Avis de classement

Septembre 2013, un bus rentrait dans l’arrière train de notre tandem volontairement (voir article). Nous avions porté plainte. Un petit retour sur l’inintérêt de la justice et de la police sur la violence routière.

Un an après, la police de Toulon me téléphone, et je vais essayer d’en retranscrire le contenu qui  fut consternant.

« Bonjour, je vous appelle au sujet de votre plainte contre un chauffeur de bus. Je voudrais savoir si vous maintenez votre plainte ?

  • Oui, bien sûr, pourquoi ?
  • Etant donné que nous n’avons que la ligne de bus et l’horaire, il va être difficile de l’identifier.
  • Je vous donne son nom, Richard Q., la plainte a été déposée contre lui !
  • Pourquoi voulez-vous maintenir votre plainte, pour récupérer de l’argent ?
  • Non, j’ai été remboursé par l’assurance. J’ai subi une agression, il me semble dangereux de laisser ce genre de personne agir de cette façon impunément, je ne souhaite pas que ce genre de situation se reproduise, ni sur moi, ni sur quelqu’un d’autre.
  • Très bien, on maintient la plainte et nous allons l’auditionner.
  • J’avais demandé lors de ma plainte que la vidéo soit conservée.
  • On ne l’a plus, mais de toute façon monsieur, la vidéo ne sert à rien.

 

Déjà, la police avait rechigné à prendre cette plainte, ensuite elle souhaite que je la retire sous un faux prétexte. Il semble difficile pour la police de retrouver une personne en ayant son nom, son employeur, ses horaires, et on trouve même ses coordonnées grâce à google.

Il a déjà été démontré que les vidéos de surveillance ne servent à rien dans la lutte contre la délinquance, mais c’est tellement plus agréable de se l’entendre dire par la police, qui m’a surpris de sa franchise.

Ensuite, silence total jusqu’à une lettre début janvier du tribunal de grande instance qui me fait part du classement de l’affaire car les preuves ne sont pas suffisantes. Il est évident que lorsqu’on ne trouve pas le nom inscrit dans le haut de la plainte, il doit être difficile de trouver des preuves. De là à parler d’incompétence. Mais pour avoir des preuves, encore faut-il les chercher ou du moins ne pas les effacer. La police préfère fermer les yeux sur la violence routière. Pourquoi ? Souhaite-elle diminuer sa charge de travail ? Les policiers voient-ils leur propre reflet dans un chauffard qui joue du pare-choc sur un vélo ? Serions-nous pour eux que des écolos (ou djihadistes verts) à vélo qui les emmerdent ?

La justice, pour sa part est bien contente de classer une petite affaire de violence routière qui encombre son bureau.

Le message des autorités aux cyclistes est clair : sur la route, c’est la loi du plus fort. Vous vous obstinez à vous déplacer sur votre engin dépassé, ne venez pas vous plaindre d’être mort.

Image: César, Compression de vélo, 1990, 100x75x90cm.

Anthony Grégoire

A propos de Anthony Grégoire

Mouvement d'organisations pour une culture alternative (M.O.C.A.)

10 commentaires sur “Avis de classement

  1. Antoine

    Bonjour,
    Je découvre votre histoire qui est abracadabrantesque, mais que j’imagine sans problème ayant plus ou moins subi par deux fois la même expérience.

    D’expérience, je sais maintenant qu’en cas d’accident il faut systématiquement se faire passer pour blessé (meme blessure légère) et appeler pompier plutot que police. D’abord la police est la bien plus rapidement, afin de sécuriser la présence des pompiers. Et ensuite, c’est clair qu’une plainte sans ITT, ca pèse pas lourd sur leur bureau 🙁

    Je crois qu’il vous reste la possibilité de refuser ce classement sans suite en relancant cette plainte vers un juge d’instruction ? Je vous soutiens complètement dans votre démarche. Bon courage.

  2. Vincent

    > Il a déjà été démontré que les vidéos de surveillance ne servent à rien dans la lutte contre la délinquance, mais c’est tellement plus agréable de se l’entendre dire par la police, qui m’a surpris de sa franchise.

    Dixit la police à quelqu’un qui s’est fait faire les poches dans un bus par un pickpocket : au moins pour les bus de la RATP à Paris, la vidéo dans les bus n’est activée que lorsque le chauffeur déclenche l’alerte.

    Pour ce qui est de l’article : on sait bien qu’il n’y a aucune volonté politique sérieuse dans ce pays pour encourager le vélo-déplacement.

    Peugeot, Renault, Total.

    Et une facture de 50 milliards chaque année (en attendant la contrainte *physique* sérieuses, où le *prix* n’est même plus le problème).

    http://dr-petrole-mr-carbone.com/facture-energetique-production-importations-petit-bilan-energetique-2013-de-la-france/

  3. Lau

    Malheureusement ce n’est pas qu’à Toulon que ça arrive… À Lyon je connais un cycliste qui s’est fait agresser par un automobiliste, 3 jours d’ITT, une photo de la plaque prise par un témoin, trois témoins : sans suite.

