de France tous les mois).

Où est l’extrémisme ? Chez celui qui, tel le Baloo du Livre de la Jungle, prend le transport du bon côté et sait se satisfaire du nécessaire et sait qu’il en faut peu pour être heureux ? Ou chez celui qui, mécontent qu’il pleuve sur son pare-brise ou bien mécontent qu’il fasse trop chaud dans son habitacle, veut continuer à arriver tendu au travail ?

7e Commandement – Les ayatollahs de la voiture ne sont pas seulement irrités de leur propre comportement ou du comportement de leurs compagnons à moteur, ils sont irrités aussi du comportement des sans-le-poids.

Par cette locution composée néologique de « sans-le-poids », nous entendons ceux qui ne pèsent pas lourd sur l’espace de la voirie. La voirie, c’est bien sûr la chaussée mais aussi les trottoirs. Ceux qui ne pèsent pas lourd sur cet espace ne font pas le poids face aux automobilistes ; d’autant plus que votre voiture qui pèse une tonne et demie à l’arrêt a un « poids apparent » (notion de physique mécanique) beaucoup plus lourd que ça dans un mouvement (le mouvement, c’est de la force, une énergie qui se ne s’évade pas gentiment lors d’un choc. Cette énergie est celle qui va déformer votre capot contre un arbre, broyer les jambes du piéton, dégommer le chat de la voisine. Bref, la voiture, c’est plein d’énergie. Mais, nous dirait un maître zen, ce n’est pas une énergie positive…

Quand un automobiliste klaxonne à l’encontre d’un cycliste qui ne repart pas assez vite lors du passage au vert d’un feu, ou à l’encontre d’un piéton qui traverse vraiment au dernier moment ce passage piéton (alors qu’il est dans son plein droit, nous le rappelons), alors l’automobiliste rappelle le pouvoir de vie ou de mort qu’il a sur l’existence de cet usager fragile de la voirie (ce cycliste ou ce piéton). Attention, si tu ne bouges pas plus vite, je te dégomme, ce ne sera pourtant pas faute de t’avoir prévenu. Mais bon sang, les piétons devraient le savoir, qu’une voiture c’est dangereux !!! Il y a là un manque évident de savoir-vivre du piéton envers la cage métallique d’une tonne et demie.

Laissez-vous, Mesdames et Messieurs, vos enfants dans la rue comme vous avez pu, pour certains, grandir en intelligence avec les autres dans la rue ? Laissez-vous vos enfants faire du vélo dans la rue ? Laissez-les vous faire du patin à roulettes ? Laissez-les vous jouer aux billes sur les trottoirs comme vous avez pu le faire à votre époque ? Laissez-vous vos enfants aller à pied à l’école ? Sur ce dernier point, il est impressionnant de voir qu’un bon nombre d’enfants, voire d’adolescents (sic), se font conduire par leurs parents à l’école pour moins de 2 km de trajet, alors que vous (ou certains de vos camarades de votre école, de votre collège ou de votre lycée) avez certainement marché sur plusieurs kilomètres (si ça se trouve, cinq ou huit pour les vieux d’entre vous, et donc les plus bipèdes d’entre vous) chaque matin d’école et sur autant de kilomètres chaque soir après la journée d’école ! L’homme a cessé d’être un bipède, peut-être… Triste constat alors ! Est-il normal d’interdire l’accès au dehors à nos enfants sous prétexte que la voiture est dangereuse ? N’est-ce pas l’abdication la plus parlante qui soit ?

Alors, où est l’extrémisme ? Est-il dans le fait de trouver cela anormal qu’un automobiliste rappelle de façon intimidante (mais sans remise en question de son mode de déplacement) le danger qu’un choc sur le capot représenterait pour le fragile usager ? Ou est-il plutôt dans le fait de se dire que c’est bien normal qu’un piéton se plie un peu aux contraintes qu’apporte la rapidité automobile de ses concitoyens ?

8e Commandement – Les ayatollahs de la voiture n’ont pas besoin d’un « poids apparent » supérieur au « poids réel » (inerte) pour embêter les autres usagers.

