Nous ferons campagne pour la décroissance mais sans candidat

La décroissance n’est pas un dogme à prendre ou à rejeter en bloc. Elle est du côté du questionnement. Elle rime avec la dé-croyance.

Nous disons simplement que la solution à la crise n’est pas dans la croissance, dans le « toujours plus » (de production et de consommation). Nous savons bien que le capitalisme repose sur l’accumulation et le profit. Nous ne croyons pas dans un capitalisme vert et sans croissance. Nous savons que le bilan des socialismes réels fut aussi effroyable. Il est cependant possible de penser un socialisme sans croissance.

Nous sommes des empêcheurs de développer mais aussi de voter en rond. Nous ne croyons pas plus dans ce système politique qu’économique. De la même façon que nous boycottons l’économie de croissance, nous ne présenterons pas un candidat providentiel de la décroissance. Nous ne tromperons pas nos proches en laissant croire que cette stratégie est possible.

Nous ne diviserons pas nos proches qui se reconnaissent dans d’autres mouvances antiproductivistes des gauches. Nous savons cependant que le combat contre le productivisme et le consumérisme n’est pas gagné. Nous savons que les petits pas faits à gauche et dans l’écologie sont encore fragiles.

Nous ferons donc campagne durant les présidentielles avec notre escargot. Nous ferons campagne avec la décroissance pour peser sur les débats d’ici 2012 et au-delà.

Nous ferons campagne pour dire que la décroissance est obligatoirement anticapitaliste, immanquablement des gauches mais d’une autre gauche. Nous ferons campagne pour dire « Non au capitalisme vert » et « Oui au Bien Vivre », oui au projet d’inventer un socialisme autogestionnaire de la décroissance.

Nous ferons campagne pour dire que ce n’est pas en culpabilisant les gens qu’on changera la société, mais en suscitant le désir, le grand désir de vivre. Nous ferons campagne pour dire que l’urgence sociale épouse l’urgence environnementale pour rendre nécessaire et possible, dès maintenant, l’adoption d’un revenu garanti. Nous lançons au débat l’idée d’une dotation inconditionnelle d’autonomie voisine du SMIC qui permette d’avancer vers la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage mais aussi de développer la « démonétarisation », la « déséconomisation » de nos modes de vie.

Nous ferons campagne pour la gratuite de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et de logement social, des services funéraires. Nous ferons campagne pour une décroissance qui ne soit pas celle du « ni gauche ni droite », qui ne prône pas le « tous pourris », « tous pareils », nous ferons campagne pour une décroissance non sectaire, qui cherche la convergence entre tous ceux qui résistent, entre tous ceux qui créent. Nous ferons campagne sans candidat en reconnaissant à chacun le droit de voter pour son champion préféré ou celui du moindre mal, en reconnaissant aussi la légitimité de refuser de voter.

Nous ferons campagne sans candidat parce que nous savons que si nous sommes parvenus à imposer nombre de nos thèmes dans le débat public comme la relocalisation contre le mondialisme, le ralentissement contre la culte de la vitesse, la coopération contre l’esprit de concurrence, la gratuité contre la marchandisation, le choix d’une vie simple contre le mythe de l’abondance, une planification autogestionnaire contre le libre marché, etc., la décroissance n’est pas la petite grenouille qui aurait vocation à devenir aussi grosse que le boeuf. Je salue donc cette initiative comme je soutiendrai toutes celles qui permettront de faire converger les antiproductivsites des gauches et les écologistes antilibéraux.

La décroissance ira divisée en 2012. J’ai choisi mon camp. Celui d’un socialisme autogestionnaire de la décroissance. Pas celui d’une décroissance du « ni gauche ni droite », jamais celui d’une droite décroissante honteuse. A l’heure de la droitisation de la société (écologie et gauche souvent comprises), j’appelle les Objecteurs de croissance à participer à notre campagne, à le faire, là où ils sont, comme ils le souhaitent, c’est à dire y compris en pesant sur les autres campagnes, en obligeant leur candidat à bouger encore.

Paul Ariès
Pour signer l’appel : http://www.decroissance2012.fr/

Paul Ariès

A propos de Paul Ariès

Politologue et écrivain, spécialiste de phénomènes comme la malbouffe, les sectes, ou la pédophilie, qu'il lie à la mondialisation, et intellectuel de référence du courant de la décroissance.

10 commentaires sur “Nous ferons campagne pour la décroissance mais sans candidat

  1. LEGEOGRAPHE

    Juste une chose sur le mot de dé-croyance. Il me semble que même la décroissance est une croyance au sens où je l’explique ci-dessous. Dès lors qu’une politique est un projet, il faut une certaine foi en un projet non réalisé encore. Il faut croire en son projet de société. Il est bon de reconnaître que nous sommes faits de croyances, que nous voulons bien nous fier à certains (certains projets sont inspirants et inspirent confiance), pas à d’autres (d’autres projets, tel le « travailler plus pour quoi donc au juste ? » me sont dégoûtants). Reconnaître que le projet n’est pas parfait mais qu’il a plus de crédit (encore de la croyance, le crédit, étymologiquement… de la confiance) que d’autres, c’est, à mon avis, important.