  4. Laurent

    Il m’est arrivé également des brouilles avec des autocars ou des autos qui ont failli me coûter la vie. Or, quitte à crever, j’aimerais seulement que ça ne se fasse pas à cause d’un crétin des Alpes. Depuis, j’ai un mousqueton accroché à mon sac et qui peut secourir efficacement, quand il est bien utilisé dans de telles situations.

    Quant aux autorités, nous les ennuyons terriblement avec nos histoires de vélo tout simplement parce qu’ils s’en foutent. Ce constat peut paraître bien cruel mais hélas, il est factuel.
    Par contre, pour assurer la fluidité du trafic, ils savent mettre des prunes aux cyclistes pour un sacro saint feu rouge grillé mais n’en mettent jamais aux autos pour le franchissement d’un sas cyclable depuis 2012 !

    Mis à part se faire justice soit-même et laisser parler son émotion, si vive soit-elle, peut être un bon moyen de se sentir mieux car il n’y a aucun salut à attendre du côté des autorités.

  5. CarfreeCarfree

    Sinon, je conseille la batte de base-ball sur le porte-bagage… Outre le fait qu’elle fait un bon écarteur, elle peut également en dissuader certains…

  6. Pédibuspedibus

    Comme déjà évoqué, à plusieurs reprises, il existerait une hiérarchie intériorisée des modes de déplacement chez les utilisateurs de la voie publique. Ainsi le géographe Jacques Lévy* analysait les représentations chez les habitants de villes indiennes dans un article en 2011, à partir d’observations de terrain, effectuées entre 1978 et 2010, plus précisément dans les grandes cités de l’Inde du nord :

    toute étendue de voirie qui constitue un enjeu du fait de la présence d’au moins deux candidats simultanés à son occupation déclencherait l’activation d’une hiérarchie de domination avec dans l’ordre décroissant : camions et bus, 4×4, autres voitures, auto-rickshaws/baby-taxis, charrettes à traction humaine, rickshaws (pousse-pousse), piétons. C’est le niveau de menace potentielle qui définirait la hiérarchie, menace constituée par le niveau de dégâts plus important pour le dominé que pour le dominant en cas de choc…

    Sans doute en sommes-nous au même point en France, avec les modes actifs situés bien en bas du classement, et avec les piétons qui pourraient bien constituer le dernier des soucis de tous ceux qui circulent…

    * »Le passant inconsidéré. », EspacesTemps.net, Travaux, 29.08.2011, http://www.espacestemps.net/articles/le-passant-inconsidere/

  7. marie 2.0

    Malheureusement, c’est général. Le chauffard qui m’a renversée (et qui avait aussi renversé une personne âgée sur un passage piéton quelques heures avant moi) n’a pas été poursuivi par le parquet de Bordeaux (des affaires plus importantes à traiter) – la fliquette en était toute désolée…

    Deux ans après, je n’ai toujours pas retrouvé l’usage complet et secure de mon genou – et je ne le retrouverai jamais… L’automobiliste conduit toujours et n’a pas été inquiété par la justice.

  8. Anthony GrégoireAnthony

    Malheureusement, je vois que ce témoignage a des échos un peu partout. Il est totalement accepté dans notre société d’utiliser son véhicule comme une arme, que ce soit par les automobilistes (combien m’on dit « mais t’étais sur la voie de bus » un peu comme on criminalise les victimes de viol avec des remarques « mais t’as vu comment elle s’habille aussi? ») que par la police et la justice. Chez moi,la police me fait descendre de mon vélo pour traverser une place complètement vide mais tous les jours, ils passent à coté des voitures garées sur le trottoir et pistes cyclables sans rien dire, il y en a même toujours de garées sur le trottoir à coté du commissariat, les automobilistes, malgré leurs lamentations sur la répression routière, se savent intouchables et en profitent, tout en répétant que les cyclistes ne respectent rien et sont dangereux. En plus, ils finissent par croire à leur propre connerie, ce qui justifie encore plus leur agressivité envers les cyclistes. S’ils faisaient les mêmes gestes avec une batte de base-ball plutôt qu’avec un pare-choc de voiture, ils seraient aussitôt condamnées pour agression. Les automobilistes, malgré le nombre de morts, se sentent en sécurité dans leur voiture, tout comme les américains se sentent en sécurité avec une arme chez eux alors que ce sont leurs enfants les 1ères victimes. Il faut donc renverser le rapport de force. Peu après mon arrivée dans le sud, j’ai commencé à utiliser un antivol en U, pas à cause des vols, mais comme outil de dissuasion, face aux automobilistes qui sont très agressifs par ici. Il suffit de le brandir et ça remet en place les excités du volant.

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