Il arrive très fréquemment qu’un véhicule à l’arrêt rappelle à tous les badauds de la rue que c’est lui le plus fort, non plus en poids mais en termes d’occupation de l’espace. Une voiture, c’est en moyenne 10 mètres carrés d’occupation d’espace à l’arrêt ! On sait bien qu’il manque (selon beaucoup de gens) des places de stationnement en ville et nous nous en réjouissons : c’est comme cela que l’on peut décourager de venir en voiture en ville quand bien même il existe un réseau de transports en commun ou une proximité permettant de venir à pied ou à vélo !

Quand un automobiliste gare sa voiture sur le trottoir, c’est pas mal de gens qu’il gêne : les simples piétons qui parfois n’ont pas la largeur de passer à deux (pour se croiser ou pour marcher de front) ; les piétons avec poussettes (les mères ou pères qui se promènent avec leurs enfants doivent parfois aventurer leur enfant sur la chaussée) ; les personnes à mobilité réduite, à savoir les personnes âgées qui ont déjà du mal à marcher quand il n’y a pas d’obstacles, ou les personnes en fauteuil roulant qui sont de tout évidence bien embêtés quand il faut faire un détour passant sur la chaussée, surtout quand cette chaussée est bordée d’un trottoir surélevé qui les empêche de descendre seul du trottoir.

Tout cet envahissement ne poserait (presque) pas problème si les piétons pouvaient investir l’espace de la chaussée sans danger ; mais comme nous l’avons vu dans le « commandement » précédent, l’automobiliste n’est pas préparé à freiner quand des piétons s’approchent de la chaussée.

Le stationnement des voitures (et autres véhicules de livraison, dont les camionnettes) en double file est assez fréquent, notamment sur les avenues où le vélo a été relégué sur la voie cyclable. Les automobilistes se disent de toute façon qu’un cycliste n’a pas un assez puissant klaxon pour exprimer son mécontentement à tout le reste du trafic et au quartier.

Est-ce extrémiste que de trouver anormal que 10 mètres carrés enquiquinent la vie de tous les piétons sur trottoirs, personnes à mobilité réduite en premier lieu ? Quel comble ! La voiture, symbole de la liberté et des grands espaces dans notre imaginaire, réduit la liberté et les « grands » espaces de ceux qui sont relativement libres de toute cette ferraille.

9e Commandement – Les ayatollahs de la voiture, n’imaginant pas un autre mode de déplacement, n’imaginent pas non plus un autre aménagement de l’espace qui serait pourtant bien plus vivable.

Comment ferais-je mes courses sans voiture ? Mais c’est impossible ! Voici un argument parmi les plus courants sortis à ceux qui vivent sans voiture. Généralement, ceux qui ont fait le choix de vivre sans voiture ne vont pas dans les hypermarchés qui nécessitent en effet une voiture, du moins si on ne veut pas aller s’enfermer tous les jours dans ces hangars loin d’être folichons. Sans voiture, la pratique d’achats alimentaires diffère ; la pratique des loisirs diffère (on ne va pas à la mer depuis le centre de la France pour un week-end, on va alors éventuellement à la campagne proche, celle qui a encore des bouts épargnés par le tourisme de masse…).

Sans voiture, le choix du lieu de sa résidence diffère, en fonction des services de proximité qu’on peut trouver… et notamment, les services de proximité resteraient certainement plus ouverts en milieu rural si la voiture n’avait pas amené certains citoyens à une hyper-mobilité tandis que d’autres sont en hypo-mobilité inadaptée chronique (ils sont en hypo-mobilité inadaptée uniquement parce que l’omniprésence de la voiture a supprimé les services de proximité, rendant ceux-ci inaccessibles à ceux qui n’ont pas de voiture, personnes âgées ou jeunes ou sans-le-sou).