  2. Thomas

    J’adhère globalement au projet de la décroissance et à ce texte, mais j’ai juste quelques réserves sur la gratuité. Souvent ça ne marche pas, c’est déconnecté de la réalité et ça fausse les comportements.
    Prenons les transports en commun :
    Si vous avez le temps lisez cette étude de la revue Transflash qui expose bien tous les points de vue sur le sujet.
    http://www.certu.fr/catalogue/download/panier/Transflash%20352-avril%202010.pdf
    Il en ressort que si d’un point de vue purement économique ça peut être jouable pour une collectivité de passer à la gratuité, ça n’est pas souhaitable pour autant.
    Un seul exemple : des transports gratuits dissuadent l’utilisation du vélo ou de la marche à pied pour des petits trajets.
    Les transports en communs, même s’ils sont toujours préférables au véhicules motorisés individuels, constituent une activité polluante, consommatrice de ressources, et qui n’est pas gratuite pour la planète.

  3. JiBOM

    @ Thomas

    C’est bien pour cela que l’espace public doit s’adapter à la marche et autres déplacements doux. Plus celui-ci sera anxiogène et bagnolard (pléonasme), plus le transfert se fera du piéton ou du cycliste vers les TEC et non de l’automobiliste vers les TEC. Et même mieux : vu que la moitié des déplacements effectués en voiture font moins de 3km, l’automobiliste pourrait surtout souhaiter passer à la marche ou au vélo (toujours à la condition de trouver un espace public qui s’y prête, parce que, sans ça, faut pas rêver).

  4. LEGEOGRAPHE

    Personnellement, quels que soient le relief et la météo, j’ai toujours mis moins de temps à vélo qu’en TEC pour des trajets de moins de 5 km.

  5. LEGEOGRAPHE

    @ Thomas :
    Pour faire citation de l’article récent de Marcel Robert, voici un passage sur la gratuité :
    http://carfree.fr/index.php/2011/07/06/aubagne-aura-le-premier-tramway-au-monde-entierement-gratuit/
    ————
    les opposants à la gratuité se sont trompés: selon eux, la mise en place de la gratuité amène aux transports en commun des gens déjà captifs qui pratiquaient avant soit la marche soit le vélo. Une enquête menée par l’agglo un an après la mise en place de la gratuité a pu montrer que les automobilistes se sont mis aussi à la gratuité! La mesure a en effet permis d’attirer sur le réseau de bus des personnes » non captives », c’est-à-dire qui disposent, en tant que conducteur, d’un véhicule motorisé: elles représentent 43% des trajets déclenchés par la gratuité.
    ————-
    Après, je ne sais pas ce qu’il faut en penser, mais il est vrai que je continuerais sans aucun doute à prendre le vélo si les TEC étaient gratuits.

  6. BAHN

    Suite à la gratuité des transport en commun, vont prendre les TEC pour de petits trajets (- de 1 km) au lieu d’y aller à pied.

    Je suis allé à Nice il y a quelques temps et il y avait pas mal de monde qui prenaient le Tramway juste pour aller à l’arrêt suivant.

  7. Raghnarok

    Sans être gratuit, je vois régulièrement à Genève des gens prendre le bus/tram pour un arrêt… Est-ce que la gratuité démocratisera cette pratique, je ne sais pas.

  8. Yôm

    « dé-croyance » soit la libération de la pensée par la critique;
    « Nous ne croyons pas plus dans ce système politique qu’économique »
    « anticapitaliste »
    « inventer un socialisme autogestionnaire »
    « avancer vers la gratuité du bon usage »
    « démonétarisation […] déséconomisation »
    « gratuite de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et de logement social, des services funéraires »
    « cherche la convergence entre tous ceux qui résistent, entre tous ceux qui créent »
    « campagne sans candidat  »
    « relocalisation, coopération, PLANIFICATION AUTOGESTIONNAIRE »

    Sans brandir ce mot qui fait peur, tranquillement les idées anarchistes font leur chemin à travers la décroissance… de Kropotkine à Ariès? Stratégie payante, mieux vaut passer à tort pour des hommes-des-cavernistes que pour d’affreux terroristes.
    J’adhère depuis longtemps et pense aussi m’être retrouvé dans l’anarchisme en élargissant les lectures autour de leur revue.

    Par contre je ne suis pas pour la gratuité « des transports en commun urbains » mais plutôt pour celle des trajets interurbains.
    A quoi bon véhiculer à moteur sur moins de 5 km des personnes valides alors que les ruraux seraient isolés de la ville souvent située à une trentaine de Km ou plus?. Il faut au contraire faciliter la communication entre villes et villages entre culture et agriculture.
    Et que les personnes à mobilité réduite aient accès aux trains régionaux et à disposition des véhicules urbains motorisés et bridés à 20Km/h en libre service.
    Et pourquoi ne pas permettre à chacun de disposer de ce type de véhicule moyennant un tarif calqué sur les revenus et dont l’usage sera pour tous limité à une centaine d’heure par an?

    Je me suis aussi éloigné du sujet central. Ce n’est pas une idée neuve mais à force d’en ajouter au panier (en osier), nous aurons de fameux ingrédients à l’heure de faire la cuisine.

    (ps: celui-ci est le message posté sans erreur sur l’adresse mel)

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