Sans voiture, la pratique du trajet domicile-travail diffère. Notamment, on voit souvent, dans l’organisation toyotiste du travail, ces séances de gym collective où les salariés commencent la journée par un effort qui réveille en douceur. La marche (largement envisageable par quasiment tous pour une distance maison-bureau inférieure à 3 km ; valable pour des distances plus longues pour ceux qui aiment la marche et l’endorphine ainsi secrétée) ou le vélo (largement envisageable par quasiment tous pour une distance maison-bureau inférieure à 10 km ; valable aussi sur des distances plus longues pour ceux qui aiment le vélo et l’endorphine ainsi secrétée). Pour ceux qui n’aiment ni la marche ni le vélo, il existe toujours l’option transports en commun dans les territoires où il y en a. Dans les territoires où il n’y en a plus comme dans les territoires où il n’y en a pas assez (c’est-à-dire presque partout), on laisse le soin aux politiques de transport d’adapter rapidement l’offre à la demande. Pour ceux qui n’aiment pas les efforts sportifs du matin ni les transports en commun, nous leur suggérons de rester dans les bouchons automobiles du matin sans autre possibilité que de rester concentré sur la route.

En changeant toutes ces pratiques de l’espace, on peut trouver des solutions qui découlent assez directement de l’absence de motorisation abusive : la relocalisation des activités, de l’agriculture, la connaissance de son environnement proche, tout ceci participe à un meilleur cadre de vie et à une moins grande dépossession du citoyen face à l’effroi actuel dû à la mondialisation.

Sur ce point, nous pourrions n’en pas vouloir beaucoup aux automobilistes d’aujourd’hui et nous pourrions aller cracher sur les tombes de ceux qui ont pensé, organisé notre territoire il y a quelques décennies (ah bah non, en fait, il y en a qui sont encore vivants, l’avènement du tout-voiture s’est joué entre 1950 et 1970 !). Mais nous allons quand même pester contre ceux qui continuent à utiliser leur voiture parce-que-c’est-comme-ça-que-ça-fonctionne-aujourd’hui-et-pas-autrement. Si cela fonctionne comme ça maintenant, il n’empêche qu’une situation peut changer. Exemple : après avoir construit des bâtiments bourrés d’amiante, on se dit que c’est mauvais pour la santé et qu’il faut donc changer de cap. Le hic dans la voiture vient dans « l’inertie » donnée aux orientations d’aménagement du territoire, de par l’organisation spatiale de toute une société autour de la voiture. Pour régler ce problème, il faut beaucoup d’imagination et du courage (ne vous inquiétez pas, de l’imagination débordante s’est déjà exprimée dans les milieux d’ayatollahs anti-voitures).

Est-il extrémiste de vouloir faire preuve d’imagination et de se servir de ses jambes (autrement qu’en appuyant sur une pédale d’accélérateur) pour aller au boulot ? N’est-il pas plus obscurantiste de laisser l’imagination aux oubliettes ou au cachot pour continuer cet urbanisation tous azimuts, sans but et sans pourquoi ?

10e Commandement – Les ayatollahs de la voiture veulent ne pas être pris pour des enfants mais continuent à clamer que c’est du racket que de ne plus signaler les radars automatiques.

Dans la grogne actuelle, il y en a qui disent ne pas vouloir être pris pour des enfants (au passage, un enfant a tendance à obéir en fonction de la punition donnée quand la menace de la punition est fait expressément avant chaque dépassement des limites, ce que les automobilistes semblent faire le mieux du monde, en ralentissant au niveau du panneau annonceur de radar puis en réaccélérant une fois le radar passé).

Ne pas vouloir être pris pour un enfant, ce serait plutôt reconnaître, à notre sens (mais tous les ayatollahs anti-voitures ne sont pas d’accord, nous ne signerons pas pour tous ceux-là) que « la loi est dure, mais c’est la loi ».  « Dura Lex sed lex ». Cette locution proverbiale latine peut paraître étrange. Néanmoins, quand la loi est là et qu’elle est bien annoncée (normalement, un conducteur ne « doit pas » rater le panneau annonçant la vitesse, ou sinon c’est qu’il est allé trop vite pour être concentré sur les informations inscrites sur les panneaux), on n’a pas besoin de relancer une sommation. Les forces de l’ordre font-elles des sommations à quelqu’un qui est en train de tirer sur la foule ? Non, il ne nous semble pas… De la même façon, l’on ne devrait pas faire de sommations pour ceux qui foncent à des allures incontrôlables (incontrôlables si un enfant traverse la route en courant, si un chevreuil traverse la route en gambadant, ou si le conducteur de devant commet un bévue dans sa conduite). Les limites de vitesses actuelles ne permettent déjà pas d’être à une vitesse contrôlable au cas où ces imprévus évoqués se présentent.

N’accordons pas aux conducteurs le sentiment que le respect des vitesses est suffisant pour garantir la sécurité de tous, et ne leur accordons pas non plus le sentiment que « l’annonce d’un contrôle, c’est la loi » (un peu du genre suivant : « Nous rappelons à tous les possesseurs de cocaïne de bien vouloir la sniffer avant que nous ne venions fouiller vos poches »).

Nous rappelons juste aux automobilistes que nous avons peu souvent rencontré des portions routières où un contrôle radar automatique était effectué et où aucun panneau de limitation ne figurait ! Le panneau d’annonce du radar a presque toujours (toujours ?) été mis juste avant un panneau de limitation de vitesse (en respectant ces panneaux de limitation pourtant banals, on a en fait déjà nos radars pédagogiques !).

Dire que l’application d’une loi est injuste quand on ne prévient pas d’un contrôle, c’est faire preuve de bien peu de philosophie : les automobilistes n’ont pas même le courage de dire que, s’ils transgressent la loi, ils doivent mériter, en toute logique (en cas de contrôle), une sanction.

Est-ce être extrémiste que de demander que la loi soit la loi ? N’est-ce pas plutôt se montrer infantile que de dire ne pas vouloir être pris pour un enfant quand on conduit à une vitesse qui broie les enfants qui traversent les rues, et ensuite demander que l’on arrête les contrôles dans le domaine routier où l’injustice est très clairement en défaveur de celui qui ne conduit pas et qui est un usager fragile de la voirie ?

Aparté sur la Loi en général :

Si la loi n’est pas juste, peut-être faut-il changer la loi (en tout cas, pas pour rehausser les limites de vitesse, ce serait aberrant après tout ce que l’on a appris dans les dernières décennies, avec nos expériences sur l’insécurité routière !). Nous répétons qu’il n’y a pas d’application injuste d’une loi, une application de loi se doit d’être bête et méchante une fois que la loi est dite ; c’est la loi qui peut être injuste. A la Loi alors d’évoluer pour intégrer des « nuances justes » dans ses textes.

A ce propos, les ayatollahs anti-voitures que nous sommes, par exemple, sont très clairement majoritairement contre la distinction qui a été faite entre véhicules interdits et véhicules autorisés dans le centre des villes concernées par les mesures ZAPA : interdire les vieux véhicules dans le centre des villes, c’est du pain bénit pour relancer l’achat de véhicules neufs pour ceux qui en ont les moyens, et puis opérer une ségrégation efficace à l’encontre de ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter un véhicule récent ; c’est le meilleur moyen de parquer une population paupérisée quelque part pendant qu’une autre partie de la population, nantie quant à elle, pourra continuer à jouir de son hyper-mobilité ! Belle société, n’est-ce pas ?

Conclusion des ayatollahs anti-voitures :

Les 10 Commandements des ayatollahs de la voiture sont puissants, tout aussi puissants que la machine qu’ils conduisent ; c’est-à-dire que leurs arguments, non seulement ils les respectent (et l’on a toujours raison de respecter ce en quoi l’on croit, mais leurs croyances sont destructrices, selon nous), mais aussi ils les imposent aux autres (tout comme la voiture s’impose aux autres usagers de la voirie, aux autres domaines de l’économie, aux pratiques du quotidien, aux autres questions d’urbanisme).

Nous ne demandons rien en particulier sur la question actuelle des radars (enfin, sur la question, nous venons de dire, dans le Dixième Commandement, l’avis de certains d’entre nous sur la question…).

Si nous demandons quelque chose, en effet, c’est l’imagination immédiatement suivie de la construction d’une société sans « voitures particulières » (nous ne voulons pas détruire le service public, il y a des véhicules qui doivent même être multipliés, dont les transports en commun). Le chantier demande beaucoup de courage et ne se fait pas sans l’aveu de nos faiblesses. Mais ce ne sera plus à proprement parler une « construction de société » si nous attendons la fin du pétrole et autres énergies faciles pour nous adapter : ce sera le crash brutal !

Nous souhaitions rééquilibrer les mots et nous souhaitons toujours faire bouger les choses. Nous, ayatollahs anti-voitures (selon vos propres mots), voulons que les ayatollahs de la voiture se réveillent, arrêtent de rêver en plein cauchemar.

Merci pour nous, nos enfants, nos personnes âgées, nos mobilités réduites respectives, nos vélos, nos poumons, nos jambes, nos coeurs, notre santé, nos oreilles, nos yeux, notre odorat, notre poésie, notre environnement, nos petits-enfants, nos arrière-petits-enfants, etc., et notre climat social (car nous percevons la voiture comme délétère sur les relations sociales en général, le cafouillage et la grogne actuels en étant peut-être le meilleur exemple !).

Je vous souhaite bonne réception de cette lettre, bonne reconsidération, bonne imagination, bonnes inspirations si vous avez encore la chance de respirer un air pur.

Signé : Legéographe.

A propos de Legeographe

Rédacteur du site Carfree France. En recherche d'un monde à construire autrement que dans un air climatisé.

9 commentaires sur “Les Dix Commandements de l’ayatollah de la voiture (lettre ouverte aux autorités)

  1. CarFree

    On publie le tien aussi cet après-midi, car on ne peut pas tout publier en même temps! Pour celui de Joshua, on peut aussi le publier éventuellement en article, mais Joshua ne l’a pas proposé en tant qu’article…

  2. Le cycliste intraitable

    Le nonos donné aux automobilistes aboyeurs associés fait partie de la chasse aux électeurs du FN que le gouvernement mène sans relâche depuis les dernières régionales.

    Après la reculade sur la contribution climat-énergie, rebaptisée taxe carbone par les pires motoristes du gouvernement, après l’assouplissement du permis à points, vient l’avertissement des radars fixes, dont tout le monde connaît l’emplacement.

    La question que se posent les automobilistes un peu plus réfléchis, et je les rejoins là-dessus, est la pertinence du contrôle radar systématique à la même vitesse tout le temps.

    Il serait bien plus intelligent d’avoir des radars réglables mais bien plus fréquents, et des limitations de vitesse qui dépendent des circonstances (météo, sortie d’école, zone fréquentée par des piétons…) comme c’est le cas aux États-Unis.

    Il serait également bien plus intelligent d’expliquer et de sensibiliser les usagers sur les conséquences de la survitesse automobile : bruit et pollution sont, plus que l’insécurité, les motivations de nombreuses limitations de vitesse qui semblent arbitraires, et beaucoup l’ont oublié.

    Nos autoroutes les plus récentes pourraient très bien supporter une circulation à 160 ou 180 km/h, mais si la limitation est à 130 km/h, c’est principalement une question de consommation d’essence.

  3. LEGEOGRAPHE

    Lecolomobile, si vous voulez, on peut, une fois que votre écrit est publié, essayer de présenter les 2 en externe.
    J’essaye de voir pour le mien déjà en ce moment.
    Je vous rassure, j’apprécie réellement votre pastiche, je continue à me marrer en le relisant ! 😉

  4. Nico

    lecolomobile, votre pastiche est super et votre blog aussi. En France nous en arrivons à créer un courant de pensée de blasés de la voiture qui veulent passer à autre chose de plus humanisé; notre marché automobile décline, c’est fantastique! Alors quel est le hic?? Le hic est que la France n’est pas le centre du Monde et que l’Asie et les pays du Sud sont tous affamés de voiture individuelle. Je prends l’exemple de l’ Afrique où je réside depuis + de 10 ans. La voiture individuelle y est sur un pied d’estalle: elle est vue comme l’Objet fabuleux du DEVELOPPEMENT, objet qui permet à la fois de se déplacer facilement, mais aussi de prouver sa supériorité sociale, de gagner en respect, en dignité, en valeurs humaines, en valeur professionnelle.je n’ai jamais entendu quelqu’un critiquer le boom automobile. Le passage piéton n’a aucune valeur, le piéton doit courir pour fuir les voitures qui klaxonnent de rage et accèlerent au maximum, pire qu’ à Paris dans les 60’s. Le vélo est insulté et méprisé sur les routes. En côté d’ivoire par exemple, sur un mois de campagne présidentielle en novembre 2010 et 15 candidats, le mot « écologie » n’a jamais été prononcé… Quand vous parlez d’écologie, on vous répond en général: « nous ne sommes pas encore arrivé là!! ». Si l’Afrique arrive à se développer économiquement, l’automobile y étendra sa gloire impériale demain au-délà des capitales africaines, comme le marché africain du téléphone mobile aujourd’hui. Et la Chine? encore plus speed!! L’afrique+la Chnie doivent compter 3.5 milliards d’habitants bientôt, et il leur faudra donc 1.75 milliards de voitures en circulation, pour atteindre la vie « normale »!! Evidemment, à cette vitesse de destruction, le climat aura succombé avant!…Désolé d’être un peu pessimiste sur le marché automobile mondial. Qui a d’autres idées pour me rassurer??

  5. Legeographe Auteur

    Je viens corroborer les propos de Nico. Mes souvenirs de l’Afrique (Togo, seulement) resurgissent, il est vrai que le piéton est partout klaxonné, le vélo un peu moins, le deux-roues motorisé encore un peu moins, et la voiture se fait klaxonner par le gros camion ! Ceci tous les jours ! Pire qu’à Paris dans les années 60, certainement, oui !

    Nico, j’ai un calcul pour vous rassurer ! 😉
    La population de la Chine et de l’Afrique, c’est un peu moins que 2,4 milliards d’habitants. Pour cela, j’ai additionné les chiffres suivants :

    « Afrique : Population : 996 270 855 habitants » :
    http://www.populationdata.net/index2.php?option=continent&cid=1&nom=afrique

    « La population chinoise pourrait atteindre 1,39 milliard fin 2015 » :
    http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2466_population_chine.php

    Alors, selon votre taux d’équipement de 50% (pour une moyenne de l’ensemble, peut-être pas pour chacun des pays séparément), on arrive à seulement 1,2 milliard de voitures. Ouf, ça va mieux ! 😉
    Ah bah non, ça me rassure toujours pas.

    Le hic que vous soulevez, Nico (à savoir que d’autres pays crient encore au génie en voyant la voiture) est valable, mais je m’en balance : déjà, si un pays le fait, il y a l’honneur de l’exemplarité (eux peuvent aussi s’en balancer, je suis d’accord !) ; ensuite, il peut être vain de dire « à quand un accord international pour ne pas créer un retard différentiel d’adoption prise de mesures ? » car la gouvernance mondiale est un peu vaine en elle-même si l’on essaie de trouver des accords partagés. En fait, très souvent, c’est une puissance qui change le cours du monde avec son modèle. Voilà même pourquoi il serait encore meilleur que les États-Unis abandonnent la voiture, encore meilleur que la France ou tout autre pays. Mais bon, si les fromages-qui-puent peuvent abandonner la voiture, alors les USA le pourront avec moins de « honte » ou de « crainte » ou de « soupçon de félonie ».

  6. stefanopoulos

    L’Inde a elle seule a dépassé le milliard d’habitants. Ce pays compte à lui seul plus de population que la totalité du continent africain. A ne pas oublier dans les calculs, donc. Histoire de se faire encore plus peur.

  7. Guillaume

    Je n’ai qu’un seul mot : bravo !
    Ce texte, à l’exception du passage sur les radars qui est très actuel, fait un excellent réquisitoire anti-voiture que j’aurais presque envie d’afficher chez moi…
    Superbe.

  8. LEGEOGRAPHE

    Guillaume, ce texte est fait pour être affiché partout où le « bon sens » voudra l’emporter sur la « voiture » ! Vous pouvez même l’afficher au boulot si vous travaillez dans un ministère ! 😉

    La communication pour une lettre ouverte n’est jamais trop grande.

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